« Vinyl », pour l’amour du disque

Comment éviter le cliché impliquant Ian Dury and The Blockheads et leur légendaire Sex & drugs & rock n’ roll pour parler de Vinyl, la nouvelle série de Martin Scorsese diffusée en France à partir du 15 février ? Impossible (même si le titre légendaire date de 1977 alors que la série mettant en scène Richie Finestra et ses acolytes se déroule quatre ans plus tôt).


Capture d'Øcran 2016-02-18 à 07.58.18Pour annoncer la série, la critique s’est davantage focalisée sur la production et ses show-runners de renom : Martin Scorsese et Mick Jagger (que l’on ne présente plus), Terence Winter (Boardwalk Empire, Les Soprano) et Rich Cohen (Magic City, Entertainment tonight). Au casting, les sérivores reconnaîtront immédiatement Bobby Canavale (Oz, New York 911…) et Olivia Wilde (Dr House), personnages principaux et seules vraies têtes d’affiche de Vinyl (citons néanmoins Ray Romano, méconnaissable et très loin de son rôle de journaliste sportif dans Tout le monde aime Raymond).

Il est vrai qu’une série créditant le réalisateur du Loup de Wall Street et le mythique chanteur des Rolling Stones a de quoi allécher les plus réfractaires des musicophobes qui ne goûtent pas les premières mesures de Black Dog de Led Zeppelin ou le riff saturé de Frankenstein du Edgar Winter Group.

Capture d'Øcran 2016-02-18 à 07.57.59Pour autant, le premier épisode (intitulé très sobrement Pilot) laisse une étrange impression de confusion et d’attraction mêlées, comme si à force de vouloir trop embrasser (le rythm & blues, la naissance du punk, l’avènement du glam rock et les prémices du hip-hop), Martin Scorcese avait mal étreint son sujet séduisant par avance. Car Vinyl renvoie aux fondamentaux de la musique alors que la scène new yorkaise en ébullition s’apprête à produire ce que le rock n’ roll hall of fame comptera de mieux : les Ramones, David Bowie, Robert Plant, New York Dolls, et autres Television…

Ambitieuse, Vinyl se donne néanmoins en filigrane comme une série frontière, dans ce moment où l’ancien temps (les flashbacks durant lesquels Richie Finestra coache un chanteur noir talentueux forcé de ne faire que des reprises de Ty Taylor et Chris Kenner) s’apprête à céder la place au futur de la musique. Le tout dans une overdose de son graisseux, métallique et flamboyant superbement mis en images avec une caméra sans cesse en mouvement, des cadrages serrés et restituant l’ambiance déjantée et hyper créative du New York du début des seventies.

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Dans ce moment de bascule, Vinyl devient alors — au travers du portrait sans fard (mais tout de même très poudré) de ce directeur de label qui possède une oreille magique mais dont le principal problème est le nez (et « tout ce qu’il se met dedans », dixit Richie Finestra) — une anthologie du rock, avec ses moments de bravoure musicaux et un humour foutraque qui ose les énormités, montrant l’amateurisme des uns, l’opportunisme des autres et les ficelles mercantiles du métier. Avec la musique au centre, moteur dévorant et passion animale, pour l’amour du disque.

Vinyl sur HBO depuis le 14 février et sur OCS City en US+24. De Martin Scorsese, Mick Jagger, Terence Winter, Rich Cohen. Avec Bobby Cannibale, Olivia Wilde, Ray Romano, James Jagger, Juno Temple…