On aurait tort de réduire Duster au seul retour de Josh Holloway après Lost, Colony et plus récemment Yellowstone quand bien même la présence à l’écran dans un rôle sur mesure tout en nonchalance naturelle et en distance sarcastique fait beaucoup pour la série signée J.J. Abrams et LaToya Morgan diffusée en France depuis le 15 mai 2025.
Sur une bande son pop-rock groovy et une photographie saturée qui restitue parfaitement l’ambiance dans le Grand Canyon State des années 70, la nouvelle production de J.J. Abrams et LaToya Morgan pour Max+ est une série policière funky qui nous replonge dans l’Amérique des années 70, une histoire de gendarmes et de voleurs qui se courent après sur fond de standards musicaux et de tensions sociales et raciales.
À Quantico dans les années 70, Pleine d’aplomb et sûre d’elle, l’agente Nina Hays (Rachel Hilson) tente de convaincre ses formateurs qu’elle est à sa place à l’académie et qu’elle sera encore plus à sa place sur le terrain une fois diplômée. La jeune femme (qu’on devine brillante et tenace) s’entend répondre que si elle a été acceptée au FBI à sa troisième candidature, c’est « parce qu’Hoover détestait les négros (en américain dans le texte) mais qu’il avait besoin d’eux pour infiltrer les radicaux » (en raciste dans le texte également). Contre toute attente et malgré la réticence du bureau à déployer une jeune femme noire (aucune antenne locale n’a souhaité l’accueillir) Nina Hays est chargée d’aller enquêter à Phoenix sur les activités d’un parrain local.

Du côté de Ripley, Arizona, Jim Ellis pilote une Plymouth Duster pour le compte d’Ezra Saxton, une course de plus pour le chauffeur attitré du chef de gang, course contre la montre qui plus est puisqu’on découvre un peu plus tard (après le générique de toute beauté qu’on se gardera bien de zapper, NDLR) qu’il s’agissait d’une urgence médicale complètement hors-la-loi. Jim est un de ces « volants » que l’on retrouve dans nombre de films et séries américains dans lesquels l’homme et la machine ne font qu’un et augurant de bons moments de courses poursuites vroum-vroum avec accidents spectaculaires et scénario réduite au minimum...
Mais chez J.J. Abrams et LaToya Morgan, la voiture semble pour une fois n’être qu’un moyen de transport et non une finalité, quand bien même les dérapages au frein à main et les contre-braquages sont plutôt cinégéniques sur les routes écrasées de soleil de l’Arizona. Les personnages de Jim, de Nina, d’Ezra, des fédéraux locaux, des truands, des hommes de mains, des hommes du shériff sont parfaitement écrits avec la rigueur due à la volonté de reconstitution du Sud-Ouest des États-Unis des années 70. Le scénario prend le temps de passer en revue – avec des dialogues précis, une interprétation et une direction d’acteurs maîtrisées – ce qui s’exprime dans la société d’alors : la misogynie, le racisme institutionnel, la corruption, les baronnies locales (légales ou illégales). L’intrigue policière est plutôt prévisible, avec une justicière investie, un bandit au grand coeur et des méchants de tous bords, mais l’attention portée aux détails, vestimentaires ou langagiers, la bande originale signée Laura Karpman et des morceaux signés Elvis Presley, Sonics ou Free, font que l’on pardonnera à Duster son classicisme de buddy movie pour mieux s’immerger dans l’ambiance et céder au charme des deux interprètes principaux, Rachel Hilson et Josh Holloway, duo par avance complice dans le crime et le glamour.

Duster, créé par J.J. Abrams et LaToya Morgan. Avec Rachel Hilson et Josh Holloway, Corbin Bensen, Evan Jones, Keith David… Produit par Warner Bros TV, Bad Robot Productions, diffusion sur Max, 8 épisodes, chaque semaine en US + 24 sur Canal Plus.