Capa, L’étoile filante : «au plus près de l’homme»

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Né Endre Ernő Friedmann, Robert Capa est l’un des plus célèbres photographes de guerre(s) au monde. Sa vie a épousé la mort, de la guerre d’Espagne qui l’a fait connaître, à la guerre d’Indochine qui lui a coûté la vie. Dans Capa, L’étoile filante, Florent Silloray raconte le photographe et l’hédoniste, fondateur de l’agence Magnum et éternel déraciné, qui s’est forgé une légende grâce au nom que Gerda Taro lui avait trouvé.

Capture d'Øcran 2016-03-08 à 11.12.57Tout commence à Paris en avril 1936, André Friedmann et Gerda Taro peinent à vendre leurs clichés et à vivre de leur métier de photographes. Tandis qu’ils côtoient Henri Cartier-Bresson et David «Chim» Seymour, Gerda a alors l’idée d’américaniser le nom (et l’image) de son amant : il sera désormais Robert Capa. Le succès du subterfuge est presque immédiat : ses clichés du Front Populaire lui valent un engagement au journal Vu qui l’envoie couvrir la guerre d’Espagne dès le mois de juillet.

Capture d'Øcran 2016-03-08 à 11.00.28La légende Robert Capa est-elle née de la guerre ? Des photos prises « au plus près de l’homme, au plus près de l’action » ou des blessures morales à répétition ? Dont la plus significative (et peut-être la plus fondatrice) : la mort de Gerda, écrasée par un char républicain près de Brunete. Avec un dessin réaliste tout en tons sépia, ocre et noir, Florent Silloray recompose le parcours d’une vie de beuveries, de parties de poker, de rencontres hautes en couleur (Capa était l’ami d’Hemingway, de Cartier-Bresson, de Kertész, de John Steinbeck ; il fut l’amant d’Ingrid Bergman et leur idylle inspira Alfred Hitchock), de prises de vues qui font aujourd’hui partie intégrante du patrimoine mémoriel de l’humanité.

Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près.

Florent Silloray propose de suivre Capa dès les premières heures de la guerre civile espagnole, tandis qu’il suit les républicains et va prendre des photos (en tramway) après chaque bombardement, jusqu’à la naissance de l’état d’Israël en passant par le débarquement de Normandie, la libération de Paris, de Chartres, le franchissement du Rhin, Berlin affranchi du régime nazi… Portrait sans concession, qui met tout aussi bien en avant le credo que l’inconscience du photographe de guerre, Capa L’étoile filante lève un voile majeur sur la psychologie de la légende : né en Hongrie, contraint d’émigrer en Autriche puis en France, Endre Friedmann a connu les vexations et les interdits à cause de ses origines et de ses engagements politiques. Florent Silloray raconte comment Capa a eu très tôt l’idée s’affranchir des journaux – tout en les utilisant – pour mener les reporter-photographes vers davantage d’indépendance. Lors du D-Day, il sera le seul photographe présent sur la plage d’Omaha Beach. Il prendra 119 photos. Onze (seulement) seront publiées par Life. Trop flous et tremblés, les clichés du reporter n’auront pas la grâce de la une.

Capture d'Øcran 2016-03-08 à 11.01.02Toute sa vie, il semble que Capa n’a eu de cesse de rendre hommage à la femme qui l’a créé : Gerda Taro. Dans les excès comme dans la quête inlassable de reconnaissance professionnelle et personnelle, dans les choix de sujets comme dans les choix de vie, allant là où l’actualité et la nécessité (d’être au plus près) faisaient loi, Capa a été de et sur tous les fronts. Et Florent Silloray de célébrer à la fois la femme et l’homme qui a dû se montrer « à la hauteur de ce Capa qu’elle a inventé ».

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Florent Silloray, Capa, L’étoile filante, 86 p., Casterman, 17 €

A lire aussi : Robert Capa : la mort au travail (entretien de Jean-Philippe Cazier avec Sébastien Smirou)

 

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