Duncan, Malcolm, Banquo, Fleance, Duff, Hécate… Macbeth. La distribution entière de la pièce de William Shakespeare est présente au nom près dans le polar dystopique de Jo Nesbø qui fait du Général régicide de la pièce un inspecteur principal drogué et sous influence de sa célèbre Lady. Soit un travail de réécriture assumé, et un véritable tour de force qui perpétue l’œuvre du dramaturge de Stafford on Avon auprès des nouvelles générations nourries de sequels, prequels, et autres cross-overs télévisuels. 

« Chaque mot a son odeur : il y a une harmonie et une dissonance des parfums, donc aussi des mots » avançait vigoureusement Nietzsche dans Humain, trop humain pour révéler, en une alliance sans égale, combien le savoir ne pouvait procéder que de la saveur : du goût du monde laissé dans la parole ou ce qui en tient lieu.

« Pas une image juste. Juste une image » dit Godard. Mais mon chagrin voulait une image juste, une image qui fût à la fois justice et justesse : juste une image mais une image juste. (Roland Barthes, La Chambre claire)

Trois livres : L’Exposition, Supplément à la vie de Barbara Loden, La Robe blanche.
Trois femmes : La Castiglione, Barbara Loden, Pippa Bacca.
Trois moments : la fin du XIXe siècle, les années cinquante, la première décennie du XXIe siècle.
Trois domaines où intervient l’image (photographie, cinéma, performance) convoqués chacun au moment de leur pleine affirmation artistique.

La robe qui donne son titre à ce saisissant récit de Nathalie Léger, qui vient de recevoir le Prix Wepler 2018, c’est celle que porta l’artiste Pippa Bacca pour un voyage qui devait la conduire en auto-stop de Milan jusqu’à Jérusalem, afin d’effacer les horreurs de la guerre. Mais ce voyage a pris désastreusement fin en Turquie, où la jeune femme fut violée et tuée. Cette robe, qui était un instrument de réparation, est aussi une surface graphique qui prend sa part de la salissure et des ordures du chemin, qui témoigne concrètement du parcours de l’artiste. Robe blanche et page blanche, performance et récit, c’est dans cet écart que s’invente l’étonnant texte de Nathalie Léger, avec sensibilité et élégance.

Toute écriture naît de la disparition, Derrida l’a montré, plus encore celle du deuil, disparition radicale, irréversible, muant le livre en testament, tombeau d’une présence, paradoxe d’une trace.
« De quoi demain sera-t-il fait ? », se demandait Hugo, « De quoi demain ? », ajoutait Derrida. De quoi ces lendemains ?, poursuit Jean-Michel Espitallier dans La Première année, quand Paris subit une vague d’attentats sans précédent à quelques mètres de chez lui, alors même que sa compagne, Marina, lutte contre le cancer qui va l’emporter.

En partenariat avec Diacritik et le Master Création littéraire de l’Université Toulouse Jean-Jaurès, aura lieu, du 2 au 4 novembre, à Lagrasse le Banquet du livre d’automne. « Histoire du moi, Histoires du monde » : tel est le mot d’ordre d’un banquet qui réunit écrivains et critiques autour de la diction de soi qui s’affronte à la fiction du monde. En voici le riche programme en détails. Suivez le guide.

La robe qui donne son titre à ce saisissant récit de Nathalie Léger, c’est celle que porta l’artiste Pippa Bacca pour un voyage qui devait la conduire en auto-stop de Milan jusqu’à Jérusalem, afin d’effacer les horreurs de la guerre. Mais ce voyage a pris désastreusement fin en Turquie, où la jeune femme fut violée et tuée. Cette robe, qui était un instrument de réparation, est aussi une surface graphique qui prend sa part de la salissure et des ordures du chemin, qui témoigne concrètement du parcours de l’artiste. Robe blanche et page blanche, performance et récit, c’est dans cet écart que s’invente l’étonnant texte de Nathalie Léger, avec sensibilité et élégance.

Jeffrey Eugenides publie peu : trois romans à ce jour, un par décennie (Virgin Suicides en 1993, Middlesex en 2002, Le Roman du mariage en 2011) et un recueil de nouvelles, Des raisons de se plaindre, véritable mosaïque de son œuvre, qui vient de paraître aux éditions de L’Olivier dans une traduction d’Olivier Deparis. L’occasion de le rencontrer à Paris, le 21 septembre dernier, pour évoquer ces nouvelles en particulier, la littérature en général et l’Amérique cette « expérience ».

Elle a écrit Corniche Kennedy, Naissance d’un pont, Réparer les vivants, elle a consacré un court récit aux naufragés de Lampedusa (À ce stade de la nuit), a emboîté les pas d’un apprenti cuisinier dans Un chemin de tables, vient d’imaginer le parcours d’une jeune peintre en décor dans le très beau Un monde à portée de main, paru chez Verticales.

L’anecdote est célèbre : alors qu’à l’orée des années 1950, il commence à apprendre l’anglais via la méthode Assimil, Eugène Ionesco, durablement impressionné par le vide sinon l’absurdité criante des dialogues proposés à l’étude, entreprit d’écrire à leur imitation une pièce de théâtre L’Anglais sans peine qu’il finit par intituler La Cantatrice chauve. Nul doute qu’une semblable anecdote préside aussi bien à l’écriture d’Helena de Jérémy Fel paru en cette rentrée aux éditions Rivages tant ce problématique roman paraît avoir été à son tour en écrit en fréquentant assidument la méthode Assimil qui, cette fois, aurait consisté à apprendre l’américain avec la même propension au non-sens et à la vacuité.

Je suis quelqu’un d’Aminata Aïdara offre ce que l’on attend souvent d’une œuvre : prendre un détour ludique et métaphorique pour déployer des motifs comme l’histoire familiale, le métissage, le racisme qui interpellent nos sociétés. Par la fiction, elle nous plonge conjointement dans le plaisir et la réflexion essaimant du savoir sans leçon, sur des sujets familiers.

« En toute simplicité et en toute impossibilité » : si l’univers d’un écrivain est tout entier contenu dans les mots qui ouvrent son premier livre, nul doute que l’œuvre de Jonathan Safran Foer doive être lue sous le signe de la disjonction, celle dont témoigne cette dédicace de Tout est illuminé (Everything is illuminated, 2002). Elle énonce un paradoxe, de ceux que les livres suivants n’auront de cesse d’explorer, comme ce troisième roman, Me voici (Here I am) qui vient de paraître en poche aux éditions Points.

Il est des premiers romans qui emportent tout sur leur passage. Citons, pour notre immédiat contemporain, Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck, L’Eté des charognes de Simon Johannin ou Nos Mères d’Antoine Wauters. A cette liste on pourra désormais ajouter Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard, premier roman incandescent qui paraît aujourd’hui aux éditions de Minuit.