Les petits ouvrages admirablement maquettés et façonnés que propose la collection « Discogonie », aux Éditions Densité sont des objets agréables. Je dirais même, des objets à collectionner. (J’en fais, pour ma part, la collection. J’en offre régulièrement.) C’est à chaque fois la même histoire, à la caisse, en librairie. Où diable est le code barre de ce petit livre ? Eh ! bien, sur la couverture. Gros yeux derrière le comptoir. Car les sillons qui ornent la couverture desdits bouquins, s’ils renvoient à la galette de vinyle, peuvent aussi bien être scannés en caisse. En faisant du gencod la couverture même du livre, le discogonie en tant que marchandise a intégré le sceau de la consommation de masse, pour tâcher d’en atténuer la terrible damnation. Et ces précieux petits livres en format de poche restent abordables. (Alors même que d’autres éditeurs, plus en vue, font des livres incommensurablement plus moches et chers…).

Le Président Emmanuel Macron, lors de l’annonce du premier confinement, au soir du 16 mars 2020, encourageait le peuple de France à la pratique de ce vice encore impuni qu’est la lecture. On se souvient de ses mots : « Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel… » Nous sommes un certain nombre à n’avoir pas attendu ce précieux conseil prodigué sur un ton douceâtre et paternel, mais qu’importe ?

pour Quentin

Writing an honest book review is hard work.
(William Burroughs)

Naked Lunch (1991) de David Cronenberg, adaptation géniale et inspirée de l’œuvre inclassable, mais aussi du non moins mystérieux passage sur terre d’un écrivain prolifique, polytoxicomane et amateur d’armes à feu, représentant illustre de la Beat Generation — Naked Lunch permet d’avoir un aperçu sinon cohérent, tout du moins entêtant de l’univers déjanté de William Burroughs.

Je vécus ainsi, un mois durant, avec la pensée toujours présente de la mort toute proche. Pour le soir, pour le lendemain à l’aube. Mon sommeil était encore troublé par des cauchemars et des secousses nerveuses qui me réveillaient en sursaut. (Henri Alleg, La Question)

L’historien a beau jeu de nous répéter qu’il est crucial de se souvenir. Cette injonction est structurellement vouée à rester lettre morte. Le récit, toute forme de récit, est désormais à bout de course. Dieu radote, on le sait. À quoi bon se souvenir ? Et se souvenir de quoi, au juste ? D’aucuns préfèrent parler des excès de la mémoire, et des bienfaits de l’oubli.

Le Murmure du monde de Lambert Schlechter, dont voici la huitième livraison, est une forme continue qui n’a de cesse de s’épanouir, d’exprimer avec tendresse et vigueur le quotidien, la joie, le chagrin inévitable, le désir « sans cesse recommencé » (Parasols, p. 36). Soigneusement édités par Guy Binsfeld (Luxembourg), ces Parasols de Jaurès ont pour particularité de proposer, pour chaque page, un fac-similé.