Le moi de novembre

Novembre ne dispute à nul autre la place de onzième mois de l’année. Il dure 30 jours, et son nom latin est november. Comme d’autres mois avant lui et d’autres avant moi, le mois de novembre en a inspiré plus d’un. Comme par exemple, la chanson November Rain à Axl Rose. A moins que ce ne soit la pluie. On ne sait plus très bien. Ce qui est certain en revanche, c’est que la pluie fait du bien aux fleurs et aux potes aux Rose.

November Rain est une ballade dans la lignée des Dry County, Child inTime’, Stairway to Heaven, Free Bird et Bohemian Rhapsody. C’est le deuxième morceau le plus long de l’album Use Your Illusion I, le plus long étant Coma qui dure plus de 10 minutes. Son ton symphonique distinct conduit à un sologuitare joué par Slash. C’est la chanson la plus longue à avoir fait son apparition dans le top 10 du Billboard Hot 100, le classement hebdomadaire des ventes de singles aux États-Unis (les disques et non les célibataires anglo-saxons qui se mettent aux enchères sur Tinder). Ce qui n’a rien à voir avec mon propos, mais je trouvais intéressant de diffuser mon savoir  encyclopédique copié-collé sur internet. Quel cabotin je fais !

Novembre est un mois fourbe. La preuve : alors que celui-ci commence dans le tropique astrologique ouest avec le soleil dans le signe sur Scorpion, il finit sur le signe Sagittaire. Si ce n’est pas une preuve de sa perfidie, je n’y comprends plus rien. De plus, si astronomiquement parlant, le soleil commence dans la constellation de la Balance et traverse la constellation du Scorpion approximativement du 24 au 29 pour finir dans celle d’Ophiuchus, on doit constater avec surprise que cette dernière est la seule constellation zodiacale à ne pas être pas associée à un signe astrologique. Et l’on n’est pas plus avancé. Ce qui me fait dire qu’il faut définitivement se méfier d’Internet, on y trouve souvent des choses sans rapport avec ce que l’on était venu chercher.

Mais novembre est avant tout le mois de tous les saints et du jour des morts. Novembre est le mois préféré des fleuristes (en alternance avec février et sa mercantile saint Valentin) parce qu’il concentre au moins deux commémorations de nos chers disparus. Le 2, il permet aux horticulteurs d’écouler leurs stocks de chrysanthèmes et autres stars des cimetières à même de fleurir le marbre froid des sépultures à l’abandon le reste de l’année. Le 11, il autorise le président de la république en poste à venir gerber sur la tombe du soldat inconnu en grande pompe et sous la pluie s’il s’agit de François Hollande.

C’est aussi le mois où, mondialisation aidant, nos chers marmots en mal de Mardi-Gras, tiennent absolument à se déguiser en mini monstres et autres micro vampires pour fêter Halloween comme leurs correspondants étrangers. Ne soyons pas bêtement dupes, ils veulent surtout récolter jusqu’à s’en faire péter les caries les sucreries que les parents raisonnables leur refusent d’ordinaire et autres friandises cancérogènes et farcies de perturbateurs endocriniens propres à faire grossir la clientèle des orthodontistes qui ne sont d’ailleurs sûrement pas étrangers au succès grandissant de la fête à la citrouille trouée. D’ailleurs, mon praticien qui est très joueur m’a dit en substance qu’avec la montée en puissance d’Halloween auprès de la jeunesse, il était désormais très heureux d’assurer le Service Après-Ventre…

Novembre est aussi le mois des Catherinettes. Autrefois, Sainte Catherine et son homologue masculin Saint Nicolas patronnaient les célibataires de leur sexe respectif afin de « prévenir tout attouchement personnel, fréquent à l’époque » et ainsi obtenir le label A.O.C. (Abstinence d’Origine Contrôlée). Quand on y pense, c’était quand même bien cette coutume qui voulait que l’on arrive jusqu’au mariage plus virginal qu’une Madone en couches… De nos jours, on se moque bien de se préserver pour l’élu.e de son coeur, on va de rendez-vous Meetic copulatoires en soirées entre sex-friends, on se vautre dans le péché comme on va à confesse. Pour se retrouver un jour, avec une ironie non feinte, vers trois heures du matin et la bague au doigt, dans une salle des fêtes de province qui porte encore les stigmates du dernier concours de belote municipal, en robe beige en forme de madeleine ou en spencer cintré de chez Burton à faire la chenille en rang désordonné avec une brassée d’amis avinés sur l’air de « C’est, c’est l’hymen »…

Aujourd’hui, après un long passage à vide, un regain d’intérêt pour cette tradition a eu pour effet devoir revenir en force les Catherinettes dans les rues tristes de nos villes mornes, affublées de coiffes bigarrées et parfois de bon goût, couvre-chefs propices à toutes les rencontres. Dans le meilleur des cas, cela fait des souvenirs à raconter aux futurs enfants du couple qui s’est rencontré pour ce motif chapelier. Charge aux heureux parents de raconter à leur marmaille comment ils se sont connus et de leur dire des deux qui avait le chapeau le plus ridicule.

Mais par ailleurs, plein de bonnes choses ont eu lieu en novembre. C’est en novembre 2008 que Barack Obama a accédé à la magistrature suprême outre-Atlantique, faisant de lui le premier président afro-américain des Etats-Unis. C’est en novembre 1989 que le mur de Berlin, ce mur de la honte qui séparait la ville depuis 1961, a été abattu enfin, menant à la réunification de l’Allemagne au plus fort de la mode des cheveux courts sur le dessus et longs dans la nuque. C’est en novembre 1993 que l’équipe de France de football s’est inclinée à domicile face à la Bulgarie, la privant ainsi de Coupe du Monde l’année suivante, mais permettant l’arrivée aux commandes d’Aimé Jaquet et de Zinédine Zidane (avant que ce dernier ne mette fin à sa carrière sur un coup de tête). Et pour être complet, sachez que c’est au mois de novembre 2007 que j’ai réussi à aligner toutes les couleurs au Rubik’s Cube en mois de trente jours. Pour la première fois et sans décoller les carrés adhésifs.

Novembre sera suivi à un jour près par décembre, c’est vous dire s’ils sont proches.

Vivement le moi à venir.