L’exemple de Montcuq

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Ceux qui ont l’extrême obligeance de me lire à l’occasion pourront en témoigner, j’ai une propension naturelle et maladive au calembour, à l’homophonie rigolote, à la polysémie à connotation humoristique. C’est plus fort que moi.

Nourri dès mon plus jeune  âge par Goscinny, Greg ou Jean Cézard, j’ai très très vite versé dans le jeu de mots. Me moquant bien des critiques selon lesquelles les calembours seraient la fiente de l’esprit et faisant fi des rodomontades de mes professeurs de français successifs, j’ai persévéré dans la voie de la déraison dès le primaire, puis au collège. Pour atteindre une sorte d’acmé au lycée, réussissant à glisser dans une copie de bac blanc qu’avant de passer à la postérité, Victor Hugo avait d’abord écrit dans son journal « après un bon bain, je serai Chateaubriand comme un sou neuf ».

Longtemps, je le confesse, la lecture des unes de Libé ou du Canard Enchaîné (couplée avec celle de L’Almanach Vermot et des meilleurs Achille talon) n’a pas arrangé mon cas : je n’ai eu de cesse de vouloir élever l’art du kakemphaton en mode d’expression (sinon de vie). Quitte à souler mon entourage à l’oral, à consterner les éventuels lecteurs de mes premières tentatives prosaïques et à fortement inquiéter les auteurs de mes jours qui ont commencé à se demander si je n’allais pas vouloir en faire mon métier.

L’âge aidant, je me suis (un peu) assagi. Le penchant s’est transformé en passe-temps, en violon d’Ingres. En dada. Je n’ai plus contrepété qu’à l’occasion, lors de banquets familiaux ou dans des dîners d’anniversaires, quand les conversations s’étiolent un peu et qu’il faut réveiller l’ambiance et la grand-mère qui se sont alanguis peu après le plateau de fromages. Une blague par-ci, une devinette par-là, pas de quoi embrasser une carrière tardive d’humoriste de communion solennelle. Bref, le minimum vital.

Et puis, c’est revenu. A l’aune d’un blog (aujourd’hui disparu corps et liens), j’ai recommencé à écrire. Pour moi d’abord. On devrait toujours écrire pour soi, on n’est jamais si bien déçu que par soi-même. Pour quelques premiers lecteurs choisis à qui j’avais donné l’adresse de mon site Ô combien confidentiel ensuite. J’ai pu dans cet espace privatif, de liberté totale, me laisser aller à enchaîner les inepties, les chroniques, les billets, déversant mes pensées aléatoires, mes considérations diverses, couchant sur l’écran mes obsessions récurrentes. Avant de migrer ici où vous me lisez peut-être en ce moment même. Mais rien n’est moins sûr.

La semaine dernière, après avoir regardé le 20 heures de TF1 et écouté la présidente du Front National déverser son flot habituel de mensonges avérés avec l’amabilité d’un serveur d’un café parisien à la fin de son service, je me suis rabattu sur une certaine séquence du Petit Rapporteur, quand Daniel Prévost déclarait en ouverture de son sujet dominical : « c’est un grand jour, en effet aujourd’hui, pour la première fois, je suis heureux de vous montrer Montcuq à la télévision ».

Je me suis alors dit (entre deux hoquets d’hilarité) qu’aujourd’hui, on n’ose plus dire certaines choses. Que les mots sont plus policés, moins gaudriolesques, moins provocateurs, plus aseptisés. J’ai eu soudain le cruel sentiment que le pastiche et le second degré ont été remisés depuis belle lurette, que la blague potache a vécu ses derniers moments lors de la dernière décennie au mieux, voire au siècle dernier. Pas que je sois nostalgique de temps révolus – loin de là –, mais j’ai tout de même la fâcheuse impression qu’on brocarde un peu moins qu’avant. Alors que l’oralité paillarde bien de chez nous, l’innocence grivoise, permettent parfois de désacraliser les discours des communicants professionnels ou simplement rire de tout avec (presque) rien. Après avoir jeté mon dévolu sur une autre ville au nom rigolo − pour l’anecdote, 478 kilomètres séparent Poil de Montcuq −, j’ai eu soudain envie de vous parler de cette charmante commune de 1 273 habitants sise dans le département du Lot, en région Midi-Pyrénées, accessible depuis Cahors par la Départementale 653 :

« Même pour les plus réfractaires, Montcuq est un ravissement pour les yeux. D’un point de vue strictement topographique, il se trouve que Montcuq est coupé en deux : son centre historique est situé sur les hauteurs tandis que le bas de Montcuq a connu un fort développement avec une zone industrielle et commerciale très avenante.

Les premières traces de Montcuq remontent à l’époque Gallo-Romaine mais c’est au moyen-âge que l’on trouve le plus de preuves du rayonnement de Montcuq. Maintes fois attaqués, assiégés, la ville a longtemps pu compter sur son château et son donjon dominant fièrement la vallée de la Barguelonne, remparts efficaces contre les envahisseurs de toutes sortes. Aujourd’hui encore, par beau temps, en montant tout en haut de l’édifice, on peut voir jusqu’à Cahors depuis Montcuq.

A l’ère moderne, Montcuq est très actif, ouvert au tourisme pédestre (car située sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle) comme aux amateurs de bonne chère : riche d’une coopérative agricole prospère, on peut déguster les fruits de Montcuq de Pâques à la Toussaint et la proximité de la fabrique de meringues et de gaufres de Saint-Daunès n’est pas étrangère au développement économique de Montcuq.

D’un point de vue architectural, si le centre de Montcuq est plutôt classique avec sa place principale, son marché, ses ruelles étroites et typiques, il faut souligner que l’on ne compte pas moins de deux églises : Saint-Privât et Saint-Hilaire de Montcuq.

Enfin, sur le plan politique, aux dernières élections départementales, la doublette Divers Gauche l’a emporté sur le couple Union Démocrates et Indépendants loin devant le candidat du Front National de Montcuq et à l’élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen est arrivée troisième avec 14,12% des suffrages exprimés. Soit 11,89% des électeurs inscrits »…

Toutes ces digressions pour vous dire que le 23 avril prochain, j’espère que les électeurs prendront exemple sur Montcuq.