En 2017, paraissaient les Lettres à Dominique Rolin. 1958-1980 de Philippe Sollers qu’éditait Frans De Haes dans la collection blanche de Gallimard. Tout récemment, la même maison nous procure les Lettres à Philippe Sollers 1958-1980 de Dominique Rolin, ouvrage confié aux bons soins de Jean-Luc Outers. Un parfait diptyque pour illustrer une grande passion amoureuse mais sans que les deux « paroles » ou les deux « écritures » se rejoignent jamais vraiment comme en reflet de ce qui fut une liaison toute clandestine et toute elliptique pendant longtemps — jusqu’à ce que Bernard Pivot révèle dans une émission télévisée que le Jim dont parle Rolin en ses livres était bien Sollers.

Les lettres de Marguerite Yourcenar représentent souvent une espèce de journal intime, un espace caché et secret de confessions où elle justifie cette affirmation de Victor Hugo qui disait : « C’est toujours dans les lettres d’un homme qu’il faut chercher, plus que dans tous les autres ouvrages, l’empreinte de son cœur et la trace de sa vie ». A ce moment-là on ne sait plus si on lit une lettre ou un journal intime. Au-delà de ses destinataires lointains, Yourcenar nous fait entrer dans son cercle le plus proche.

Nathalie Sarraute

« On connaît cet univers où ne cesse de se jouer un jeu de colin-maillard sinistre, où l’on avance toujours dans la fausse direction, où les mains tendues « griffent le vide », où tout ce qu’on touche se dérobe » avançait Nathalie Sarraute dans L’ère du soupçon pour alors suggérer de Kafka sa puissance nue d’inhabitude, sa patiente conquête des strates du vivant où le vivant s’échappe à soi : où chacun découvre ce point extrême, tremblant et hagard d’inconnaissance à soi-même et aux autres. Nul doute qu’une telle sentence qui installe la déprise à soi et l’inhabitude du monde comme saisie liminaire du monde même pourrait venir éclairer à la manière d’un exergue rieur la publication des Lettres d’Amérique de Nathalie Sarraute, récemment paru chez Gallimard. Pourtant, dans ces vingt-quatre lettres inédites, remarquablement présentées par Olivier Wagner et soigneusement co-éditées avec Carrie Landfried, nul jeu de colin-maillard sinistre. À rebours de toute tristesse fantastique, se donne plutôt ici un jeu de colin-maillard rieur et ironique par lequel, depuis ces lettres inédites, se découvre une nouvelle Nathalie Sarraute – s’écrit une Romancière Nouvelle par l’épistolaire.

L’interminable polémique avec l’éditeur Curvers est significative du souci, chez Marguerite Yourcenar, de son indépendance d’écrivain et d’être maîtresse de son œuvre. En 1954, au cours d’un voyage en Europe, elle connaît, en effet, un jeune belge cultivé, directeur d’une revue au titre très mozartien : La Flûte enchantée, cahiers d’art poétique qui sera publiée de 1952 à 1962.

Parues, chez Gallimard en 2013, des Lettres à Eugène (Savitzkaya) d’Hervé Guibert, seul volume de correspondance dont l’écrivain a autorisé la publication dans la dernière ligne de son testament littéraire, le 3 novembre 1991. Ainsi s’achève « la publication des œuvres inédites posthumes d’Hervé Guibert, telle qu’il en avait fixé le plan, avant sa disparition », comme le précise une note liminaire.

Né en avril 1948, mort à 41 ans en avril 1989, Bernard-Marie Koltès brûle toujours les planches, nos imaginaires et représentations. Ses œuvres radicales nous hantent, son visage angélique, ses colères, sa solitude élevée au rang de titre, au milieu des chants de coton. Sa passion pour les marges, le combat. Sa volonté de dire « la solitude affective, la difficulté de parler, toutes les oppressions enfin qui ferment la bouche ». Parcours de son univers en trois livres qui soulèvent, un peu, le voile sur son mystère fondamental.

10330307_1128951637156793_8888554737983979618_nQuatre livres signés Colette Fellous, Antoine Compagnon, Philippe Sollers et Chantal Thomas : tous ont Roland Barthes pour centre irradiant, qu’il s’agisse de La Préparation de la vie et de L’Age des lettres, de L’Amitié de Roland Barthes : un Pour Roland Barthes, feuilleté, aimé, connu, rappelé. Quatre images du désir du texte, d’un amour de la langue et du goût du présent.
Après Colette Fellous, arrêtons-nous sur le texte de Philippe Sollers, publié au Seuil en octobre dernier.

Laura (Anne Kessler) et le Capitaine (Michel Vuillermoz)
Laura (Anne Kessler) et le Capitaine (Michel Vuillermoz)

« Dévorer ou être dévoré, voilà la question ! »
Strindberg, Père, Acte III

On remercie Eric Ruf d’avoir invité Arnaud Desplechin à la Comédie française et de lui avoir offert la prestigieuse salle Richelieu pour qu’il monte sa première mise en scène théâtrale, Père d’August Strindberg. Desplechin qui a à son actif neuf longs métrages – son dernier, Trois souvenirs de ma jeunesse, sorti en mai 2015 –, trois courts métrages, un téléfilm (La Forêt) et un film-documentaire (L’Aimée) est indéniablement une figure marquante du panorama cinématographique français.