Après avoir clôturé en 2014 son ample et vertigineuse trilogie européenne avec Oublier, trahir, puis disparaître, Camille de Toledo offre en cette rentrée 2016 Les Potentiels du temps en compagnie de Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff, large et vibrante réflexion sur notre époque hantée de fins et de catastrophes, en particulier dans ses rapports à l’art et à la politique.
Toute collection éditoriale entre en prise directe sur son temps. Ce qui suppose sans doute la découverte d’écritures singulières qui actent une direction inédite, une manière de s’orienter dans la pensée selon des chemins inexplorés. Ce sont des auteurs rares, indécelables par celui qui cherche à coller aux truismes du moment. Parfois jeunes, dans l’ordre d’une première signature, d’autres fois plus vieux, dans l’insistance d’une œuvre qui passe inaperçue, d’une obstination dont on ne fait pas cas, mais dont l’insistance appelle néanmoins la question : qu’est-ce qui pousse à l’écriture de tant de livres, que veut-il celui qui aura tracé une telle ligne, avec une régularité si forte, ne demandant nulle reconnaissance, n’écrivant pour aucun prix souhaité, aucune rémunération assurée ?
Six Jours de Ryan Gattis nous transporte au cœur des émeutes de Los Angeles, du 29 avril au 4 mai 1992. Une page rappelle « les faits », l’acquittement des agents de police ayant passé Rodney King à tabac. Le verdict tombe à 15 h 15, le 29 avril. « Les émeutes commencèrent sur le coup de 17 heures. Elles durèrent six jours, et s’achevèrent finalement le lundi 4 mai, après 10 904 arrestations, plus de 2 383 blessés, 11 113 incendies et des dégâts matériels estimés à plus d’un million de dollars. En outre, 60 morts furent imputées aux émeutes, mais ce nombre ne tient pas compte des victimes de meurtres qui périrent en dehors des sites actifs d’émeutes durant ces six jours de couvre-feu, où il n’y eut que peu, voire pas, de secours d’urgence. […] Il est possible, et même probable, qu’un certain nombre de victimes, apparemment sans rapport avec les émeutes, aient été en fait les cibles d’une combinaison sinistre de circonstances. Il se trouve que 121 heures sans loi dans une ville de près de 3,6 millions d’habitants, répartis sur un comté de 9,15 millions d’habitants, cela représente un laps de temps bien long pour régler des comptes. »
Marie Musy est libraire en Suisse à Oron-la-Ville (pas très loin de Lausanne), petite bourgade d’environ 1 500 habitants dans le canton de Vaud. Marie a racheté La librairie du midi en 2004 avec l’homme qu’elle surnomme « mon libraire », Nicolas Sandmeier. Nos deux joyeux lecteurs sont férus (le mot est faible) de littérature américaine. Il y a deux ans, Marie est venue pour la première fois à Vincennes pour assister aux rencontres du Festival America. Dans le train du retour, une idée folle a jailli : « Et si dans deux ans, j’arrivais à faire venir à Oron quelques romanciers américains juste après America ? »
En 1948, la publication de La Loterie dans les pages du New Yorker fait scandale. Le récit d’un monstrueux rituel païen dans un petit village de la Nouvelle Angleterre horrifie les lecteurs qui vont tenir pour la réalité ce qui n’est qu’une fiction signée Shirley Jackson (nouvelliste américaine majeure et dont le roman La Maison hantée sera considéré plus tard par Stephen King comme l’un des meilleurs romans d’horreur du XXè siècle).
Marie de Quatrebarbes a retrouvé et rassemblé les textes devenus introuvables du poète Michel Couturier dans un volume qu’elle a également édité. Rencontre et entretien autour de cette œuvre et de sa singularité.

Les Malheurs de Sophie, film de Christophe Honoré, est désormais disponible en DVD : à cette occasion, Diacritik republie l’article que Johan Faerber avait consacré au film lors de sa sortie en salles.
Sophie Quetteville a lu une grande partie des romans de cette rentrée, elle animera un grand nombre de tables rondes avec leurs auteurs. Elle nous livre ses choix et coups de cœur. Chaque fois, un court résumé et un extrait du texte. Aujourd’hui, Christine Montalbetti, La vie est faite de ces toutes petites choses (aux éditions P.O.L.).
La causticité d’Edward St Aubyn n’a d’égal que son talent. Dans son dernier roman, Sans voix, il passe le petit milieu littéraire au crible de son regard acéré et tout le monde en prend pour son grade : les prix, les éditeurs, les écrivains, les journalistes. Ce livre est une comédie anglaise irrésistible. Si l’on devait comparer ce roman à une confiserie british bien connue, le chocolat serait noir et amer, la menthe glacée, voire acide.
Historienne d’archives et experte en pratiques de lecture, Laure Murat vient de nous donner un beau livre, tendre comme une caresse, mouvant et énergique comme la ville de Los Angeles. Car c’est bien de cette dernière qu’il s’agit dans ce petit ouvrage inspiré par la question de savoir si l’on peut s’éprendre d’une ville avec passion. Pour cette Française qui enseigne à UCLA depuis dix ans, pas d’hésitation : la Parisienne que fut Murat aime éperdument la grande cité californienne si souvent stigmatisée pour sa criminalité comme pour son cinéma starifié à l’extrême. Et, pour elle, L. A. est adorable en ce qu’elle est la négation (l’envers ?) même de Paris mais aussi, en un sens, de la trop rectiligne New York.
Le marketing et les teasers estivaux ont fonctionné à plein régime et à merveille, dès le matin, la toile s’était largement fait l’écho du retour à l’antenne de Yann Barthès et de son « nouveau » programme sur TMC/TF1 sobrement intitulé Quotidien. Au point d’être toujours en tête des sujets tendances de Twitter vers 21 h 00 le lundi 12 septembre 2016.
La septième fonction du langage de Laurent Binet sort au Livre de Poche : Diacritik republie la critique de Johan Faerber parue au moment de la publication en grand format.
