Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/20)

Collection of Auckland Museum Tamaki Paenga Hira (DR)/WikiCommons

Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

le mouvement d’un lézard

un bruit sur le toit

                 elle sursaute

 

l’Algérienne s’agace

d’un tel qui-vive

où trouva-t-elle

autrefois

la force de fuir ?

 

nostalgie du désert

le désert c’est comme la mer

aucun obstacle

le silence

 

elle programme une échappée

 

à l’oasis

où les chameaux ont

les dents vertes

les fileuses lui réservent

un accueil chaleureux

 

leur fil est unique

l’Algérienne en achète

plusieurs ballots

 

trois nuits de désert

auprès des fileuses

fileuses et tisseuse

déroulent alors

des pelotes de récit

 

les Parques qui filent

et tissent

et coupent le fil

histoire inscrite

en chacun

de nous

 

B

posée sur le comptoir

du marchand de grains

une boîte emplie

de cartes postales

– celles dont les couleurs

dans les pays chauds

virent au vert –

la blonde en achète

 

parfois elle se souvient

de ceux qu’elle a aimés

de l’autre côté de la mer

se met à leur écrire

au dos de ces vues d’Afrique

aux couleurs mortes

 

sont peut-être morts

eux aussi

comment savoir

 

la blonde feuillette

le répertoire d’un vieux filofax

au cuir aussi délavé

que les cartes postales

elle imagine la vie

de ceux qu’elle aimerait revoir

calculant leur âge

se rappelant le métier

qu’elle leur a connu

leurs cheveux

les chaussures qu’elle

les a vu porter

leur voix

oui la voix !

 

aimerais-je les retrouver ?

les déceptions sont cruelles

– ainsi celui qu’elle a connu

fou d’amour pour elle

devenu cacochyme

et collectionneur

de cactus –

 

troublée la blonde

lorsqu’un homme d’une nuit

a les mains semblables

à celles de son premier amour

large paume et doigts longs