Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
autour de la maison en terre
petit vent
par matin de solitude
fatiguée
se dit l’Algérienne
calée dans un fauteuil bas
même pas
de quoi manger
dans cette maison
elle part au marché
ça palabre
ça rit
ça se dispute
odeurs de cuisine
de détritus aussi
tout à coup merveille :
alignées au sol
de petites bottes de
plantes teinturières
l’Algérienne parlemente
longuement avec
la vieille femme tisseuse
une journée qui vaut
d’être vécue
se dit l’Algérienne
que la rencontre
réjouit
elle rentre chez elle
munie d’un sac
de garance
et de millepertuis
en oublie lait et pain
qu’elle est venue chercher
B
sur la plage
la blonde et son chien
marchent vers le nord
il y a au km 15
au bord de la piste
une buvette
où l’on sert du bissap
en arrivant
elle reconnaît un homme
en conversation avec
une femme
lui de face
elle de dos
Odilon lunettes noires
regard caché
lorsqu’elle passe
à côté d’eux
frôlant Odilon
(bras croisés
qui poursuit la conversation)
il lui pince le bras
mine de rien :
je t’ai vue
la blonde plus tard
s’émeut de cette scène
je n’ai pas vu Odilon
depuis mon retour
assise face à l’océan
elle fume avec délice
le lendemain Odilon
est dans ses pensées
le surlendemain
la blonde se souvient
que l’homme
qui squatte
ses pensées
travaille à la poste
la main agrafant son bras
ce discret geste
de complicité
lui a plu
elle se remémore
un coup de foudre
pour un musicien
assis seul sous un arbre
(garden party)
elle va le voir
lui demandant
qui êtes-vous ?
début d’une histoire
c’est beau
les rencontres
se dit la blonde