«Astérix chez les Pictes» passe le test de la page 48

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Les éditions Albert René peuvent se féliciter du démarrage d’Astérix chez les Pictes et du choix des repreneurs de la série, car avec près de 330 000 exemplaires vendus en moins d’une semaine, l’album est d’ores et déjà un franc succès public et commercial. Mais bien plus que cela à y regarder d’un peu plus près.

Critique. 35ème album des aventures d’Astérix, Astérix chez les Pictesest le premier à ne pas être scénarisé et dessiné par Albert Uderzo. Après avoir présidé seul aux destinées du célèbre gaulois à moustache blonde depuis le décès de son compère René Goscinny en 1977, Uderzo avait sérieusement envisagé que la série ne lui survive pas. En 2009, alors que son personnage fêtait ses 50 ans, paraissait un album anniversaire dans lequel le dessinateur réglait quelques comptes avec une bonne partie de son lectorat et la critique. Quatre ans plus tard, Jean-Yves Ferri au texte et Didier Conrad au dessin (assistés de Thierry Mebarki à la couleur) ont la lourde tâche de reprendre un flambeau en passe de s’éteindre et le moins que l’on puisse dire sans tomber dans l’emphase est que le passage de témoin est réussi.

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Grâce à Ferri et Conrad, Astérix et Obélix règlent leurs pas dans les pas de leurs nouveaux pères. Les maladresses (c’est le puriste qui parle) sont anecdotiques ; les trouvailles scénaristiques (c’est le critique qui s’exprime) pertinentes. L’esprit de Goscinny souffle dans les pages de cet album avec des incises savoureuses et les dialogues des personnages secondaires (voire en arrière plan) sont truffés de perles comiques. Au dessin, Didier Conrad a réussi le tour de force de s’approprier le dessin d’Uderzo (le lecteur averti rejettera le terme de « copiste » lu par ailleurs, ce qui est très réducteur). Le dessinateur des Innommables et de Tigresse Blanche a su restituer l’identité graphique du héros d’Uderzo tout en apportant une touche de modernité : « je dois dire que ça change de nos Gaulois rustauds à gros nez » (dixit Iélosubmarine, NDLR). Enfin, renouant au passage avec la tradition des caméos de célébrités qui permettront aux plus curieux d’aller dénicher Johnny Hallyday ou reconnaître Vincent Cassel, il livre un album respectueux de l’original, ce qui n’est pas sa seule qualité, loin s’en faut.

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On ne le dira jamais assez, même pour le plus réfractaire des lecteurs de bandes dessinées, ouvrir un album d’Astérix, c’est ouvrir une boîte de madeleines ou un vieil album photo : c’est l’assurance de retrouver des personnages sur lesquels le temps n’a pas de prise (et pour cause, cela fait plus de cinquante ans que l’action se situe en – 50 avant J.C.), des situations mêlant aventure et humour, des réflexions sur l’actualité et une certaine critique sociétale en filigrane. Astérix chez les Pictes ne déroge en rien à la règle et si les mauvaises langues suggèrent que l’album respecte un peu trop le cahier des charges, on pourra rétorquer à ces censeurs de joie que Rome ne s’est pas faite en un jour… Ne boudons pas dès lors ce 35ème opus des aventures d’Astérix, pour le lire avec plaisir de la première à la dernière page.

 

  • Astérix chez les Pictes, de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (d’après les personnages de Goscinny et Uderzo), éditions Albert René, 48 pages couleur, 9€90