Avec les corps caverneux, Laure Gauthier publie un des textes poétiques parmi les plus importants de ces dernières années. Récit-poème, poème narratif ou encore chant du récit, les corps caverneux dévoile, en sept séquences, une exploration politique et érotique qui remonte jusqu’aux origines de l’être dans le poème. De Rodez en promenade à une déambulation dans un ehpad, les corps caverneux sont ces grottes premières, ces failles que notre société de consommation cherche à combler. Pourtant, elles sont béantes, ouvrant au poème. Puissamment insurrectionnel, les corps caverneux appelle aux soulèvements devant le monde-spectacle. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de l’une des poétesses majeures de notre contemporain le temps d’un grand entretien.

Troisième et dernière partie de l’entretien de Yassin al Haj Saleh avec Catherine Coquio et Nisrine Al Zahre, traduite de l’arabe par Marianne Babut. L’entretien s’est déroulé sous forme écrite sur plusieurs mois entre mars 2021 et janvier 2022. La première partie de l’entretien est à lire ici, la deuxième là.

Depuis quelques années, Jean-Philippe Cazier se rend dans des manifestations et rassemblements, appareil photo en main, et, dès son retour, il publie, dans Diacritik, les photoreportages de ces journées. Tout dans son regard est singulier, de sa manière de viser et mettre au point aux détails qu’il retient, toujours aigus et signifiants, mais sans l’immédiateté lisse des photographies de presse qui se contentent d’illustrer ou de rendre compte d’un événement. Ce que saisit Jean-Philippe au contraire c’est ce qui dépasse, ce qui sourd — des gestes, des expressions du visage, des mouvements. Son œil écoute. Il rend visible et audible ce que nous ne voyons ou n’entendons pas, ou pas forcément, ou pas comme lui. Le livre que publient les éditions Lanskine, Vous fermez les yeux sur notre colère, révèle cette dimension singulière de son travail photographique comme la force politique inouïe d’un engagement qui ne passe pas par le militantisme. Le livre accueille son lecteur, de même qu’il donne des visages et des noms à celles et ceux que l’Etat tente d’invisibiliser ou museler. Ce sont toutes ces dimensions, esthétiques comme éthiques et politiques, qu’un entretien avec Jean-Philippe Cazier tente d’aborder.

En septembre 2021, Anne Terrier a publié La Malédiction de l’Indien. Mémoires d’une catastrophe. Roman biographique (Gallimard). Le titre éveille notre curiosité et la quatrième de couverture nous transporte dans l’événement mémorable pour la Martinique et pour la volcanologie : la destruction de la ville de Saint-Pierre par l’éruption de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902, catastrophe naturelle qui s’est étalée sur plusieurs mois ;  il y aura 120 ans cette année.

Deuxième partie de l’entretien de Yassin al Haj Saleh avec Catherine Coquio et Nisrine Al Zahre, traduite de l’arabe par Marianne Babut. Cette traduction de l’arabe a été financée par l’équipe de recherches CERILAC, dont Catherine Coquio est membre et que nous remercions vivement. L’entretien s’est déroulé sous forme écrite sur plusieurs mois entre mars 2021 et janvier 2022. La première partie de l’entretien a paru dans Diakritik le 9 décembre 2021 (lire ici).

Avec Celui qui veille, Louise Erdrich donne un roman fort qui balaie une époque et confirme l’autrice dans son rôle de chef de file d’une littérature américaine se tenant aux confins d’une production littéraire. C’est que la romancière a pris le parti de différentes minorités amérindiennes qui vivent dans un isolement marqué, relevant d’une certaine déréliction. Et pourtant l’isolement que connaît la vie tribale au nord du Dakota est loin d’être total et s’illustre même par une grande richesse de coutumes et de rites. C’est que nous sommes en 1953 et que la lutte pour le maintien de certaines traditions est intense, se transposant au plan politique avec beaucoup de vigueur.

