Reprise du Jeanne Dielman, de Chantal Akerman, et d’une étude de Gilles Deleuze sur Michel Tournier, Un Film sans autrui, de Frank Smith, est surtout un film qui problématise le cinéma, l’image, le personnage, le monde et le rapport au monde, le sens, et les redistribue selon de nouvelles possibilités cinématographiques mais aussi éthiques, mentales, intellectuelles.
L’historienne Sylvie Lindeperg est comme « une nouvelle archiviste nommée dans la ville » , comme le disait Deleuze à propos de Foucault –qu’il avait donc qualifié de « nouvel archiviste » ne tenant compte que des énoncés. Foucault que Sylvie Lindeperg cite en exergue à son essai Archéologie d’un procès, pour dire que de nos jours, l’histoire tend à l’archéologie, « à la description intrinsèque du monument », comme Foucault l’a effectivement écrit dans L’archéologie du savoir, l’histoire, « c’est ce qui transforme les documents en monuments »
Il y a dans Croûtes, le dernier livre de Thomas Clerc, quelque chose d’Un homme qui dort, de Perec, au moins dans les premières pages : la scène est statique — table, lit monoplace, lavabo —, une chambre est décrite, dans laquelle « on distingue mal l’homme qui dort ».
Monique Wittig (1935-2003) disait dans son essai La pensée straight (1978) qu’une œuvre ayant une nouvelle forme peut fonctionner comme « une machine de guerre » sur le contexte de son époque – comme justement son scénario « Jeanne d’Arc » que l’on découvre aujourd’hui, qui devient « un livre » qu’elle avait écrit au moment où l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen s’emparant alors de la figure de Jeanne d’Arc avec le rassemblement annuel du parti néo-fasciste, chaque 1er mai, au pied de la statue équestre de la place des Pyramides à Paris, faisait une percée dans l’électorat, en 1988…
En 1988, je rencontre Gilles Deleuze dans son appartement parisien. Je lui expose le projet d’une thèse, « Variations », qui explore le concept de multiplicités. Tout commence là, par sa question : « les multiplicités, c’est très bien, mais vous avez un opérateur ? ».
Ça commence par deux lectures successives, un peu au hasard, deux livres qu’a priori rien n’aurait pu réunir : J’ai fait un vœu, de Dennis Cooper et Le Livre de Frank, de CAConrad — si ce n’est qu’ils sont publiés chez P.O.L et qu’Elsa Boyer les a tous deux traduits (Le Livre de Frank, avec Camille Pageard).
Récemment paru aux éditions du Bunker, Hiver Chute Vie, de Wonwoo Kim associe l’espace et l’écriture pour créer un recueil qui est aussi un livre-objet, un ensemble de textes autant lisibles que visibles. Entretien avec l’auteur.
8 novembre 2025. Ça suit son cours. On devrait en arriver, à la fin de l’année, au soixante-et-unième épisode de Terrain vague en deux ans, soit [(2 x 31) – 1] : nombre premier (il en est de même pour la somme de ses deux chiffres). Et si je ne compte que les publications strictement « personnelles » dans ce journal, on aura atteint les 244 épisodes (61 x 4) en 122 mois (61 x 2), ce qui n’est pas le résultat d’un calcul – mais ce nombre est bienvenu, et encourage à continuer.
Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
On ne connaît que trop ce tronçon de phrase d’Adorno : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ».
Il est possible que le plus beau livre de la rentrée littéraire soit bulgare.
Est-il possible de ne pas se ruer sur un livre de Pierre Michon ?
« Sarah Kofman » serait « le meilleur titre si je n’avais pas encore peur de ne pas être capable de m’y mesurer », avait dit Jacques Derrida (1930-2004) à la mort de Sarah Kofman (1934-1994), où il avait finalement choisi de parler de l’art et du rire de Sarah.
Michèle Audin, mathématicienne, historienne, autrice, membre de l’Oulipo, spécialiste de la Commune, femme engagée et passionnée, fille de Maurice Audin, nous a quittés ce matin. En hommage, Diacritik republie un article sur son superbe Oublier Clémence, paru en 2018. Lire, relire Michèle Audin.