Qu’est-ce qu’un poème ? demande Jacques Rivette quand il écrit sur Cocteau : « une pauvreté retournée en richesse, une boiterie devenue danse, en bref, un heureux dénuement ».
Un heureux dénouement – j’avais lu d’abord, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. La vie du poème ne donne pas le sens de la vie, c’est l’interprétation que je ferais de mon erreur. Le poème renverse plutôt le destin, il est la parodie de l’existence, sa revanche. Et à la fin, il n’y aura peut-être que lui, et son visage de film, qui répondront de la vie, à la place du destin.

C’est le Spotlight français. L’enquête publiée par Mediapart, objet de Cash Investigation sur France 2 (diffusé hier) et sujet du livre de Daphné Gastaldi, Mathieu Martiniere et Mathieu Périsse, Église la mécanique du silence, qui sort aujourd’hui chez JC Lattès : des dizaines de prêtres, auteurs de violences sexuelles, ont été couverts, en connaissance de cause, par 25 évêques, sans que la justice n’en soit jamais informée… En mars 2016, c’était le sujet du dessin de la semaine de Rodho, sur Diacritik :
Nocturama – dont le titre secret, refoulé, irresponsable comme dirait l’autre, demeure, sept ou huit ans après sa conception, et pour l’éternité, Paris est une fête –, j’ai bien failli ne jamais le voir. Il est vrai que, n’étant pas contraint de le faire, je ne me précipite que rarement dans les salles à la sortie des films et je rate donc l’essentiel de la production cinématographique du moment, sans pour autant me sentir lésé de quoi que ce soit : juste un peu plus ignorant chaque jour, comme tout un chacun. En ces temps de reconduction automatique d’un certain “état d’urgence”, ralentir le tempo ne peut faire de mal.
Il s’appelait Léon, Léon Lavie, un nom qui sentait bon la fourniture d’eau et le moulin de meunerie. Il avait traversé la méditerranée et à peine débarqué à Marseille, où la Durance venait d’être amenée, il eut l’idée de faire fortune avec des chutes.
Jean-Philippe Cazier publie aux éditions Al Dante un livre déroutant, dès son titre, L’La phrase. L’. Déroutant non parce qu’il serait obscur ou étrange mais parce qu’il séduit, au sens étymologique de ce verbe, mène ailleurs, sur le chemin d’une langue qui se construit tout en s’énonçant, refusant tout sens figé, toute syntaxe absolue et butée.

Le dessin de la semaine de Rodho. L’absentéisme : le malheureux nivellement de la classe politique.
Ce week-end, les sites d’infos qui commentent plus la télé qu’ils ne cherchent l’info n’en finissaient pas de titrer : « Clémentine Célarié refuse de serrer la main de Florian Philippot dans On n’est pas couché de Laurent Ruquier. » De quelle époque parlons-nous et de quels actes sommes-nous les hommes pour que ce geste soit promu à la Une ? Quelle est notre intime détresse pour qu’un geste seul, qui devrait être la norme, devienne l’exception sinon l’exceptionnel dans l’abandon quotidien qu’on nous somme incessamment de vivre ?
Je pressentais bien que l’on rentrait dans une ère clinique. Tracks l’a bien compris dans son émission sur Arte du 8 mars dernier qui présentait le film juste avant un rapide reportage sur des artistes chinois proposant la mise en scène de cadavres humains et montrant une préoccupation envers la « surmédicalisation » de notre monde.
Grave, est le premier long métrage de Julia Ducournau, jeune réalisatrice diplômée de la Femis et fille de médecin. Elle y dépeint comment Justine, adolescente issue d’une famille végétarienne, se retrouve, sur la trace de sa sœur aînée et de leurs parents, en première année d’une école vétérinaire. Son arrivée est marquée au fer rouge par un violent bizutage : une absorption forcée d’organes crus d’animaux. Suite à quoi l’étudiante plonge dans une faim carnivore sans limites qui se transforme peu à peu en faim cannibale.
L’histoire du concept de déconstruction – en philosophie et au-delà de la philosophie – est longue et complexe. Mais c’est ici au sens spécifique donné à ce mot par le philosophe français Jacques Derrida que je veux exclusivement référer afin de réhabiliter l’ampleur et la subtilité de ce geste aujourd’hui souvent décrié, essentiellement d’ailleurs par ceux qui ne le connaissent pas. L’amour, qui traverse cette démarche de part en part, semble-t-il, inquiète. Et parce que Derrida a toujours pensé et écrit dans une chronologie décalée, c’est maintenant plus que jamais, alors que notre temps radicalisé est comme allergique à toute forme de subtilité et de nuance, qu’il faut le lire et l’affronter.