Mise en scène par Anne Kessler, une nouvelle Bérénice a été présentée au Théâtre de la Concorde. Dans un décor minimaliste qui ramène le théâtre à la plus pure puissance de la langue de Racine, Anne Kessler a imaginé une interprétation en tension, déchirante. Elle y joue une Bérénice au seuil de l’effondrement et orchestre un quatuor bouleversant avec Stanislas Merhar dans le rôle de Titus, Thomas Blanchard en Antiochus et Évelyne Istria en Phénice.

Consacré à l’assassin de Jean Jaurès, Les Morts de Raoul Villain, récemment couronné par le Prix de la biographie Le Point 2026, est autant un livre d’histoire qu’une réflexion en acte sur les limites du récit historique, un essai sur les rapports entre histoire et fiction, entre l’archive, les documents, et leurs marges, leurs manques. Qu’en est-il des vies qui existent dans ces absences ? Mais encore : quel point de vue également politique serait possible à partir de la figure de Raoul Villain ? Entretien avec Amos Reichman.

La semaine dernière, alors que je me remettais difficilement des libations obligées de décembre et de l’ingestion successive de plusieurs galettes des Rois au bureau, en famille et en dégustation gratuite chez mon pâtissier habituel, j’ai été interpellé par le nombre d’articles consacrés à l’œil malade du président Macron et à ses lunettes d’aviateur de marque.

En exergue de Cyberpunk. Le nouveau système totalitaire, le dernier essai d’Asma Mhalla, une phrase d’Albert Camus, qui date de 1958 : « (…) on n’écrit pas pour dire que tout est fichu. Dans ces cas-là on se tait. Je m’y prépare ». Toute la tension du livre d’Asma Mhalla, est dans cette phrase : dire un nouveau système totalitaire, décrire par quels processus il combat la démocratie, montrer qu’il s’agit d’un « Léviathan à deux têtes. L’une orchestre le show pendant que l’autre code le système » — soit, pour le dire très vite Trump et Musk. Ne rien masquer de la catastrophe en cours mais ne pas s’y résoudre, garder espoir, écrire pour cette raison. Mais savoir que la perspective d’échapper à ce nouveau régime technocratique est faible, donc… se préparer à se taire (ou être bâillonnés).

Le prix Nobel de littérature 2008 Jean-Marie Gustave Le Clézio est un grand amoureux du Mexique, sur lequel il a beaucoup écrit, où il vit une partie de l’année et où il a d’ailleurs été décoré en 2010 de l’ordre de l’Aigle aztèque. Celui qui parle volontiers des oiseaux du Mexique, comme par exemple des tordos (en français, les étourneaux, les passereaux) nous parle encore dans Trois Mexique du ciel mexicain et au-delà, du carnaval des paradoxes de ce grand pays de littérature.

Le livre d’Abdellah Taïa suit une logique des relations, divers types de relations étant convoqués. Le Bastion des larmes développe plusieurs formes de l’amour ainsi que leurs conséquences. Le récit s’attarde également sur ce qui met en échec l’amour et apparaît comme destructeur. L’amour pourrait être le principe à partir duquel serait pensée la valeur d’une relation (bonne/mauvaise), celui à partir duquel est pensé ce que doit être une relation. Le Bastion des Larmes est un récit autant qu’un livre d’éthique.

Ça commence par un trou : sur la première page de mon service de presse, la page est trouée. Je comprends que c’est l’auteur qui me l’a poinçonnée, et déjà, je me dis : cette lecture va vraiment m’intéresser, c’est certain.

6 janvier 2026. Enfermé dans ces chroniques comme dans une prison imaginaire – ou une prison d’air, même si personne ne se prend ici pour Merlin. Au bout d’un certain temps, il faut renouveler les ouvertures – chercher des plans d’évasion. C’est toujours la même chose, on ne tient pas en place, tout en appréciant une certaine forme de stabilité, qui peut conduire à l’immobilité. La neige est tombée hier sur la banlieue ; tout le monde à l’air de s’en étonner, comme si c’était un miracle, ou une malédiction…

« Avec les paysans, tenez, j’ai douté parfois qu’ils sachent ce que c’est qu’un paysage, un arbre… Ça vous paraît bizarre… J’ai fait des promenades parfois, j’ai accompagné derrière sa charrette un fermier qui allait vendre ses pommes de terre au marché. Il n’avait jamais vu Sainte-Victoire. » (Conversations avec Cézanne, Editions Macula, 2022).

Il y a près de trois ans déjà, paraissait chez Flammarion Cézanne – Des toits rouges sur la mer bleue, Marie-Hélène Lafon publie aujourd’hui un récit (qu’elle appelle « roman ») sur son frère Gilles, paysan, en train de perdre sa ferme, sans doute parce qu’il n’a pas su suivre le mouvement, emprunter, investir… Mais Gilles vit dans sa ferme solitaire dans le Cantal. Il ne voit pas Sainte-Victoire.