Loin des représentations hollywoodiennes de Walker Texas Ranger ou des Highwaymen, le personnage principal de bluebird, bluebird d’Attica Locke n’a rien à voir avec la mythologie de l’Ouest sauvage et ses images de justiciers droits dans leurs bottes, arborant fièrement l’étoile de Ranger. Enquête sur un double meurtre dans l’est du Lone Star State, bluebird, bluebird est une plongée dans le Texas profond et le récit de la quête identitaire d’un Ranger noir trop porté sur l’alcool dans un État au lourd passé ségrégationniste.

Le recueil de neuf courts essais de Brit Bennett, Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs, part d’un constat qui pourrait sembler plein d’espoir : sans doute la jeune romancière, née en 1990, est-elle la première femme noire de sa famille à être entourée « d’autant de Blancs gentils ». Mais ce recul apparent du racisme n’est-il pas une forme « d’autoglorification » ? « Quel privilège que d’essayer que de paraître bon, alors que nous autres, nous voulons paraître dignes de vivre ».

David A. Warlick, Sans titre, Géorgie, 1891

Soit un petit garçon blanc qui pose, en Géorgie, pour le photographe. Il a quatre ans, il est chaussé d’élégantes bottines sombres, affublé d’une toque, emmitouflé dans un large manteau clair qui le fait disparaître à moitié. On devine en arrière-plan un intérieur distingué, une cheminée décorée de carreaux au motif raffinés. On est en le 4 janvier 1891 et pour rassurer l’enfant, en ce jour de solennelle représentation devant le photographe, l’on a pris soin de le placer aux côtés de sa nourrice, présence rassurante, dont le bonnet et le large tablier sont d’un blanc éclatant, et l’on a consenti à lui laisser sa poupée préférée, molle masse de chiffons qu’il agrippe au poignet. Or la nounou et le doudou sont noirs, tous deux : frappantes incarnations de la ségrégation raciale aux États-Unis.

Life : origine inconnue est probablement l’un des films les plus insignifiants qui soient. Le genre qu’on ne peut pas aller voir par choix ou par accident mais par désespoir.
Ni film d’auteur, ni blockbuster incontournable, il flotte dans la galaxie des films pop-corn qui remplissent tout de même les salles de moitié. On notera néanmoins deux têtes connues au casting, à savoir Ryan Reynolds et Jake Gyllenhaal – présents, on s’en doute, pour le cachet.

Lech Kowaski, I pay for your story

C’est encore une fois un sublime documentaire que diffuse Arte cette nuit, à minuit 15, I pay for your story de Lech Kowalski, recueil de témoignages et histoires vraies sur la vie en marge de la société, à Utica, à 4 h 30 de New York en voiture. Le réalisateur, qui a lui-même passé une partie de sa vie dans la ville, a rémunéré des habitants pour raconter, face caméra, leurs galères, leurs espoirs, leurs désillusions. Son film, pudique et fort, nous confronte à des condensés d’existences engluées dans un présent sans perspectives.

Je ne suis pas votre nègre, signé Raoul Peck (L’École du pouvoir, Lumumba) à partir de textes de James Baldwin, est un documentaire exceptionnel. En juin 1979, l’écrivain noir américain prépare un livre, le récit des vies et assassinats de Martin Luther King, Medgar Evers et Malcolm X, des années 50 à 1968. Mais Baldwin meurt en 1987 sans avoir achevé son projet. Seul demeure un manuscrit d’une trentaine de pages, Notes for Remember this House, que sa sœur, Gloria Karefa-Smart, confiera à Raoul Peck qui en fait la colonne vertébrale du documentaire, avec JoeyStarr en voix française de James Baldwin.

Des foules protestant contre les violences infligées aux populations noires américaines. Des manifestations qui dégénèrent. L’état d’urgence déclaré pendant plusieurs jours dans une grande ville américaine. Nous sommes à Charlotte, le mois dernier, en septembre 2016. Plus de cent cinquante ans après la fin de la Guerre de Sécession en 1865 qui a consacré l’abolition de l’esclavage, le mouvement Black Lives Matter milite encore aujourd’hui contre le racisme quotidien et les violences des forces de l’ordre américaines, démontrant s’il était besoin, l’étonnante actualité du sujet de l’exposition que propose le musée du Quai Branly « Color Line, les artistes africains-américains et la ségrégation ».

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Le ring invisible
est le roman d’une genèse : celle de Cassius Clay, boxeur génial devenu Mohamed Ali en même temps que bien d’autres choses. Le livre s’intéresse aux débuts du boxeur, à sa formation, son apparition – on pourrait dire sa naissance, puisque Cassius Clay nait un jour dans le corps du jeune Cassius, s’y développe comme une forme de vie nouvelle, une force inédite. Si la genèse est celle de Cassius Clay, de la naissance de son corps, de sa parole, elle est aussi celle du livre puisque celui-ci est composé de cette genèse. Le livre n’est pas un roman sur Cassius Clay, comme le serait un roman se pliant aux exigences de la représentation : il est le corps de Cassius Clay – son corps, ses affects, son esprit et les processus qui les traversent.

Le ring invisible est le roman d’une genèse : celle de Cassius Clay, boxeur génial devenu Mohamed Ali en même temps que bien d’autres choses. Le livre s’intéresse aux débuts du boxeur, à sa formation, son apparition – on pourrait dire sa naissance, puisque Cassius Clay nait un jour dans le corps du jeune Cassius, s’y développe comme une forme de vie nouvelle, une force inédite.