Dans Ann d’Angleterre, Julia Deck mobilise de manière évidente le langage documentaire (dire les faits) et celui de la biographie. Si l’auteure reprend les codes de ces langages, elle travaille surtout à les relier, à les superposer, à les brouiller, à les problématiser selon une logique qui permettrait d’y introduire une forme de fiction.

Comment s’en sortir ? se demande Romain Noël à l’orée d’un livre extrêmement singulier, La Grande Conspiration affective. Il cite là Sarah Kofman, signant un renouveau de l’œuvre de la philosophe — Verdier fait reparaître son Rue Ordener rue Labat. Comment s’en sortir quand le monde court à sa perte, quand on est soi-même en plein effondrement, après une rupture amoureuse ?

« On y pense ou on n’y pense pas », on tente de s’y préparer, on refuse d’y croire, « comme si l’envisager sous tous les angles permettait d’améliorer le pire, ou simplement d’y survivre ». Julia Deck écrit, dès les premières pages d’Ann d’Angleterre, comment elle a tenté d’apprivoiser l’inévitable (la mort de sa mère) avant de comprendre, le jour où sa mère a fait un AVC, combien ce training était vain. On ne se prépare pas à la disparition de celles et ceux qu’on aime.

Que peuvent les vivants pour les morts? Que peuvent les morts pour les vivants? Lydia Flem pose ces questions, les développe, les prolonge dans Que ce soit doux pour les vivants. Livre subjectif, intime, en même temps que réflexion, Que ce soit doux pour les vivants entrelace de manière singulière une forme d’autobiographie, de biographie, d’essai, autant qu’il accomplit quelque chose : garantir la vie des morts, créer des liens avec les morts, témoigner. Entretien avec Lydia Flem.

Le but d’Hélène Giannecchini n’est pas de définir abstraitement l’amitié. L’autrice s’efforce de penser celle-ci comme possibilité subjective, éthique, politique : En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’un rapport aux autres et à soi ? En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’un autre mode de vie ? En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’une forme d’agir politique ?

Comment écrire sans soi quand on se lance dans un autoportrait, qui plus est dans la collection « Traits et portraits » de Colette Fellous chez Mercure de France ? Tel est le défi, comme impossible, que se donne Pierre Ducrozet dans son dernier livre. Et pourtant : si le « je » est partout, le pronom personnel est diffracté par les autres et surtout ouvert au monde, comme dilaté, au point d’en effet sinon disparaître du moins de n’être plus qu’un prisme pour dire le moi à travers les autres et le monde. Il est un « je » fonction grammaticale et formelle depuis lequel s’énonce un flux de pensées et souvenirs.

On a pu lire des autobiographies par les objets — celle de François Bon, par exemple, en 2012 ou, dans une certaine mesure, Intérieur de Thomas Clerc, l’année suivante. Hélène Gaudy offre un portrait par les objets, celui de son père, artiste, poète et collectionneur fou qui rassemble ses trouvailles et archives dans un atelier-cabinet de curiosités que l’autrice aborde comme un rivage aussi secret qu’il est exposé.

Ça commence, chaque fin d’été, par la palanquée de romans qui paraissent dans le cadre de la « rentrée littéraire ». On dit qu’ils sont 459 cette année, répartis entre la fin du mois d’août, septembre et octobre — 459 romans, dont 68 premiers romans et 148 traductions. Je m’attèle alors à un drôle de travail : je sélectionne.

Le livre de Catherine Weinzaepflen, D’ailleurs, se construit autour d’une idée du monde et de ce qui est impliqué par le fait d’y vivre : l’omniprésence, la permanence de l’ailleurs. Le monde n’est jamais entièrement ici, il implique toujours un ailleurs. Aller vers cet ailleurs, s’y trouver, revient à déplacer l’ailleurs qui persiste au-delà de l’ici.