Le moi de décembre

Je me dois de vous le dire en préambule, décembre est un mois ambivalent, pour ne pas dire hypocrite : premier mois de l’hiver dans l’hémisphère nord, il est aussi le premier mois de l’été dans l’hémisphère sud. Ce qui montre bien que décembre est à peu près aussi digne de confiance que Laurent Wauquiez  se rêvant en homme providentiel et se présentant en pourfendeur des élites dont il est issu.

En supposant que nous serions en présence d’un mois migrateur, la sournoiserie de décembre justifierait à elle seule le nombre de personnes qui attendent la période sise entre le 1er et le 31 pour s’envoler vers des climats plus cléments, pour s’empiffrer jusqu’à la garde au buffet all inclusive de complexes hôteliers maritimes, là où le ciel est azur ou turquoise et se confond avec l’eau de l’océan. Tandis que d’autres se contentent d’attendre l’ouverture des Restos du Coeur, assis par terre ou dormant sous les étoiles en attendant que le thermomètre remonte ou que baisse le niveau des eaux, séant.

Le saviez-vous ? C’est en décembre et à cause du couronnement de Napoléon Ier en 1804 que Napoléon III fut parfois appelé « l’homme du 2 décembre » en 1851. Ce jour-là, Louis-Napoléon avait rétabli l’Empire comme on prend le train, avec désinvolture et dans l’espoir d’avoir beau temps, 46 ans après Austerlitz sans crier gare et avec un changement à Limoges.

Douzième mois de l’année, décembre est aussi et surtout un mois mortifère : chaque année, il fait rendre son dernier soupir à l’an civil au soir du 31 dans une pagaille indescriptible et convenue. Aux abords de 23 heures 59, le monde entier ou presque pousse le mauvais goût jusqu’à énumérer un compte-à-rebours indécent environ dix secondes avant que sonne le glas et le trépas de l’année qui meurt à petit feu d’artifice. Et pour qui, je vous le demande ? Sûrement au profit du lobby des vendeurs de boulettes en papier mâché à lancer dans l’œil et des serpentins à jeter sur les pistes même pas recyclables. Et je ne dirai rien des confettis qui s’enkysteront sournoisement dans chaque recoin de votre costume pour mieux ressortir au moment le moins approprié lors d’un prochain et inévitable enterrement.

Mais comme on dit chez les sœurs, le pire est atteint quand on sait que la fin du monde est régulièrement prévue pour décembre. C’est dire à quel point décembre est un mois tarte ! Pour mémoire, c’est le 21 décembre 2012 que la fin des temps devait survenir selon les Mayas, certains scientifiques bien informés et Roland Emmerich, le futurologue germano-hollywoodien. Apprenant que l’issue globale était proche, je m’étais alors dit qu’au lieu d’écrire des inepties dérisoires et inconséquentes, je ferais mieux de me dépêcher de ne rien faire et de profiter pleinement du temps qu’il nous restait pour penser un peu à moi : finir de repeindre l’entrée histoire d’avoir une maison présentable quand les aliens se pointeraient pour éradiquer l’humanité, arroser les jardinières douze heures par jour sans me soucier de la nappe phréatique pour avoir des fleurs dignes de ce nom et fêter dignement Noël au balcon. J’avais même écrit à l’administration pour leur dire que j’acceptais bien volontiers de payer une taxe carbone, aluminium ou même mercure avant que les planètes jouent aux auto-tamponneuses. Je crois même me souvenir que j’avais avoué à mes géniteurs plus républicains que Bush Junior que j’étais devenu vert sans rougir. J’avais même arrêté d’être ambidextre vers la Saint Nicolas, cessant d’écrire à droite et à gauche.

En décembre 2012, persuadé que la terre allait agoniser gentiment sous peu, j’avais considéré qu’il valait mieux offrir leurs cadeaux à mes proches le soir fatidique et j’avais prévenu mon entourage, ma famille et mon percepteur que j’allais faire la tournée des cadeaux le 21 pour ne pas avoir à subir leur désespoir le matin de l’anniversaire de Jésus, constatant qu’ils n’auraient rien  de ma part sous le sapin. Dans élan de mythomanie teintée de croyance sectaire, je m’étais persuadé être devenu une sorte de héros divinatoire que l’on remercierait jusqu’à l’extinction d’avoir préservé un peu de la magie de Noël au moment où tout s’écroulerait. Je m’étais imaginé en sauveur des traditions séculaires au cours de notre dernière nuit terrestre tout en évitant la corvée des préparatifs du réveillon, échappant à l’inévitable séquence de tartinage de toasts, de remplissage de verrines et autres confections d’amuse-bouches. Ce qui je l’avoue n’était pas fait pour me déplaire.

En cette fin d’année 2018, et bien qu’on ne soit pas très sûr qu’une guerre thermonucléaire ne vienne pas contrarier les libations obligées des veillées du 24 (et du 31), j’ai tout de même décidé de penser aux cadeaux de Noël et une fois n’est pas coutume, j’ai profité du Black Friday de novembre pour honorer généreusement les gens que j’aime. En prenant bien soin d’enlever les étiquettes et sans leur donner les tickets de caisses pour un éventuel échange. De toute façon, d’ici à ce que je leur offrirai ne leur plaise pas, on sera tous morts.

Bon moi de décembre à toutes et à tous, rendez-vous l’année prochaine pour le moi de janvier si les Mayas, les Russes et le beau temps le permettent.