Bob Dylan, un prix Nobel dans le vent

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Jeudi 13 octobre 2016, le chanteur américain né Robert Allen Zimmerman est mort, passé de fait et à la postérité sous le nom de Bob Dylan Prix Nobel de Littérature.

Les contempteurs (je respecte leur colère, ils n’ont pas tous tort, et c’est tant mieux) s’en sont donnés à cœur joie hier à l’annonce du prix décerné par l’Académie suédoise qui porte le nom du chimiste, industriel et fabricant d’armes scandinave. On serait tenté de rétorquer Hey, what did you expect ?… car tandis qu’on (on, pronom indéfini : la sphère littéraire et journalistique qui attend désespérément depuis des années de pouvoir enfin publier ses papiers préparés de longue date ou commenter la remise du prix suprême à grands renforts de phrases toutes faites) guettait fébrilement les noms de Philip Roth ou Don DeLillo, la déflagration a été à la hauteur de la réputation de l’inventeur de la dynamite.

Non, mais rendez-vous compte ; Bob Dylan, merde ! Le gars qui a plus fait pour l’industrie chapelière que Daniel Gérard et Madame De Fontenay réunis ! Le gratteux folk à la voix nasillarde qui a inventé le maniement de la pancarte à messages et influencé des générations entières de pseudo-poètes à pantalons pattes d’éph’ de Ringo à Carla Bruni en passant par Joe Dassin période Tagada voilà les Dalton !

Tiens, en parlant de chanteurs et chanteuses à voix (de) basse, vous n’aurez pas manqué de noter que Carla Bruni était invitée par Europe1 à réagir à la consécration de son ami Bob – Dylan est indéniablement l’inspirateur sans fil de l’ex-première dame. La chanteuse (qui rappelons-le ignorait il y a encore peu de temps qu’elle vivait avec un écrivain) est-elle légitime pour venir parler du prix qui venait du froid ? On peut tout de même en douter étant donné sa propension à être incapable de faire un compliment sans parler d’elle, déclarant «il a été très important pour moi »…

A l’opposé, les thuriféraires (je respecte leur joie, ils n’ont pas tous raison, mais tant pis), n’ont pas oublié de souligner combien la récompense allait dans le sens du poil et de l’histoire, l’auteur-compositeur interprète étant primé pour «avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique». Ben oui, quoi ! C’est Bob Dylan, merde ! On parle du mec qui a chanté Like a Rolling Stone, All Along The Watchtower ou Subterranean Homesick Blues… On ne parle pas de Madonna fredonnant Like a Virgin en allant chercher son award en guêpière à Stockholm ou de Nicolas Sarkozy postulant pour le rôle de Pierre Richard dans le remake de C’est pas moi c’est lui ! On est bien en train de disserter sur l’auteur des Topical Songs, mini récits inspirés de la réalité et de l’actualité (la chasse aux sorcières et l’inutile anti-communisme ; la mort d’un jeune noir sous les balles de policiers blancs par la suite acquittés pour leur geste…), sur le pourfendeur de la guerre du Vietnam tout en refusant d’être labellisé «artiste engagé» et leader d’opinion, sur le folk singer réaliste chantre de l’autre Amérique, figure iconique de la contre-culture… Il s’agit bien de lui, ce chroniqueur (à l’instar d’un écrivain, d’un poète, d’un journaliste) du contemporain qui a fait montre d’un « puissant idéal », pour reprendre le terme figurant dans le testament d’Alfred Nobel.

Alors oui, la littérature est loin. Très loin. A des kilomètres de partitions et à des brassées de guitares de là. Sully Prudhomme (premier lauréat de l’histoire du Nobel de Littérature) et Winston Churchill (seul politique de la liste des récipiendaires) ne sont plus là pour s’offusquer ou se réjouir de voir débarquer un saltimbanque dans la liste des poètes et poétesses, dramaturges, romanciers, auteur(e)s… Soyez-en sûrs, dès l’an prochain, le prix continuera de faire débat et de s’attirer des critiques. Et si vous vous posez la question de savoir pourquoi cela fait 115 ans que ça dure, « The answer, my friend, is blowin’ in the wind, The answer is blowin’ in the wind ».