Jul : coloc à terre en danger (Coloc of Duty, Génération Greta)

L’heure n’est plus aux interrogations. Que l’on soit informé ou fataliste, climatosceptique, collapsologue ou tout simplement de bon sens : il faut avoir une poutre dans l’œil pour ne pas se rendre compte qu’il se passe quelque chose. Avec Coloc of Duty, Jul utilise la légèreté et l’humour potache pour (r)éveiller les consciences, pour (re)parler de la crise climatique, parce que l’urgence est là.

En partenariat avec l’Agence Française de Développement et en 80 pages, Jul illustre pour la deuxième fois un certain quotidien fait de grandes questions et de petits comportements. Quand la planète terre (renommée Edmund) s’invite dans une colocation composée de Salomé, Kevin et Sara, la symbolique fonctionne à plein régime avec ces trois amis aux modes de vie et conceptions différents sur le gaspillage alimentaire, sur la consommation, sur le sort des migrants, sur qui se sent concerné par l’avenir de la planète (et qui s’en moque). Un biais d’autant plus intéressant qu’il souligne l’idée que l’homme n’est qu’un locataire sur une terre qui a déjà connu plusieurs extinctions. A cette différence près que la prochaine sera le fait de l’homme et des conséquences de ses actes (à égalité avec sa passivité tout aussi coupable).

 

Coloc of Duty est l’occasion de rappeler et de souligner que tout est lié : pauvreté, faim dans le monde, éducation, égalité entre les sexes, accès à l’eau, énergie propre, justice, urbanisme… il ne peut y avoir une préoccupation écologique mais des questions sur la vie sur terre. A chacun de nous d’y réfléchir, d’y prendre sa part.
Entre les strips, l’AFD présente ses objectifs et ses engagements. Des déclarations d’intention précèdent les faits qui sont sans contestation possible : le monde va mal.

Nous ne faisons rien, la crise climatique n’est pas « une bonne histoire ». C’est en ces termes que Jonathan Safran Foer parle de la menace qui pèse sur la survie de notre planète. Hausse des températures, catastrophes climatiques majeures désormais récurrentes, déforestation… la planète souffre et se met à rendre coup pour coup ou presque à son principal agresseur. L’humain parle de « prise de conscience », organise des COP, prend des engagements (avant de revenir en arrière), entend limiter le réchauffement à quelques pouièmes de degrés, interdire le plastique… d’ici 20 ans. Ce n’est toujours pas une bonne histoire. Devant l’évidence, Jonathan Safran Foer le martèle dans L’Avenir de la planète  : il faut agir mais « nous le savons, mais nous n’y croyons pas ».

Nous n’y croyons pas et ce n’est pas une bonne histoire. Jonathan Safran Foer a raison. Il faut donc profiter de tous les moyens pour continuer de faire évoluer les mentalités : cinéma, littérature, documentaire, fiction, non-fiction, bande dessinée…

Dans Coloc of Duty, Jul déroule les strips et enchaîne les calembours pour mieux pointer les us et coutumes d’une génération qui connaît, comprend, vit avec le problème et sait qu’elle est une part de la solution. A l’inverse de ses aînés qui considèrent encore qu’ils sont des propriétaires inconséquents de leur environnement, la génération Greta sait qu’elle devra même faire face à des périls de plus en plus nombreux, de plus en plus graves. Et que si rien n’est fait aujourd’hui, demain sera au-delà de la dramaturgie télégénique que l’on nous sert dans les JT ou les matinales populistes pour se donner bonne conscience. Parce qu’il faut multiplier les appels, parce qu’il ne faut pas écouter les sirènes imbéciles qui se demandent si les collapsologues n’en font pas trop ou sont « hystériques« , parce qu’il faut au contraire répéter le message : l’heure n’est plus aux interrogations. Et Greta ou pas, il est plus que temps de penser aux futures générations.

Jul, Coloc of Duty, Génération Greta, avec l’AFD – préface de Martin Weill, 80 p., couleur, Dargaud éditions, 14 € —  Lire les premières planches

Crédits Photos : Dargaud