« Les hommes ont été pris par surprise, ils n’étaient pas biologiquement préparés, leur corps, fait pour voir, entendre, est inadapté. Leurs yeux, leurs oreilles, leurs doigts ne leur sont sont d’aucun secours: les radiations sont invisibles, elles n’émettent ni son, ni odeur, sont impalpables ». Svetlana Alexievitch, Le Monde, 25 avril 2006.

On le sait désormais depuis hier : Prince n’aura vécu que 8 ans. Quand ce 21 avril 2016, dans la stupeur hagarde mondiale, tremblante de savoir que l’irrémédiable lui était advenu, quand son corps s’est éteint dans un cri mat au cœur d’un ascenseur ignoré de son bunker blanchotien de Minneapolis, voilà longtemps déjà que Prince était déjà pourtant mort à lui-même le sachant, que la vie l’avait déserté, qu’il avait été abandonné de lui, qu’il avait fait de sa propre désertion à être l’accomplissement ultime d’une existence dont la biographie lui importait peu.

Dearly beloved
We are gathered here today
To get through this thing called life*

La mort d’un artiste a toujours un effet miroir égoïste un peu étrange. Le monde pleure Prince aujourd’hui. Quelques heures après l’annonce de sa mort, on fredonne, on réécoute Kiss, Cream, Purple rain, Alphabet Street, Raspberry Beret, Girls and Boys… On repense à ce que l’on faisait à ce moment-là. On se souvient et l’on se dit que l’on a perdu quelque chose, qu’un peu de notre propre vie part avec lui.

En 1986, le parti de Jean-Marie Le Pen obtient 35 sièges à l’Assemblée et la jeunesse emmerde encore le Front National. Au plus fort de la première cohabitation, le président François Mitterrand refuse de signer plusieurs ordonnances ministérielles (sur la flexibilité du temps de travail notamment) et s’oppose publiquement à son premier ministre Jacques Chirac sur la loi Devaquet. Cette année-là décèdent Simone de Beauvoir, Coluche, Thierry Sabine et Daniel Balavoine. Et Malik Oussekine.