« Je quitte Paris contaminée par les idées révolutionnaires »
Tarsila do Amaral

Au Brésil, tout le monde la connaît par son prénom : Tarsila. Elle est un peu la mère de tou.te.s les artistes. Mais Tarsila do Amaral, c’est d’abord cette fille de la grande bourgeoisie qui s’est libérée du carcan des traditions pour venir étudier l’art à Paris en 1920 dans ce qu’il avait de plus avant-gardiste, et qui est retournée au Brésil « pour détruire la peinture » (pour plagier Poussin parlant de Caravage). Tarsila do Amaral en effet a fait voler en éclat tous les codes de la bonne société de Rio et de Sao Paulo. Elle a peint des personnes non-blanches, ancien.ne.s esclaves, mis en avant les peuples autochtones, les classes populaires, jusqu’à être jetée en prison en 1930 par le dictateur Getulio Vargas, qui l’accusait de sédition.

« Il vaut mieux la guerre cent fois que l’indifférence. »
Lettre de Georgette Agutte à Henri Matisse, 1er octobre 1911, à propos de la réception de son œuvre par la critique.

Présentée telle une épouse effacée suivant partout son mari comme un petit chien, ou encore sous les traits d’une hystérique écervelée parlant à tort et à travers, durant toute sa carrière, Georgette Agutte a été considérée à travers le prisme de son époux, Marcel Sembat, célèbre journaliste de gauche, député du bastion ouvrier de Montmartre et ministre des travaux publics pendant la Grande Guerre, engagé auprès de Jean Jaurès. Les critiques encensaient son travail ? Ils voulaient rendre hommage à la femme de leur collègue, ancien rédacteur en chef de L’Humanité. Ses collègues lui faisaient des compliments ? Ils cherchaient à s’attirer les bonnes grâces de son mari, grand homme politique bien placé pour distribuer des prébendes.

« Dans son œuvre et son travail, Etel Adnan « contient des multitudes », elle est notre Whitman moderne. » Lynne Tillman

Etel Adnan est la femme des confluences. Confluence des origines : née à Beyrouth, d’une mère grecque orthodoxe de Smyrne, et d’un père turc musulman de Damas, haut gradé de l’armée ottomane, elle illustre ce qu’il y a de meilleur dans la rencontre de l’Orient et de l’Occident. Confluence des arts : peinture, dessin, leporello, céramique, tapisserie, poésie, roman, théâtre, essai – à travers les innombrables facettes de son art, elle a exprimé tout ce qui était exprimable, du plus universel au plus intime.

Louise Abbéma (1853-1927) fait partie de ces peintres très célèbres à une époque, qui ont complètement sombré dans l’oubli. Pourquoi s’attarder sur elle aujourd’hui ? Parce que Louise Abbéma est une figure emblématique de son époque. Parce que c’est une femme libre dans une société où les femmes, artistes ou pas, ne l’étaient pas. Parce que des Cabanel, Jean-Léon Gérôme, Carolus Duran, ou James Tissot ont survécu, que leurs œuvres sont partout présentes dans les musées en France et à l’étranger, tandis que celles de Louise Abbéma ont disparu. Où sont-elles ? Qui était Louise Abbéma, et pourquoi est-elle si intéressante à étudier de plus près aujourd’hui ? Sa peinture ne mérite-t-elle pas d’être tirée de l’oubli ?

« Les femmes sont, tout autant que les hommes, capables de perfection. »
Clément d’Alexandrie, Stromates, vers l’an 200

 

Pourquoi dans l’histoire des arts ne connaît-on pas de grand génie féminin de la peinture ? Pourquoi n’y a-t-il pas de Léonarda da Vinci, de Nicole Poussin, ou de Paulette Cézanne ? Linda Nochlin a été la première à poser la question, en 1971. Jusque là, visiblement, le problème n’avait attiré l’attention de personne.