Julia Clavel : mal-être ou n’être plus (L’âme de fond)

Premier roman (dans le dernier carré du prix éponyme 2025), thriller psychologique (et pour cause), L’âme de fond de Julia Clavel a paru aux éditions de l’Observatoire le 20 août dernier. Dans une atmosphère de monde d’après, ou d’avant l’apocalypse, c’est selon, des destins se croisent et se rencontrent dans les allées du pouvoir, les rues et la salle d’attente du cabinet d’une psychologue parisiennes à qui ils viennent parler de leurs solitudes respectives, espérant le meilleur, niant parfois les failles enfouies, confiant secrets et blessures, refusant parfois la main tendue, jusqu’à ce qu’un mal plus grand ne vienne tout bouleverser.

Avec L’âme de fond, Julia Clavel signe un roman qui fait mieux que simplement mettre en scène des personnages et une époque meurtris. L’autrice livre un roman mélancolique et inquiet, qui ne prend pas le mal-être et la psychologie pour prétextes. Caroline, Hadrien, Sophie, Michel (et quelques autres, comparses ou personnages secondaires mais pas seconds) sont les acteurs d’une presque enquête policière que le lecteur suivra de séances au cabinet de Caroline en rendez-vous mondains, de soirées arrosées (qu’on situerait presque dans les années 80) en échappées à la campagne, de dialogues cruels en monologues qui ne sont que blessures et impossibilité de vivre.

La principale force de L’âme de fond réside assurément dans la sensibilité avec laquelle Julia Clavel donne vie à ses personnages tandis qu’une nouvelle (?) pandémie semble poindre. Des malades qui meurent, ce n’est somme toute qu’un certain ordre des choses. La hausse de la mortalité chez la patientelle des psychiatres et des psychologues, en revanche, c’est autre chose. La société peut parfois arriver à le nier, les pouvoirs publics ne le reconnaissent que trop peu… Julia Clavel pose la question en creux : peut-on mourir de mal-être ? De la même manière qu’on a réalisé en 2020 qu’on pouvait mourir d’une « grippette », à l’instar des autorités qui cachaient au public la pénurie de masques, les politiques de L’âme de fond minimisent le problème de la mort directement liée à la santé mentale ; les malades, eux, se battent contre leur souffrance et eux-mêmes, cherchant des réponses auprès de Caroline qui semble être la seule à s’intéresser à cette vague (de fond) qui décime les cabinets des thérapeutes dans un silence quasi absolu.

L’âme de fond touche à l’intime et au sentiment universel d’aspirer à autre chose, à quelque chose qui ne serait pas ce qu’on nous impose ou que l’on nous cache. Des choses plus simples, une époque plus transparente, une vie meilleure ?

Julia Clavel, L’âme de fond, 352 p., éditions de l’Observatoire, 23€