Pilotes en séries (1) : Euphoria

On pourrait appeler ça une séance d’attrapage : bilan d’entrées en matière(s) après avoir visionné à la chaîne les pilotes de trois séries fraîchement débarquées sur les écrans.
Premier épisode : Euphoria, créé par Sam Levinson, produit par HBO et diffusé en France sur OCS City.

(Mal) être adolescent dans les années 2010 : c’est le sujet, le cœur d’Euphoria, avec les histoires croisées de Rue, Jules, Nate, Cassie… Les affres de lycéens américains à l’heure du porno accessible en un clic et des drogues en tout genre non moins faciles à se procurer. Développé par HBO, Euphoria de Sam Levinson est le remake d’une série israélienne des années 90 et s’affiche d’emblée comme une bombe narrative et esthétique qui entend casser les codes de la série pour et avec des teenagers.

Mais quels sont ces codes justement ? Oubliez Degrassi ou Sauvés par le gong et regardez plutôt Sex Education ou relisez Less Than Zero et Les Lois de l’attraction de Bret Easton Ellis pour vous donner une petite idée d’Euphoria : à la fois très proche et à mille lieux des teen-movies souvent policés qui peuplent l’histoire du cinéma ou de la télévision. Et c’est un euphémisme.

A peine sortie de cure de désintoxication, Rue (Zendaya, Michelle dans Spider-Man, Homecoming) retourne à son addiction aux drogues diverses, à son quotidien presque, sniffant, fumant, avalant tout ce qui la détourne de ses angoisses et de la réalité ; elle rencontre Jules, adolescent(e) transgenre solaire qui vient d’arriver dans le voisinage (jouée par Hunter Schafer).

Dans ce monde 2.0. où les réseaux et l’image que l’on renvoie aux autres règnent en dictateurs des modes de vies, Euphoria est probablement la première série qui parle (et montre) si frontalement les expérimentations, les errements des milléniaux. L’ouverture donne d’ailleurs le ton et le tempo : Rue est née 3 jours après le 11 septembre 2001, elle est nourrie, bercée par les images et les sons de l’attentat passant en boucle sur les écrans de télévision. Euphoria met en scène cette génération Internet comme Bret Easton Ellis fantasmait la génération X dans ses premiers romans ou se montre très critique envers l’actuelle génération Y et Z dans son essai, White : « c’est le monde où nous vivons à présent ».

Crédit HBO

La série est déconseillée au moins de 16 ans, soyez préparés. Parce qu’elle aborde la sexualité, les drogues, les fêtes, les tentations et interroge la psyché des ados d’aujourd’hui, Euphoria se révèle par endroits un peu trop complaisante avec ce qu’elle montre : de suggestion en nudité explicite, Euphoria transporte le spectateur à la frontière de la pornographie et du voyeurisme. Malgré la voix off de Rue, fil conducteur sur le ton de la confession, les scènes de sexe et les dialogues bruts conduisent à questionner sur ce que l’on regarde. Une extension de la réalité crue ? L’envers d’un décor dont on sait qu’il peut exister mais sur lequel on évite de poser les yeux et encore moins des mots ? Sans filtre, la série convoque les travers de notre époque et dénonce autant qu’elle expose ces ados perdus ou torturés. La promesse de ne pas assister à un viol face caméra est tenue. Artifice scénaristique passager : dans une autre séquence, Jules, la jeune lycéenne transgenre a un rapport violent avec un quarantenaire rencontré sur Internet qui la félicite d’être « super propre ». De quoi est-il question ? De montrer l’existence évidente des pervers en quête de proies faciles ? Ou de donner à voir ? 

Si l’on revient sur le terrain de la mise en scène des années lycée, avec les inévitables schémas vus et revus (les pestes populaires, les geeks, les timides, les vedettes de l’équipe sportive…) et les pistes lancées (les angoisses de Rue, la quête de Jules, les expériences des uns et des autres), les créateurs multiplient les inventions visuelles et les perspectives. Combiné avec la crudité de cet épisode d’exposition, les débuts d’Euphoria sont une expérience intrigante et dérangeante.

Euphoria, saison 1, le lundi à 22h05 sur OCS City. Créé par Sam Levinson, avec : Zendaya, Hunter Schafer, Jacob Elordi, Algee Smith, Alexa Demie, Maude Apatow, Sydney Sweeney, Barbie Ferreira. Produit par HBO.