« J’aimerais pouvoir écrire ce récit à la manière des gens qui se souviennent de tout » : cette phrase, extraite d’Une année avec mon père, pourrait dire Le Chagrin d’aimer de Geneviève Brisac,, portrait diffracté, tendu, presque buté d’une mère impossible, Jacqueline, dite Hélène ou Mélini.

Véritable cristal de douleur contenue, De mémoire de Yamina Benahmed Daho constitue un des plus beaux romans de cette rentrée d’hiver. Après le remarquable Poule D, la romancière évoque ici, comme une parenthèse de langage dans les choses, la tentative de viol que subit la jeune Alya et la traîne de douleurs qui l’assaille dès lors chaque jour. C’est le temps d’un grand entretien que Diacritik a voulu revenir avec la jeune romancière sur ce récit à la puissance politique rare. 

« Sauvage » donc que le dictionnaire non raisonné que propose Geneviève Brisac, un inventaire non domestiqué, énergique et subjectif, au cœur même de l’articulation du poétique et du politique, de l’intime et du collectif. Ce n’est pas même un dictionnaire puisqu’« il n’y a rien de plus sauvage, de plus libre, de plus irresponsable, de plus indomptable que les mots, disait Virginia Woolf », citée par Geneviève Brisac en prologue de son abécédaire inédit, de A comme « Abstention » à Z comme « Zouave ».

« J’aimerais pouvoir écrire ce récit à la manière des gens qui se souviennent de tout » : cette phrase, extraite d’Une année avec mon père, pourrait dire le nouveau livre de Geneviève Brisac, Le Chagrin d’aimer, portrait diffracté, tendu, presque buté d’une mère impossible, Jacqueline, dite Hélène ou Mélini.

« Ce qui n’est pas écrit disparaît », notait Geneviève Brisac dans Une année avec mon père, livre du deuil et de la reconstruction. Toute son œuvre se construit contre l’oubli et la disparition, sur une ligne de fuite qui est aussi une ligne de force, une faille comme une arrête, dans ce fascinant paradoxe constitutif.

Ce pourrait être un conte de Noël, avec pingouins, lapins, « armée de chats », un rat sauvé de l’institut Curie, Flush l’épagneul auquel Virginia Woolf consacra un livre et même une « poule qui marchait à reculons ». Un roman, une fable, de ces textes magiques qui échappent aux catégories. Il est signé Geneviève Brisac qui attend de voir passer un pingouin, image pour dire « la lutte épuisante contre l’effacement de tout ». Invitation à une double rencontre : un livre, son auteur.

Geneviève Brisac

Geneviève Brisac revendique sans ambages sa filiation avec Doris Lessing, Virginia Woolf… Dans les yeux des autres est ainsi un « appel à la liberté » et à « marcher ensemble ».
« J’écris ce livre sous le coup de la colère ou sous le coup du chagrin. » C’est sur cette phrase que s’ouvrait La Marche du cavalier (Éditions de l’Olivier, 2002), un essai partagé entre des émotions qui ne sont contradictoires qu’en apparence : la colère et le chagrin, l’engagement et le rire, un doute et une croyance en « la force des mots ».