« Baron noir », saison 3 : la campagne de trop

Baron Noir L'arène © CanalPlus - Kwaï

Àquelques heures du final de la saison 3 de Baron Noir, retour sur la campagne de Philippe Rickwaert (Kad Merad), cacique du Parti Socialiste tombé en disgrâce, et revue d’effectifs d’une saison inégale jusqu’à la caricature malgré de réelles et belles intentions.

Alors que la présidence Dorendeu arrive à mi-mandat, la période d’inéligibilité du Baron Noir s’achève. Les idéaux socialistes chevillés au corps, Philippe Rickwaert veut à nouveau peser dans le paysage politique national, entend réaliser l’union de la gauche et accéder lui-même à la magistrature suprême.

Kad Merad © Canal Plus – Kwaï

Avec beaucoup (vraiment beaucoup) d’indulgence (voire d’imagination), on peut mettre en parallèle cette saison 3 de Baron Noir avec la saison 7 de The West Wing, les deux ayant pour propos de suivre la fabrique d’un président, sa campagne, ses choix et ses renoncements, les tractations et les écueils… un parallèle sur l’intention seulement. Malgré des moments de bravoure intéressants, telles les joutes verbales entre Michel Vidal (François Morel impeccable) et Philippe Rickwaert, un débat télévisé d’entre deux tours qui vaut son pesant d’anaphores où les credo populaciers des extrêmes sont dénoncés avec justesse, on ne pourra pas dire qu’on a été convaincu par ce troisième volet de la série créée par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon.

Et c’est bien dommage car Baron Noir est une création originale intelligente qui, pour le meilleur, agrège la réalité et aspire l’actualité pour mieux commenter la pratique politique française… et pour le pire se noie dans le sirupeux et l’invraisemblable en affectant un jargon politico-constitutionnel propre à éblouir le profane et effrayer le connaisseur en quête de précision.

Baron Noir © Canal Plus – Kwaï

A ce jeu de la complexification gratuite, Baron Noir passe haut la main le test de la série qui se donne pour érudite mais péche paradoxalement par facilité. Entre l’alliance entre la présidente Dorendeu et le chancelier allemand ; l’évocation des gilets jaunes et du RIC, la morgue des autocrates dirigeants de partis et la prééminence croissante des réseaux sociaux dans le politique, Baron Noir convoque tout et son contraire, se faisant à la fois critique et observateur complaisant de la classe politique tout entière, extrêmes inclus.

Constance Dollé © Canal Plus – Kwaï

Mais ce n’est rien à côté du regard porté sur les femmes de cette classe politique fictionnelle : entre la présidente de la République (même si l’interprétation d’Anna Mouglalis est parfaite), Aurore Dupraz (jouée par Constance Dollé) cheffe de file de l’aile gauche du PS, puis membre du mouvement de Michel Vidal dont la versatilité est élevée au rang de mode de vie politicienne ou Véronique Bosso (Astrid Whettnall) sous la coupe de Rickwaert, les femmes de Baron Noir n’ont pas le meilleur rôle qui soit, toujours secondes. À moins que le propos des auteurs ne soit justement de tendre un miroir et de vouloir démontrer que la France a encore un long chemin à parcourir en matière de parité politique ? Que penser du choix du nom du personnage d’Amélie Dorendeu (de rang 2 ?) qui personnifie une présidente par défaut, et non le premier choix pour accéder au pouvoir, après le décès dans la saison 1 de son mentor, Francis Laugier, joué par Niels Arestrup ? À croire que, derrière chaque femme politique, il faille nécessairement qu’il y ait un homme.

Anna Mouglalis © Canal Plus – Kwaï

Avant le final attendu (i.e. l’accession au pouvoir de Philippe Rickwaert après tant d’épreuves), la saison 3 de Baron Noir n’arrive donc pas à convaincre dans sa globalité alors qu’elle renferme çà et là quelques trésors d’éloquence et de justesse. Et c’est bien dommage car Baron Noir peut être autant inspiré que pathétiquement naïf. Sujet central et récurrent s’il en est dans la série comme dans la réalité, la vision et l’idéal d’unification des gauches de Philippe Rickwaert est le prétexte à toutes les audaces scénaristiques… sous couvert d’un réalisme forcé. Quand il s’agit de dénoncer l’inéluctabilité suspecte de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, le scénario du pire est envisagé comme un moindre mal face à la montée d’un populisme plus sournois : celui d’un obscur, d’un sans grade « issu de la vie civile » qui convainc les foules via Internet à grand renfort d’idées complotistes voire révisionnistes. Enfin, quand il s’agit d’évoquer le renoncement de la jeune garde (personnifiée par Cyril Balsan passant d’attaché parlementaire bouillonnant à Ministre démissionnaire), la profusion de manipulations, tractations, manœuvres achève de perdre le spectateur et toute crédibilité.

François Morel © Canal Plus – Kwaï

Une fois encore, les bottes de Jarnac du Baron (redevenu noir) ont eu raison du beau projet de mettre en scène la politique made in France, au point de sombrer dans les mêmes travers que son modèle.

Baron Noir, saison 3, de Éric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon avec Kad Merad (Philippe Rickwaert), Anna Mouglalis (Amélie Dorendeu), Hugo Becker (Cyril Balsan), Astrid Whettnall (Véronique Bosso), Rachida Brakni (Naïma Maziani). Réalisation : Antoine Chevrollier Scénario : Éric Benzekri et Raphaël Chevènement Image : Benjamin Roux Musique : Evgueni et Sacha Galperine. 
Crédits Photo : Canal Plus – Kwaï.

Baron Noir © Canal Plus – Kwaï