Retour vers le futur : Anthony Mangeon se livre à une archéologie de la science-fiction consacrée aux futurs de l’Afrique. Dans son dernier ouvrage, L’Afrique au futur. Le renversement des mondes, il part d’un constat : le futur de l’Afrique est à la mode. L’afrofuturisme règne au cinéma et dans les galeries d’art, le succès de Black Panther n’étant qu’un exemple parmi une myriade d’autres productions. En sciences humaines, même tendance : on ne compte plus les ouvrages prophétisant l’avenir africain, que ce soit pour annoncer des miracles économiques ou au contraire des calamités sociopolitiques. Derrière cet engouement, Anthony Mangeon montre que l’on retrouve en réalité des schémas narratifs, des motifs, des archétypes qui ont une histoire.

Et, une fois de plus, je jette un rapide coup d’œil sur la pile de lectures en attente (ou déjà faites, mais pour certaines en voie de relecture) et me demande comment rendre compte de cette somme, de la manière la plus simple possible – sans rien oublier. Ce n’est pas que la pile soit énorme, mais quand même, rien d’évident à l’épuiser sans s’épuiser (prenant de plus le risque d’épuiser qui se hasarde à suivre ces élucubrations). La curiosité – héritage de Michel Butor et de quelques autres – est toujours là. So may we start ?

Avec J’ai fait un vœu, Dennis Cooper retrouve la figure de celui qui a été le « centre », ou l’attracteur, d’un cycle de cinq romans, et peut-être de ses autres livres. George Miles est ce jeune garçon, puis adolescent, rencontré dans sa jeunesse par l’auteur et qui, un jour, se donnera la mort. C’est autour de lui que Dennis Cooper écrira, entre les années 90 et 2000, le « cycle George Miles ». Pourtant, J’ai fait un vœu n’est pas un volume supplémentaire de ce cycle ni une sorte d’explicitation. Le livre est d’abord un récit où s’articulent le désir et l’écriture, livre qui questionnerait le moteur de l’écriture de Dennis Cooper, ce qui lui donne vie.

Ce sont deux petits livres qui, en un bizarre carambolage, figurent sur la même table, celle des parutions récentes, chez vos libraires.  Étrange, en effet, de lire dans le même élan Misogynie, une nouvelle de l’irlandaise Claire Keegan (traduit par Jacqueline Odin chez Sabine Wespieser) et Nous ne vieillirons pas ensemble, réédition en poche (L’Olivier) du récit largement (totalement ?) autobiographique du cinéaste Maurice Pialat. Car, même si celui-ci a été écrit voici un demi-siècle et celui-là publié en février dernier par le New Yorker, tous deux parlent exactement de la même chose : qu’attendent les hommes, la plupart d’entre eux au moins, des femmes ? Et, en refermant ces deux livres, on se dit qu’en un demi-siècle, rien n’a vraiment changé. Sauf peut-être la façon de le dire.

Le nouveau livre d’Annie Ernaux, Le jeune homme, s’ouvre sur ces mots : « Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues ». Comme un prélude à l’art d’écrire, les expériences vécues sont immédiatement présentées comme source première, clôturées par la mise en mots.

1933. Moins de deux ans après la parution de Voyage au bout de la nuit qui lui procura un grand succès, Louis-Ferdinand Céline écrit les deux-cent cinquante feuillets du premier jet de Guerre, le seul connu à ce jour. Son destin jusqu’en 2022 fut aussi chaotique que mystérieux : volé à la Libération puis objet de tractations et de rétentions aux contours sombres durant des décennies, il finit par être enfin restitué aux ayant droits de l’écrivain. Il est aujourd’hui à la disposition des lecteurs, aux éditions Gallimard. Céline y revient sur son expérience durant le premier conflit mondial sur le front des Flandres où il est gravement blessé. En célinien éclairé, l’écrivain et essayiste Thomas A. Ravier évoque dans un grand entretien la question d’un « grand Céline ».