© Laurent Deglicourt
© Laurent Deglicourt

Tu es né et tu as grandi à Amiens. C’est une ville sans charme, assez laide, une ville de la « reconstruction » (60% du centre a été détruit durant la seconde guerre mondiale), connue seulement pour sa cathédrale et pour la tour construite par Auguste Péret dans les années 50. Les séquelles de la guerre sont toujours présentes.

© Laurent Deglicourt
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Ma mère venait de rentrer en maison de retraite médicalisée. Vivre seule, à la merci de sa mémoire défaillante, devenait dangereux. Une place s’était libérée subitement et elle avait quitté Amiens du jour au lendemain, emportant juste quelques meubles et ses affaires. Tant que l’appartement n’était pas vendu, nous en profitions encore, mon fils et moi, quand je venais le voir.

Dans la lumière de fin de journée une photographie est posée sur un chevalet au milieu de la grande table en bois. Anne-Lise Broyer travaille, concentrée et silencieuse, crayon et gomme à la main. Avec un infini soin elle trace des sillons noirs puis les estompent pour faire frémir un bosquet de feuilles au premier plan de son image.

Berlin 1982-014

Dans son Combat pour Berlin, Goebbels emploie dans des circonstances variées, mais toujours péjorativement, un mot bien plus révélateur. Ce livre a été écrit avant la prise du pouvoir, avec pourtant déjà une grande confiance dans la victoire, et il décrit les années 1926-1927, époque à laquelle Goebbels, arrivant de Rhénanie, commence à conquérir la capitale pour son parti.

« Les arbres sont. Dans le ciel et contre lui. Épandus, écartelés en dentelles savantes. La terre les porte, ils dessinent sur elle, sur sa peau ancienne, des signes, des architectures ; la terre les nourrit, ils puisent et fouillent en elle, enfoncés ; ensuite ils sont dans le ciel et contre lui se tendent. Ils s’affolent parfois, quand l’orage d’été les prend, quand les pluies froides de novembre hachent les dernières feuilles cuivrées.