Cher Facebook, je n’en suis pas à ma première missive, souviens-toi, je t’avais déjà écrit pour te dire que je te quittais… sans mettre ma menace à exécution. Aujourd’hui encore, la vérité m’oblige à te le dire, ton algorithme me fatigue !
Je passe sur ta capacité à me proposer encore et encore des publicités dont je me contrefous pour Shein, Temu ou le Slip Français… Je passe sur les centres d’intérêts que j’aurais parce que j’ai regardé une fois une vidéo de chatons mignons qui avancent en crabe la queue en l’air et le poil plus hérissé que Michel Onfray sur le plateau de BFM… Je passe sur le fait que la maîtrise des données qui me concernent est à peu près aussi transparente qu’un tableau de Pierre Soulages…
Mais que tu me proposes encore et encore les mêmes « Reels » que je m’évertue pourtant à signaler ou masquer via ton interface aussi efficace que le gouvernement pour endiguer la montée du Rassemblement National dans les sondages, ça commence très sérieusement à me désespérer.
Aujourd’hui, j’en suis au énième signalement de la même vidéo d’un influenceur en lycra qui fait des exercices face caméra avec le postérieur et l’entrejambes moulé à l’extrême face à une caméra en gros plan et en 3D qui ne laisse aucun doute sur le fait que la fibre synthétique inventée par DuPont de Nemours est élastique, épouse très bien les formes et se révèle un peu transparente.
J’ai beau masquer le Reel, signaler et bloquer le pseudo auteur de celui-ci pour ne plus m’infliger la vue d’un moulage non désiré sur mon téléphone, la promesse que je verrai « moins de publications comme celle-ci » n’est pas tenue. Plus je masque en cascade, plus ça revient comme si je n’avais rien fait (ou avait justement signalé un intérêt via mon signalement) ou comme si ça revenait à pisser dans tous les instruments d’un quatuor à cordes au mépris de mon libre-arbitre et de mon absence de consentement devant cette exhibition textile.
Au moins sur X/Twitter, grâce à la fonction « mots masqués », je peux ne plus voir apparaître d’insultes ou de gros mots comme conn***rd, enc***é, Thierry Mariani, Cyril Hanouna ou Pascal Praud. Et mon fil d’actu n’est plus qu’intelligence, tolérance, calme et intégrité. Alors que sur Facebook…
J’ai pris l’exemple du sportif en justaucorps, mais je pourrais dresser une liste non exhaustive des contenus effarants que j’ai vu défiler ces derniers jours où la vulgarité le dispute carrément à l’ignoble sur un réseau qui se targue pourtant d’avoir des standards stricts et s’avère toujours prompt à retirer L’Origine du monde de Courbet ou La Trahison des images de René Magritte, même si ce n’est pas une pipe.
Je ne voudrais pas passer pour un « père-la-pudeur », et je me vante de ne pas être facilement impressionnable : j’arrive à ne pas vomir tout de suite devant les unes de Valeurs Actuelles (j’attends la fin de la semaine avec la parution du JDD). Et je vis très bien l’ascension de CNews dans les chiffres d’audience de la TNT : j’ai demandé à mon opérateur d’inclure la chaîne de Bolloré dans le bouquet adulte et choisi un code parental impossible à retenir pour ne pas être tenté de zapper sur les chaînes pornographiques.
Autre exemple : alors que j’en suis à mon troisième signalement de cette publicité de jeu de guerre qui propose d’incarner un Waffen SS résistant vaillamment à l’envahisseur américain débarquant sur les plages normandes en 1944, l’IA de Facebook continue de me la proposer de manière répétée (sûrement au cas où j’aurais eu un remord entre deux masquages, regrettant finalement de ne pas pouvoir zigouiller du para venu de Géorgie un matin où je n’y étais pas).
Vous me direz que je m’emporte pour rien et qu’il est futile de pester contre un réseau dit social sur lequel je me suis inscrit de mon plein gré, en sachant pertinemment que comme c’est gratuit, le produit c’est bibi…
Certes.
Mais je pose le problème autrement : que se passerait-il si je postais des vidéos de moi quand je tonds la pelouse ou repeins le plafond en short en satin des années 80 d’un bleu layette à rendre jalouses les pervenches d’antan ? Sans être bêtement pessimiste ou peu sûr de mon physique, je doute que je récolte autant de pouces en l’air que les adeptes du fitness qui m’imposent la vue de leurs étirements musculeux à vocation fantasmatique douteuse. Cela dit, peut-être aurais-je un petit succès chez les fétichistes du jardinage ou du bricolage dominical ? Qui suis-je au fond pour juger ?
Tout cela pour dire que je souhaiterais au minimum que Facebook tienne réellement compte de mes choix et de mes goûts en ce qui concerne ce que j’ai envie de voir ou de ne pas voir ; que la modération efficace dont se vante Facebook soit vraiment efficiente : laisser tourner une vidéo violente repartagée sans mise en contexte assortie d’un commentaire raciste (où l’on voit une femme en pleurs tirée par les cheveux par deux hommes) ne respecte pas selon moi les « standards de la communauté »… que la promesse de convivialité et de divertissement de ces fameux « Reels » désormais gonflés à l’intelligence artificielle soit (un peu) tenue au risque de me faire (presque) regretter le temps que je passais sur Twitter (que j’ai déserté depuis son rachat par le voiturier électrique).
Sérieusement. Ce n’est pas parce que TikTok a grignoté des parts de marché sur le secteur ô combien rémunérateur de l’abrutissement de masse que Facebook doit s’inspirer de son rival et me forcer à voir des culturistes pratiquants soulever de la fonte à s’en faire péter le legging.