Je n’aime pas les films de Christophe Honoré. J’en suis aujourd’hui assez heureux car découvrir et aimer le dernier film d’un cinéaste que l’on n’aime pas est un vrai bonheur cinéphile. On a le droit d’avoir ses têtes, ses marottes, ses détestations, ne pas aimer les cinéastes qui ont la carte « libé/lemonde/lesinrocks ». La seule obligation du spectateur est son honnêteté intellectuelle : sans être un chef d’œuvre, Marcello Mio est une réussite.

On parle presque toujours des œuvres que l’on voit, que l’on lit, que l’on écoute, dans une sorte de relation unique avec elles, comme si on vivait dans une « mono-réalité », comme s’il n’y avait d’un coup que le livre, le film, la pièce, et soi, comme suspendus dans le vide, sans même le temps qui passe, ou l’espace.

Aujourd’hui, sort en salle un film que je vous conseille vivement de voir – et c’est peu de le dire. De dire que je vous le conseille et le dire « vivement », car tout en lui est si vif que le spectateur / la spectatrice s’en trouve vivifié.e. Il rend gai.e, mais de la plus belle gaité, celle qui joue avec des vertiges d’équilibriste, des dilemmes, des mélancolies. Il s’agit de La Belle et la Belle, de Sophie Fillières.

Dans le rapport étroit des livres aux films, l’adaptation est l’exercice le plus courant, paradoxal puisqu’à la fois naturel et hautement risqué. Plus rarement, c’est le film qui devient livre, comme dans ce Voyage à Film City que publie Melvil Poupaud chez Pauvert, journal d’un tournage en Chine, loin de se réduire à la seule prise de notes à la volée et au jour le jour.