Les vieux fourneaux : des vioques et des migrants

Le combat continue. Les seniors les plus attachants de la bande dessinée sont de retour et ils n’ont rien perdu de leur gouaille et de leur superbe. Après le grand capital, l’environnement, les activistes vermeils s’attaquent à la justice sociale et à l’égalité des chances. Au cœur de ce nouvel opus des aventures des papys résistants : la cause des migrants et toujours plus de chaleur humaine dans un monde brut.

Les habitants de l’île de la tordue sont toujours à pied d’œuvre et remettent le couvert pour une action coup de poing haute en couleur. Si les méthodes sont originales (faire un « boat in » devant l’ambassade suisse vêtus de smokings et nœud pap’ en criant « on demande l’asile fiscal ! »), le fond n’a pas changé, il s’agit bel et bien de militer haut et fort, au risque de finir au ballon. Ce qui ne rate jamais.

Toujours signé Lupano et Cauuet, le cinquième tome des Vieux fourneaux embarque une fois de plus le lecteur avec ce savant mélange d’humour, de considérations politiques et de tendresse. Avec ce Bons pour l’asile, les auteurs ont de nouveau l’occasion de délivrer moult messages humanistes qui dépassent les générations. Et l’univers de la série de se trouver renforcé avec les intrigues croisées et les multiples focalisations. Mimile, Antoine et Pierrot sont toujours sur la brèche et Sophie a décidé de prendre en main sa destinée et d’affronter ses démons. Ce nouveau tome va sur un rythme effréné et embrasse des questions des plus actuelles : le sort des migrants et le regard de la société, ou comment le monde détourne régulièrement les yeux sur des sujets pourtant essentiels.

Les combats à mener sont nombreux et Wilfrid Lupano et Paul Cauuet le prouvent non seulement en BD mais aussi sur la toile : ils sont membres du collectif TheInklink.org (Wilfrid Lupano est un des initiateurs du projet) dont la vocation est de s’engager pour des causes sociales, des actions de développement avec des valeurs humanistes grâce aux arts visuels et en particulier la bande-dessinée. Une action qui rassemble aujourd’hui une vingtaine d’auteurs, dessinateurs, professionnels d’ONG et propose d’informer, d’illustrer des problématiques diverses : parcours de mineurs isolés à Paris, former aux gestes de sauvetage, promouvoir les carrières scientifiques en BD, illustrer des instructions médicales pour lutter contre le paludisme… Dans ce droit fil, la situation des migrants sur les îles de Nauru et Manus au large de l’Australie est loin d’être un prétexte scénaristique. Alors que MSF, l’ONU et le HCR viennent de publier des rapports d’études et tentent d’interpeller le gouvernement australien, le sort des réfugiés et demandeurs d’asiles est plus qu’alarmant. Et la prise de conscience (à l’instar de celle d’Emile dans ce tome 5) est trop souvent tardive.

Ni mélancolique ni amer, Bons pour l’asile est un vrai manifeste pour le vivre ensemble, toutes nationalités et générations confondues. Baigné dans une ambiance tour à tour rigolarde avec des réparties vachardes et du comique de situation. Et émouvante quand il s’agit de parler de la vieillesse, ou des relations père-fille ou petite fille, des secrets de famille. Bref, un cocktail bien dosé qui fait mouche et parle à toutes et tous.

Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, Bons pour l’asile (Les Vieux Fourneaux T5), 56 p. couleur, 12€.