« Penser est une fête » a dit un jour Bernard Sichère (1944-2019), dans le livre éponyme où il ne cite jamais Aristote mais beaucoup Heidegger (l’auteur de Qu’appelle-t-on penser ?) et Debord : l’auteur de La Société du Spectacle ; où il cite deux fois une phrase cocasse de Malraux – celle-ci : « Il semble que dans la seconde partie du XXè siècle on ait tenu l’art de tirer un coup plus important… que de prendre doucement une tête dans ses mains. »

L’historienne Sylvie Lindeperg est comme « une nouvelle archiviste nommée dans la ville » , comme le disait Deleuze à propos de Foucault –qu’il avait donc qualifié de « nouvel archiviste » ne tenant compte que des énoncés. Foucault que Sylvie Lindeperg cite en exergue à son essai Archéologie d’un procès, pour dire que de nos jours, l’histoire tend à l’archéologie, « à la description intrinsèque du monument », comme Foucault l’a effectivement écrit dans L’archéologie du savoir, l’histoire, « c’est ce qui transforme les documents en monuments »

Monique Wittig (1935-2003) disait dans son essai La pensée straight (1978) qu’une œuvre ayant une nouvelle forme peut fonctionner comme « une machine de guerre » sur le contexte de son époque – comme justement son scénario « Jeanne d’Arc » que l’on découvre aujourd’hui, qui devient « un livre » qu’elle avait écrit au moment où l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen s’emparant alors de la figure de Jeanne d’Arc avec le rassemblement annuel du parti néo-fasciste, chaque 1er mai, au pied de la statue équestre de la place des Pyramides à Paris, faisait une percée dans l’électorat, en 1988…

« Sarah Kofman » serait « le meilleur titre si je n’avais pas encore peur de ne pas être capable de m’y mesurer », avait dit Jacques Derrida (1930-2004) à la mort de Sarah Kofman (1934-1994), où il avait finalement choisi de parler de l’art et du rire de Sarah.

Voici un romancier qui cite les Ecritures – en français, en latin ; aujourd’hui dans son roman Persona grata comme précédemment dans Pour les siècles des siècles, qui lui-même faisait suite à Rabalaïre, tous les trois publiés chez P.O.L (en 2021, 2023 et 2025) – chez P.O.L où l’on a aussi un théoricien des images, Jean Louis Schefer (1938-2022) qui dans son ouvrage Cinématographies (1998) développait l’idée absurde (disait-il lui-même) « d’une généalogie des images depuis la scène de Golgotha »…

Les peintres abstraits sont des ascètes, des spiritualistes. « Il n’y a pas de mal à ça » disait Deleuze dans ses cours Sur la peinture (Minuit, 2023). Car l’âme des peintres abstraits est fondamentalement religieuse. C’est en tout cas ce qu’on voit chez Kandinsky, qui a beaucoup peint ça et beaucoup écrit ça… Il disait : « Du spirituel dans l’art » – qui est au final l’un des traités esthétiques essentiels du XXè siècle (Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, Folio Gallimard) ; un livre qui s’est écrit comme par lui-même, disait Kandinsky (quasiment sans même qu’il s’en rende compte, avec des notes qui s’étaient accumulées pendant plus d’une dizaine d’années)… Puis il avait écrit en allemand le récit qu’on peut lire aujourd’hui, Les marches, mais traduit du russe, car Kandinsky s’était auto-traduit dans sa langue maternelle – le russe – pour le faire éditer à Moscou, en 1918…

Les derniers cours de Deleuze à Vincennes, l’université créée sur une décision du ministre de l’Éducation nationale Edgar Faure, en réponse au mouvement étudiant de Mai 1968 – où Gilles Deleuze disait se sentir vraiment spinoziste, soit prêt à admirer, à signer la phrase : « la mort vient toujours du dehors » ; ou encore : « la mort n’est pas un processus »…