Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
le mouvement d’un lézard
un bruit sur le toit
elle sursaute
l’Algérienne s’agace
d’un tel qui-vive
où trouva-t-elle
autrefois
la force de fuir ?
nostalgie du désert
le désert c’est comme la mer
aucun obstacle
le silence
elle programme une échappée
à l’oasis
où les chameaux ont
les dents vertes
les fileuses lui réservent
un accueil chaleureux
leur fil est unique
l’Algérienne en achète
plusieurs ballots
trois nuits de désert
auprès des fileuses
fileuses et tisseuse
déroulent alors
des pelotes de récit
les Parques qui filent
et tissent
et coupent le fil
histoire inscrite
en chacun
de nous
B
posée sur le comptoir
du marchand de grains
une boîte emplie
de cartes postales
– celles dont les couleurs
dans les pays chauds
virent au vert –
la blonde en achète
parfois elle se souvient
de ceux qu’elle a aimés
de l’autre côté de la mer
se met à leur écrire
au dos de ces vues d’Afrique
aux couleurs mortes
sont peut-être morts
eux aussi
comment savoir
la blonde feuillette
le répertoire d’un vieux filofax
au cuir aussi délavé
que les cartes postales
elle imagine la vie
de ceux qu’elle aimerait revoir
calculant leur âge
se rappelant le métier
qu’elle leur a connu
leurs cheveux
les chaussures qu’elle
les a vu porter
leur voix
oui la voix !
aimerais-je les retrouver ?
les déceptions sont cruelles
– ainsi celui qu’elle a connu
fou d’amour pour elle
devenu cacochyme
et collectionneur
de cactus –
troublée la blonde
lorsqu’un homme d’une nuit
a les mains semblables
à celles de son premier amour
large paume et doigts longs