Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
l’Algérienne murmure
à l’oreille de Théo endormi
Théo…Théo…Théo
je suis aveugle
au cœur d’une nuit noire
l’Algérienne yeux clos
s’en remet à l’amant
qui lèche avec douceur
ses paupières
Théo la tient entre ses bras
la maison en terre
comme une coquille à
petits drames subjectifs
elle ouvre les yeux
tu vois ? tu vois…
– pourquoi toujours envisager
le pire
– pour m’y préparer
si j’étais aveugle
je ne pourrais plus
tisser
le retour du jour
invariable
comme le mouvement
de l’océan
invariable
rassurent l’Algérienne
elle met à exécution
un projet qu’elle ambitionne
depuis longtemps :
à l’instar des tisseuses japonaises
elle cisèle ses ongles
en dents de scie
afin de pouvoir peigner
les fils sans outil
B
la blonde qui fume
sur la terrasse bleue
n’en finit pas
de contempler l’océan
ils sont nombreux
qui répètent à l’envi
j’ai pas le temps
et qui savent
comme il est difficile
de ne rien faire
ce à quoi aspire la blonde
une ambition inversée
le temps?
le temps !
sur le mode des stations ainsi annoncées
dans le métro parisien – effet sonore en
deux cadences composé par un ami –
je n’ai jamais rien su du temps
le passé (j’oublie)
le futur (aucun accès)
le présent oui