In Waves d’AJ Dungo: houle sentimentale

Adoubé par Craig Thompson qui signe la préface d’In Waves, AJ Dungo signe le roman graphique américain de la rentrée. Un voyage initiatique, le récit d’un double apprentissage. La pratique du surf élevé en mojo (qui confère à ses adeptes un pouvoir quasi mystique) et l’expérience du deuil. Un livre graphiquement envoûtant et fascinant d’intelligence et de sensibilité.

In Waves est le roman de deux historio-graphies : d’une part le surf, Duke Kahanamoku, Hawaï, la tradition tribale, la récupération, l’appropriation et l’industrialisation d’un mode de vie ancestral ; de l’autre l’histoire intime de Kirsten et d’AJ, une jeune fille et son combat contre la maladie, l’amour d’AJ, le soutien et les larmes de la famille, des amis.

Autobiographique, le récit d’AJ Dungo est à la fois pudique et mélancolique, égrainant les épisodes de la vie de Kirsten, confrontée à un cancer insidieux qui ne la lâchera jamais. C’est aussi une tentative d’exorciser la douleur en faisant ressortir le meilleur : les bons comme les mauvais souvenirs. La rencontre, les débuts de leur amour, la timidité du jeune homme, la fragilité de la jeune fille. L’inévitabilité de leur idylle, l’inéluctabilité de la mort. AJ Dungo construit et déconstruit son récit, par vagues, avec un flux et un reflux qui figure ces surfers qui s’éloignent de la plage pour mieux (re)toucher terre après avoir touché leur rêve de liberté et tous ces moments de vie qui vont et (re)viennent.

Dessiné en bichromie sépia et turquoise, In Waves met en miroir l’Amérique, les figures légendaires du surf et le couple Kirsten-AJ pour mieux parler de rédemption, de renaissance et d’acceptation (jamais de résignation). Un livre qui n’est que courage, passion, poésie et tendresse.

La finesse du trait le dispute à la pureté des sentiments, le livre d’AJ Dungo est une ode magnifique à l’amour, un don, un appel. Comme la mer, le surf et la mort ont appelé Kirsten, In Waves est un apaisement, un hommage et une quête.

AJ Dungo, In Waves, traduit par Basile Béguerie. Lettrage : Jean-François Rey, Casterman, 376 p., août 2019, 23 € — Les premières pages, ici.