Goodbye Jerry, merci Monsieur Lewis

Jerry Lewis s’est éteint le 20 août 2017 à l’âge de 91 ans à Las Vegas. Avec la mort de l’acteur, humoriste, scénariste, réalisateur, producteur, une nouvelle page de l’âge d’or d’Hollywood se referme.

Avec plus de 50 films à son actif (et à son passif si l’on en croit la critique américaine d’alors qui n’a souvent pas manqué de l’éreinter), le comédien est célèbre pour avoir formé de 1949 à 1956 un inoubliable duo avec Dean Martin dans les Comedy Clubs et les boîtes de nuit avant de passer sur le grand écran et pour avoir été jusqu’à la fin des années 60 l’idiot préféré de l’industrie du cinéma américain. Avec son visage élastique, ses mimiques et sa gestuelle unique, ses onomatopées et une énergie débordante, Jerry Lewis a longtemps endossé le rôle du faire-valoir au grand cœur, héritier du cinéma muet, artisan du comique de situation et humoriste de génie quand il s’agissait de faire revivre le slapstick en technicolor.

De You’re Never Too Young (Un pitre au pensionnat) à Hollywood or Bust (Un vrai cinglé de cinéma) en passant The Bellboy (Le Dingue du Palace), le mythique Nutty Professor (Docteur Jerry et Mister Love) ou The Patsy (Jerry souffre-douleur), Jerry Lewis est devenu une immense vedette qu’Hollywood a aimé détester.
Inspiré, il a été un précurseur à plus d’un titre et a été un modèle pour plusieurs générations de comédiens à suivre : il a été un des premiers à jouer plusieurs rôles dans ses films, comme dans The Family Jewels (Les Tontons farceurs) ou Three on a Couch (Trois sur un sofa) en 1966 − l’année où il organise le tout premier Telethon (œuvre à laquelle il contribuait déjà depuis dix ans et qui lui apporte une nouvelle notoriété).

Au sommet de sa gloire, Jerry Lewis est même devenu un temps un personnage de comics dans une série de publications portant son nom (d’abord avec Dean Martin, puis comme au cinéma en solo jusqu’en 1971), prolongeant et exploitant l’image du personnage de gaffeur invétéré, maladroit dans la vie comme avec les dames, mais toujours (re)bondissant et retombant sur ses pieds.
Las, à la fin des années 70, le comédien a connu la désaffection du grand public, des studios et des critiques américains.

De ce côté-ci de l’Atlantique en revanche, le succès ne s’est jamais démenti (En 1984, Jerry Lewis reçoit la Légion d’Honneur des mains du ministre Jacques Lang), sa veine comique le faisant jouer dans la même catégorie que Pierre Etaix, Jacques Tati, ou même Louis de Funès (à qui il donnera un César d’honneur et un baiser dans une séquence d’anthologie et de spontanéité plus jamais vue lors d’une édition des César)…

Clown à l’écran et sur les plateaux de télé, il fut un excellent scénariste et réalisateur à l’humour au vitriol : comment ne pas voir une métaphore très critique de sa période de duettiste dans The Nutty Professor quand il interprète le double rôle de Julius Klepp et Buddy Love (alter ego séducteur maléfique, crooner hâbleur et alcoolisé, à bon entendeur…). Jerry Lewis ne fut pour autant pas exempt de reproches, on se souvient de ses déclarations homophobes en 2007 et bien avant cela, de sa prise de position ambiguë sur la mort et l’holocauste avec son film The Day The Clown Cried (Le Jour où le clown pleura) qui le conduira à faire interdire sa diffusion jusqu’en 2025.

Toute sa vie, Jerry Lewis a été un de ces grands artistes usant de l’ironie, de la mélancolie et du burlesque pour mieux faire rire. Plus qu’un crédo, un mode de vie. Comme le soulignait son personnage Julius Klepp dans The Nutty Professor : « And I think that the lesson that I learned came just in time. I don’t want to be something that I’m not. » (Et je pense que j’ai retenu la leçon juste à temps. Je ne veux pas être quelqu’un que je ne suis pas).

Avec Jerry Lewis, « that old black magic» s’en est allée, le clown ne rira plus.