En 2019, Baptiste Lanaspeze racontait à Diacritik l’origine et les lignes fortes de sa maison d’édition. Il y exprimait l’urgence de changer de grands récits-cadre. Six ans plus tard, toujours plus solidement ancré dans la ville « marron » de Marseille, entouré d’une équipe engagée, l’éditeur répond aux questions de Nathalie Ong, Yann Crespel, Valentin Printant, et s’entretient avec eux de cette « société écologique » dont chacune des parutions des éditions Wildproject enrichit le manifeste.

La poésie : on passe son temps à essayer de la débusquer, dans tous les recoins où elle daigne se nicher. Elle n’est pas une chose du passé réservée aux manuels d’école ; comme toute écriture, elle est vivante, se métamorphose au fur et à mesure qu’émergent des voix qui l’incarnent, l’altèrent et la transforment. Alors il faut guetter ces métamorphoses, pour cela se déplacer sur la ligne de front, et entrer dans ce Bunker en compagnie d’Hélène Lécot, éditrice, qui présente l’origine et l’intention qui ont permis l’émergence de cette nouvelle maison de poésie contemporaine.

Eric Hazan, écrivain, éditeur, fondateur de La Fabrique éditions, est mort aujourd’hui. Né en 1936, chirurgien, il avait repris, en 1983, la maison d’édition de livres d’art de son père, avant de fonder la sienne, en 1998, La Fabrique, indéfectiblement indépendante. Piéton de Paris, Eric Hazan défendait les causes qui lui étaient chères à travers les textes qu’il écrivait ou éditait. Son esprit de résistance et de combat manquera, alors que l’édition se voit toujours plus colonisée par l’extrême-droite. Demeurent ses livres et sa maison, qu’il avait transmise. Lire, résister : c’est en hommage à ses deux mots d’ordre, qui sont aussi les nôtres, que Diacritik republie un article qui lui avait été consacré, en 2017.

L’odyssée des éditions Musidora, emmenées par Nicolas Tellop, s’annonce décidément passionnante : après l’étonnant et riche Anachronopoète, voilà que la jeune et inventive maison annonce la réédition de deux romans cultes devenus introuvables : Ne sont pas morts tous les sadiques et Le Festin des charognes d’un certain Max Roussel dont on sait peu de choses. A l’occasion d’une levée de fonds pour mener ses rééditions à bien, Nicolas Tellop est longuement revenu pour Diacritik sur la personnalité pour le moins trouble de Max Roussel et sur son écriture si étonnante et violente, quelque part entre Céline et Burroughs.

À suivre, écrivait Maurice Olender dans nombre de ses mails et sms. Le dernier qu’il m’a envoyé, dimanche, était un « à suivre, toujours ». C’est ce toujours que je veux retenir, un à jamais. Maurice Olender, au présent absolu, lui qui a non seulement pensé mais forgé le contemporain, par ses livres, ses articles, la revue Le Genre humain, les livres publiés dans « La Librairie », cette collection exceptionnelle qui épousa le changement d’un siècle, « La Librairie du XX» puis « du XXIe siècle ». Maurice Olender au présent absolu lui qui n’aura jamais commis qu’une faute de goût dans sa vie, la quitter.

C’est toujours une bonne nouvelle quand naît une nouvelle maison d’édition. C’est une nouvelle qui devient à tous les coups excellente quand elle entend explorer des territoires bibliographiques encore inconnus et offrir un catalogue neuf. C’est peu de dire que la naissance des éditions Musidora se place dans cette dernière catégorie : fondée par Nicolas Tellop et Yann Serizel, la jeune maison va faire paraître sous peu un premier titre qui fixe un programme poétique : L’Anachronopoète d’Enrique Gaspar, très peu connu en France mais déjà objet d’un culte bibliophilique en Espagne. C’est à l’occasion de leur campagne de crowdfunding de leur ouvrage richement illustré que Diacritik est allé leur poser quelques questions.

Maurice Olender, historien (EHESS), directeur de la revue Le Genre humain, éditeur aux éditions du Seuil (« Librairie du XXIe siècle »), était, ce dimanche 17 octobre 2021, l’invité de la « Carte blanche Diacritik » du 31e Salon de la Revue. Interrogé par Johan Faerber, Maurice Olender est revenu sur l’histoire du Genre humain qui fête cette année ses quarante ans, sur les liens de la revue avec sa collection au Seuil. L’entretien a été l’occasion de présenter la revue comme un laboratoire et un lieu d’exercice pluridisciplinaire, un espace d’engagement et d’appel à la vigilance démocratique.

S’il fut un âge d’or de l’édition, il est indissociable de son envers et Jacques Schiffrin (1892-1950) fondateur de « La Pléiade » en est l’incarnation. Son existence figure un demi-siècle de possibles basculant dans le cauchemar absolu. C’est son portrait, et travers lui celui d’une époque, que dresse Amos Reichman dans un livre puissant et doublement contextualisé : les années 40 et aujourd’hui, soixante-dix après la disparition de Jacques Schiffrin, « alors que le temps semble de nouveau sortir de ses gonds ».

Après être passée par les éditions Stock, Denoël et Buchet-Chastel, Juliette Ponce fonde les éditions Dalva pour publier autrement : une dizaine de livres par an, tous écrits exclusivement par des femmes, pour porter leurs manières d’écrire le monde. Alors que paraissent aujourd’hui les deux premiers livres des éditions Dalva — L’Octopus et moi d’Erin Hortle et Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi —, Juliette Ponce a accepté de répondre aux questions de Diacritik pour expliciter l’axe profondément situé et engagé de son catalogue, nous présenter ses premiers titres mais aussi ses rêves d’éditrice.

Passionnant : tel est le mot qui vient à l’esprit pour qualifier le fort et bel essai que Julien Lefort-Favreau consacre à l’édition indépendante qu’il vient de faire paraître chez Lux sous le titre de Le Luxe de l’indépendance. Dans ses Réflexions sur le monde du livre, Lefort-Favreau réfléchit à ce que signifie être indépendant, de nos jours, dans le monde du livre, à savoir comment s’élabore au quotidien mais aussi dans le long terme une indépendance esthétique, politique et économique. Qu’en est-il de l’engagement de l’éditeur ? Comment se construit le récit de cette indépendance ? Comment trouver un équilibre financier qui tienne compte du désir d’avant-garde ? Autant de questions que Diacritik a désiré poser au professeur de littérature française et d’études culturelles à l’Université Queen’s au Canada.

Les éditions Anamosa fêtent leur cinquième anniversaire en ce mois de mars 2021. Spécialisées en non-fiction, publiant des livres mais aussi deux revues, elles ont été créées en mars 2016 par Chloé Pathé qui a accepté de revenir, pour Diacritik, sur les principes fondateurs comme les utopies à venir d’une jeune maison qui a vu ses fortes ambitions reconnues par le Prix Femina Essais 2020.