Cas d’école : le premier débat des primaires

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C’est fini, le premier débat des primaires a finalement bien eu lieu et Monsieur Galuchet range la salle de classe transformée en amphi, remise les pupitres et ramasse les notes laissées éparses par les candidats. Jusqu’à la prochaine fois.

Ils étaient tous là : Alain-Jules P., Nico Lahesse, François Fillot, Jean-François Copain, Nathalie qu’on surnomme Mauricette, l’heureux nouveau (c’est Bruno) et même le petit dernier, Jean-Fred Eric-Poisson, trop content d’être au centre de cette brochette adroite qui a réussi à se rassembler autour d’une ambition commune : se faire élire par ses pairs pour aller guigner le job de Président du Conseil des Ecoles. L’élection n’aura lieu qu’en avril prochain, mais pour le moment, ce qui s’appelait encore il y a peu l’UMP (l’Union de ceux qui jouent à la Marelle sous le Préau) est en ordre de marche pour se choisir un chef ou une cheftaine.

Pourtant, et Monsieur Galuchet s’en souvient très bien, ce n’était pas gagné d’avance : Nico Lahesse se serait bien passé d’un tel processus démocratique, lui, l’ancien chef de clan, l’ex-meneur de troupes ; il a tout fait ou presque pour ne pas avoir à se soumettre au verdict des urnes, privilégiant la vox populiste qui a fait sa notoriété. Il a tout tenté : faire interdire le vote électronique, exiger un nombre accru de parrainages afin que Nathalie qu’on surnomme Mauricette ne puisse pas participer, laisser Jean-François écoper à sa place pour avoir géré les finances du mouvement selon la technique dite du panier percé, écrire un livre sur la plage pour faire comprendre à sa douce Carla brunie par le soleil estival qu’il était un écrivain qui s’ignore… Las, Nico Lahesse a dû se résoudre à accepter de participer à ce débat des primaires. Les autres, en revanche, y ont vu une belle occasion de faire table rase du passé et pour Alain-Jules P. notamment de se forger une stature de commandeur, en prenant de la hauteur sans avoir besoin de mettre des talonnettes.

Rassemblés sous le slogan et la bannière de « L’air est public, hein ? », les anciens de l’UMP ont eu à cœur de montrer qu’ils pouvaient discourir sans se taper dessus à la cantine et parler sinon d’une même voix des mêmes choses, du moins des sujets qui concernent le plus grand nombre. Le tout sans lorgner du côté de l’extrême-droite de la cour de récré où la famille FNouillard prospère depuis que la dédiabolisation opérée par la petite Marine porte ses fruits selon la technique qui permet de faire passer des vessies fascistes pour des lanternes nationalistes plus convenables.

Cela dit, lors de ce premier débat, les fortunes ont été diverses : si Jean-Fred Eric-Poisson a pu prouver qu’il avait toutes les raisons d’être là (en plus d’avoir été bénéficié d’une wild card de tennisman sous-côté), l’heureux nouveau (c’est Bruno) a été moins à son aise qu’à l’accoutumée. Il pensait pourtant avoir fait les bons choix, il est passé chez le coiffeur, n’a pas mis de cravate par peur de manquer d’air et il est arrivé tout seul pour faire croire que lui aussi pouvait jouer dans la cour des grands. Nathalie qu’on surnomme Mauricette, qui avait mis sa belle robe rouge afin qu’on ne la confonde pas avec les rideaux de l’amphithéâtre, a été plutôt efficace, surtout quand elle a parlé de tri sélectif des idées comparable au recyclage des déchets… Ce qui a eu pour effet (et mérite) d’émouvoir Alain-Jules P. qui s’est senti visé et de faire sursauter François Fillot qui s’était endormi en relisant ses notes sur l’approche économique néoclassique qui utilise le concept d’agent représentatif supposant que les agrégats économiques se comportent comme s’ils répondaient aux décisions d’un agent économique unique similaire à l’agent rationnel du niveau microéconomique dont la capacité à prédire des résultats opposés en fonction des hypothèses faites sur l’agent représentatif et sur les paramètres de base jettent un doute profond.

Pendant plus de deux heures qu’a duré ce débat des primaires, Monsieur Galuchet a écouté les rhéteurs s’enferrer dans des arguties stériles, montrant parfois qu’il vaut mieux se taire et passer pour un imbécile plutôt que de parler et ne laisser aucun doute sur le sujet. Il a surtout constaté avec effroi que les différences entre les participants étaient minimes et a regretté un temps qu’Hervé le baryton (de la chorale pour tous) n’ait pas pu se qualifier : nul doute que ses pulls jacquard et son profil aquilin de chanoine rigoriste auraient apporté au plateau un peu de gaieté.

Mais il est un autre fait notable que Monsieur Galuchet, avec sa longue expérience d’instituteur de la République, n’a pas manqué de relever : s’il regrette à demi-mot que la foire d’empoigne entre Jean-François Copain, Nico Lahesse et François Fillot (foire plus connue sous le nom de « guerre des trois ») n’aura pas lieu, quelques piques bien senties ont tout de même émaillé ce premier débat des primaires. Ainsi, quand Jean-François a ressorti son sempiternel couplet sur le problème récurrent du vol de goûter à la sortie de l’école, il s’est fait reprendre de belle manière par un Nico trop content de lui rappeler que des deux, c’est lui qui avait la plus grosse (expérience au poste de président du conseil des écoles, NDLR).

En définitive, ce premier débat a quand eu même un ton très « moi y en a je », avec Alain-Jules P. décochant des « je suis prêt » dès qu’on lui donnait la parole, l’heureux nouveau (c’est Bruno) commençant toutes ses phrases par « Moi candidat » au risque d’user jusqu’à la corde le procédé stylistique qui se veut formidable et finit en anaphore minable, Nico Lahesse tentant de faire oublier les nombreuses suspicions à son encontre de tricheries, de dépassements de comptes (il a d’ailleurs dépassé son temps parole en moins de temps qu’il n’en faut pour faire une fausse facture) et de promesses de changement non tenues (à commencer par celle de ne pas se représenter devant les électeurs).

En attendant le prochain débat, Monsieur Galuchet est parti pour un long week-end. Il a décidé de s’éloigner de la capitale, ne souhaitant pas croiser les manifestants de la chorale pour tous (dont Jean-Fred Eric-Poisson, Hervé le baryton et quelques autres) qui ont décidé dimanche après la messe d’aller chanter en chœur leur intolérance de Dauphine à Trocadéro.

Il reviendra à temps pour le deuxième débat et à part lui, le vieil instituteur ne peut s’empêcher de penser en quittant Paris et en souriant à ce que ce cas d’école lui inspire : vivement que les primaires passent la seconde.