15 novembre 2025. Tenir un journal de lecture, ce n’est pas seulement consigner au jour le jour des notations sur ce qui arrive, c’est aussi se souvenir – se remémorer ce qui a tendance à fuir, à s’évaporer, à se laisser recouvrir. Alors que m’apprête à passer la journée en compagnie de deux de ses livres (déjà en partie traversés les semaines passées), je tente de me souvenir de la première fois que j’ai lu avec attention un livre de Georges Didi-Huberman, non en exégète plus ou moins spécialisé, mais en flâneur du Terrain vague : quelqu’un qui cultive ses lacunes, comme on le fait d’un jardin.

Reprise du Jeanne Dielman, de Chantal Akerman, et d’une étude de Gilles Deleuze sur Michel Tournier, Un Film sans autrui, de Frank Smith, est surtout un film qui problématise le cinéma, l’image, le personnage, le monde et le rapport au monde, le sens, et les redistribue selon de nouvelles possibilités cinématographiques mais aussi éthiques, mentales, intellectuelles.

Il y avait trente-huit ans qu’on n’avait pas vu à Paris d’oeuvres de Janice Biala, la grande peintresse américaine d’origine polonaise. La galerie Pavec a eu l’excellente idée d’organiser une exposition à la thématique resserrée du 23 octobre au 20 décembre. C’est l’occasion d’enfin aller voir « en vrai » les oeuvres de cette peintresse hélas rare en France, où elle passa pourtant plus de la moitié de sa vie, et qui demeure méconnue malgré un parcours artistique particulièrement impressionnant. Diacritik republie l’article de Carine Chichereau sur Janice Biala, qui souligne justement les caractéristiques les plus éminentes de son parcours entre deux continents et différents styles.

L’historienne Sylvie Lindeperg est comme « une nouvelle archiviste nommée dans la ville » , comme le disait Deleuze à propos de Foucault –qu’il avait donc qualifié de « nouvel archiviste » ne tenant compte que des énoncés. Foucault que Sylvie Lindeperg cite en exergue à son essai Archéologie d’un procès, pour dire que de nos jours, l’histoire tend à l’archéologie, « à la description intrinsèque du monument », comme Foucault l’a effectivement écrit dans L’archéologie du savoir, l’histoire, « c’est ce qui transforme les documents en monuments »

Monique Wittig (1935-2003) disait dans son essai La pensée straight (1978) qu’une œuvre ayant une nouvelle forme peut fonctionner comme « une machine de guerre » sur le contexte de son époque – comme justement son scénario « Jeanne d’Arc » que l’on découvre aujourd’hui, qui devient « un livre » qu’elle avait écrit au moment où l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen s’emparant alors de la figure de Jeanne d’Arc avec le rassemblement annuel du parti néo-fasciste, chaque 1er mai, au pied de la statue équestre de la place des Pyramides à Paris, faisait une percée dans l’électorat, en 1988…

Ça commence par deux lectures successives, un peu au hasard, deux livres qu’a priori rien n’aurait pu réunir : J’ai fait un vœu, de Dennis Cooper et Le Livre de Frank, de CAConrad — si ce n’est qu’ils sont publiés chez P.O.L et qu’Elsa Boyer les a tous deux traduits (Le Livre de Frank, avec Camille Pageard).

8 novembre 2025. Ça suit son cours. On devrait en arriver, à la fin de l’année, au soixante-et-unième épisode de Terrain vague en deux ans, soit [(2 x 31) – 1] : nombre premier (il en est de même pour la somme de ses deux chiffres). Et si je ne compte que les publications strictement « personnelles » dans ce journal, on aura atteint les 244 épisodes (61 x 4) en 122 mois (61 x 2), ce qui n’est pas le résultat d’un calcul – mais ce nombre est bienvenu, et encourage à continuer.