Pour sa vingtième fiction (romans, récit, nouvelles), Nancy Huston offre à la lecture un roman à la structure complexe comme elle aime à les construire. Exigeante envers ses lecteurs, elle les oblige à être en éveil pour repérer des liens, des bifurcations et des relations. J’avoue pour ma part qu’ayant lu sans difficulté tout le roman mais sans aimantation constante, je n’ai vraiment accroché que dans les cent dernières pages avec l’histoire qui se précise de Shayna, et bien entendu, je me suis demandée pourquoi.

Sylviane Coyault s’entretient avec Jean-Christophe Bailly, notamment autour du Parti pris des animaux dans le cadre du festival Littérature au Centre 2021, cette année en ligne en partenariat avec Diacritik. Une édition centrée sur « Littérature et animal ».

C’est un événement d’ampleur, exceptionnel, qui aura lieu du 4 au 6 juin au Centre Pompidou avec Le Parlement des Liens, créé à l’initiative des éditions Les Liens qui libèrent. Dans le sillage de l’important collectif Relions-nous ! La Constitution des liens, qui vient de paraître et sur lequel Diacritik reviendra bientôt, il s’agira ici de tisser ensemble les formes du savoir et de la création pour renouer les fils d’un dialogue mis à mal par la pandémie, et témoigner d’une véritable révolution dans le domaine des idées. Les lieux culturels rouvrent, plus que jamais rouvrons les débats.

La littérature n’a sans doute jamais autant dit son souci du vivant qu’aujourd’hui, et en marge de nombreux romans qui se saisissent de cet enjeu primordial, quelques essais empoignent avec force cette urgence, comme celui de Pierre Schoentjes, Littérature et écologie. Le mur des abeilles ou celui de Jean-Christophe Cavallin, Valet noir, tous deux publiés chez José Corti.

Avec la disparition de Benoît Sokal, ce sont deux communautés et plusieurs générations qui sont en deuil. Les bédéphiles qui ont lu et aimé Canardo, des Premières enquêtes à Un Con en hiver ; les gamers qui ont salué en lui le créateur d’univers, l’auteur de jeux à succès dès L’Amerzone jusqu’à sa trilogie Syberia. Benoît Sokal est décédé le 28 mai 2021 à Reims.

Vaan Nguyen, âgée d’une trentaine d’années, israélienne de parents vietnamiens réfugiés politiques, élevée dans un quartier populaire de Jaffa, ville majoritairement arabe, annexée à la métropole de Tel Aviv qui concentre l’effervescence poétique d’Israël, jeune poète d’expression hébraïque avec qui la poésie en hébreu ultramoderne doit désormais compter, vient de voir son recueil Ayin ha-kmahin, « l’œil de la truffe », ou The Truffle Eye, tel que l’a traduit de l’hébreu à l’anglais Adriana X. Jacobs, publié sous l’égide de la maison d’édition américaine Zephyr Press, à qui nous devons aussi The Complete Poems of Anna Akhmatova (1990), et ce n’est pas un hasard, car chez ces deux poètes, les détails de leur poésie intimiste possèdent la force de mener loin, tout en ouvrant sur l’universel.

« Je suis né le 1er avril. Ce n’est pas sans impact sur le plan métaphysique », avait déclaré Milan Kundera dans un entretien, en 1970, ajoutant, ailleurs mais toujours en 1970, que l’« on doit presque toujours au succès au fait d’être mal compris » : mal compris puisque peu lu en Tchécoslovaquie, son pays de naissance qu’il dut quitter, mal compris en France après des années de grâce quand son passé le rattrape à l’automne 2008. Ce « mal compris » fut une forme de d’ethos pour un écrivain qui a toujours cultivé ce rapport au monde et à ses lecteurs, dans un décalage constant, géographique, linguistique, ironique. C’est ce mystère qu’Ariane Chemin a interrogé dans un feuilleton du Monde, du 17 au 22 décembre 2019, qui vient de paraître sous forme de récit aux éditions du Sous-Sol.

Stéphane Habib s’entretient pour Diacritik avec les philosophes Joseph Cohen et Raphael Zagury-Orly autour de leur remarquable essai, L’Adversaire privilégié. Heidegger, les Juifs et nous paru chez Galilée qui avance avec force l’idée selon laquelle la fameuse pensée de l’Être de Heidegger repose en vérité sur une forclusion du judaïsme. Indéniable forclusion des Juifs qui n’est pas sans entretenir une affinité avec certains motifs des questionnements postcoloniaux.

Les plus anciens de nos dialectrices et lecteurs s’en souviennent : Diacritik avait ouvert ses colonnes aux recettes littéraires. Ainsi se constituait une anthologie gustative, Book and cooks, qui fait son retour aujourd’hui avec le grand Jim Harrison et ses Aventures d’un gourmand vagabond, publié en 2002, chez Christian Bourgois, dans une traduction de Brice Matthieussent.

Même par indulgence, même biberonné aux comics de DC et Marvel, on se passera allègrement de Zack Snyder’s Justice League, autrement appelé « version du réalisateur qui a enfin son mot à dire alors qu’à la sortie du film, sa vision artistique a été bafouée par des producteurs désireux de gagner de l’argent plutôt qu’un Oscar ». Pourquoi un ton si péremptoire ? Parce que tant qu’à passer 4 heures devant un écran, autant vous munir de votre smartphone pour aller attendre dans la file du vaccinodrome près de chez vous pour être sûr.e de prétendre au pass sanitaire lors de la réouverture des salles de cinéma.

Le 14 septembre 1967, Gabrielle Nogues, née Russier, 30 ans et tout juste agrégée de Lettres, fait sa rentrée au lycée Nord de Marseille. Elle aime la littérature, elle veut la faire aimer à ses élèves. Elle leur lit L’Écume des jours de Vian, crée une bibliothèque au lycée, s’implique, se passionne, trop peut-être. Elle aime par dessus tout Antigone — « Il y a l’amour. Et puis il y a la vie, son ennemie ».