Charlotte Gainsbourg, Rest

En prélude à son nouvel album Rest, qui sortira en novembre, Charlotte Gainsbourg vient de rendre public le premier extrait de celui-ci, également intitulé « Rest ». Le titre joue sur la polysémie du mot : le verbe « rester », mais aussi ce qui reste de quelque chose, comme une trace, un souvenir, ou encore le repos, la mort (to rest).

La musique, co-composée par Guy-Manuel de Homem-Christo, du groupe Daft Punk, est une mélodie légèrement discordante comme le son d’une boite à musique, répétitive, obsessionnelle. Soutenu par une basse disco et une ligne ascendante et descendante d’accords joués sur un piano synthétique, le morceau est pourtant dépourvu de la section rythmique qui lui donnerait une allure résolument dansante et pourrait en faire un hit signé Daft Punk. L’ensemble produit ainsi une impression étrange, comme si la musique, prise dans la répétition, tendait vers la joie de la danse tout en étant arrêtée, freinée dans ce mouvement qu’elle ne peut accomplir, persistant malgré tout à le reprendre encore et encore. C’est cette tension irrésolue entre ces deux mouvements qui fait le charme de cette musique étrange, sa beauté, et la fragile douleur qui en émane.

Les paroles, très impressionnistes, alternant le français et l’anglais, jouent d’une tension similaire. Entre l’adresse à quelqu’un que l’on est peut-être en train de perdre, ou que l’on a peut-être déjà perdu, qui n’existe plus que sous la forme d’un souvenir que l’on désire ne pas voir se dissiper, les mots oscillent entre l’énoncé d’un amour et l’affirmation d’une absence, entremêlent le désir et sa fin possible, la volonté que cet amour continue et la conscience de sa perte. Le texte évolue ainsi entre la supplique amoureuse, le rêve, l’aspiration à la disparition dans la nuit et l’émerveillement de ce passage dans la nuit en même temps que l’espérance d’un futur où l’amour, la présence seraient encore, sous une forme ou sous une autre, entre morts, entre vivants, possibles.

Charlotte Gainsbourg manifestement recherche davantage la beauté de l’art et l’expression qu’il permet plutôt que le type de succès facile qu’elle pourrait aisément obtenir. Si elle collabore ici avec un des membres de Daft Punk, ce n’est pas pour obtenir un hit international mais pour réaliser une chanson plus proche d’un lied de Schubert que de « Get Lucky », créant une atmosphère où le rythme de la danse se couvre d’un onirisme douloureusement nostalgique, d’un espoir inséparable d’une nuit illuminée par la lune, cependant obstinément obscure.