Les pintades, Les Coupes, été 2015, Philippe Bazin (Photo-graphies)

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« Or, et c’est ce que je dis au preneur d’images, je ne vois aucune différence entre les oies et les images. S’agit-il de les prendre ? Une oie prise n’est plus une oie ; c’est un volatile éventuellement comestible et domesticable à souhait, quitte à en perdre son aspect et sa vigueur. Il est fort courant qu’on les engraisse, quitte à entonner la nourriture de force. L’homme que nous sommes a une habitude fort ancienne de cette pratique qui est torture. Il n’y a aucune raison de penser que les images soient quittes de cette pratique qui affuble l’espèce domestiquée des caractéristiques que nous connaissons bien à voir les animaux familiers. Pour les oies, il s’agit de les entonner et cet infinitif est le même quand il s’agit de commencer un chant. Ceci dit, il est vrai que les images sont chargées d’être significatives, chargées c’est peu dire, surchargées, gavées de signification et alors elles se traînent, lourdes de sens, grasses de symboles, saturées des intentions grossièrement allusives qui passent, comme on dit, sur l’écran. Elles en sont malades, ce dont tout un chacun se réjouit d’avance. Que passe dans le ciel un vol d’oies sauvages et les oies qui se traînent battent des ailes et tendent le cou, désespérément, hantées par une frénésie fugace ».

Fernand Deligny, « Acheminement vers l’image », in Œuvres, éditions de l’Arachnéen, 2007.

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