New Yorker : un Nobel pour la non-fiction

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Il y a un an, Philip Gourevitch en appelait à la reconnaissance, par les prix littéraires internationaux, de la non-fiction comme un genre littéraire à part entière. Le New Yorker republie son papier après le couronnement de l’œuvre de Svetlana Alexievitch par le Prix Nobel de littérature cette semaine.

Chaque année, la liste des vainqueurs possibles du Nobel de littérature fait l’objet de paris des bookmakers et, pour Philip Gourevitch, en 2014, la bonne nouvelle était la troisième place de Svetlana Alexievitch sur cette liste, pourtant « reporter« , journaliste (avec toute la polysémie induite par le mot anglais reporter). « Is it possible that the Nobel committee might finally reverse the ignoble treatment of what we call “nonfiction writing” and admit that it is literature ? », « serait-il possible que le comité Nobel finisse par inverser le regard (ignoble) porté sur l’écriture non fictionnelle et admette que c’est bien de la littérature ? ».

Cette déconsidération ne fut pas toujours telle, et Philip Gourevitch de citer Theodor Mommsen, primé en 1902, ouvrant la voie à d’autres historiens et essayistes comme Bertrand Russell ou Winston Churchill. Puis 50 ans sans aucune considération ou reconnaissance, finissant par exclure la non fiction du champ littéraire, suggérant qu’elle témoigne d’un manque d’imagination ou de talent artistique (en comparaison du roman), alors que la non fiction, dans le même temps, n’a de cesse d’explorer de nouvelles formes, manières, longueurs. (« But it has been more than a half century since any such recognition—a half century that has seen an explosion of great documentary writing in all forms and lengths and styles, and yet there is a kind of lingering snobbery in the literary world that wants to exclude nonfiction from the classification of literature—to suggest that somehow it lacks artistry, or imagination, or invention by comparison to fiction« ).

Nonfiction writers are second-class citizens, the Ellis Island of literature

41WRvlp8WhL._SX331_BO1,204,203,200_Comme le déclara Gay Talese (publié en France aux éditions du Sous-Sol) dans un entretien pour la Paris Review, et cité par Gourevitch, « les écrivains de non fiction sont des citoyens de seconde classe, le Ellis Island de la littérature » (“Nonfiction writers are second-class citizens, the Ellis Island of literature« ).

Une situation qui a peut-être changé avec ce prix Nobel 2015, enfin.

La suite de l’article du New Yorker est à lire ici.

L’interview de Gay Talese dans la Paris Review ici.

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Gay Talese, Sinatra a un rhume, traduction de Michel Cordillot, éd. du Sous-Sol, mars 2014

Gay Talese, Ton père honoreras, traduction de Yves Malartic et Michel Cordillot, éd. du Sous-Sol, mars 2015

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