Ça commence souvent par des fêtes de fin d’année dont on veut s’échapper, si on peut ; avec les livres par exemple.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Demain, le deuxième anniversaire du jour (de la nuit, c’était une nuit) où tu es tombée, définitivement tombée. Alors je suis allé au cimetière, voir ta tombe. J’ai couché sur ta dalle rose une rose blanche en soie, trouvée dans ta chambre. Tu t’appelais Rose – tu t’appelles toujours Rose.
Olivier Rolin, dans Vers les îles éparses, articule lieux et littérature (une constante de son œuvre) et il évoque la vie des livres autour du monde, au gré de bibliothèques d’hôtels ou café : « ça leur fait, à ces livres, une vie discrète et hasardeuse, et à moi — la parcelle de moi qu’ils enferment — une vie inconnue ». Dans Sept villes (1988), qui vient de paraître en parallèle et en poche (toujours chez Verdier, dans une version remaniée), c’est en quelque sorte le mouvement inverse, ce sont les lieux qui font jaillir des livres aimés, les itinéraires urbains sont des cartographies littéraires. « Les villes sont des machines à écrire, et des machines écrites ».
Pour mieux appréhender et approfondir le contexte littéraire et décolonial dans lequel s’inscrit À l’ombre de la mort de Rūdolfs Blaumanis, entretien avec Nicolas Auzanneau, le traducteur de l’écrivain letton.
Écrit en 1899 par Rūdolfs Blaumanis (1863-1908), À l’ombre de la mort est un texte terrifiant. Au large de la mer Baltique, un groupe de pêcheurs se retrouve piégé sur un banc de glace à la dérive qui peu à peu fond sous leurs pieds. Dans cette situation critique, l’ombre planante de la mort transforme le temps qu’il reste à vivre en torture physique et psychologique. Tout se passe dans « l’ombre » de la mort, espace trouble et insupportable où la certitude de la mort se confond avec l’ incertitude de la survie.
La mère est la mère et une poule, autre chose qu’elle-même. Toute chose est autre chose, est et n’est pas. Chez Hélène Cixous, « Être ou ne pas être » serait moins une alternative, une disjonction exclusive, qu’une affirmation, l’expression d’une synthèse disjonctive, celle-ci impliquant un mouvement incessant de connexions, de relations instables, d’agencements impossibles.
Dix ans, une demi-génération, une miette au regard de l’histoire, un abîme si l’on considère les reculs et les renoncements en nombre que nous ne pouvons que constater depuis une décennie. Depuis ce mercredi terrible de janvier 2015 qui a marqué le début d’une série d’actes terroristes qui coûtera la vie à 17 femmes et hommes et fera 18 blessé.e.s parmi la rédaction de Charlie Hebdo, dans la rue, parmi les otages de l’Hyper Casher ; depuis ce déchaînement de balles tragiques, qu’est-ce qui a changé ?
Quoique cela ne provoque chez lui aucun pathos particulier, à quatre-vingt-cinq ans le poète et traducteur Jacques Darras sent, comme on dit, son heure venir. Simplement, il entend s’interroger réellement, lucidement sur cette frontière qui surgit désormais devant lui.
Le livre de Gérard Macé, Silhouette parlante, s’ouvre par un paradoxe, puisque l’auteur commence par annoncer qu’il n’écrit plus. « Je n’écris plus », écrit-il. Je n’écris plus, mais…, corrige-t-il aussitôt. Il s’agit donc d’essayer de comprendre comment ce livre s’est écrit malgré tout.
Il y a Jérôme et Sylvie et il y a Jérôme et Sylvie. Le premier Jérôme et Sylvie ressort de la deuxième moitié du XXe siècle et vit fictivement dans le roman Les Choses de Georges Perec. Ce deuxième Jérôme et Sylvie ressort de ce premier quart du XXIe siècle et vit fictivement dans le roman En Salle de Claire Baglin. Ces deux couples sont emblématiques de leurs époques et leurs vies révèlent une progression/régression de l’évolution sociale.
Lundi 6 janvier 2025. Alors qu’on annonce le passage d’une nouvelle tempête nommée Floriane, je continue avec beaucoup de retard mon exploration du nouveau cinéma argentin : Trenque Lauquen (Laura Citarella), Los delincuentes (Rodrigo Moreno), La flor (Mariano Llinás), des films très longs (4h22, 3h10, 13h34) où on ne s’ennuie jamais.
Le livre d’Ariane Jousse est étrange par sa narration, sa construction, par les relations qui y sont tissées et le constituent. L’objet central du livre serait d’abord, peut-être, cette étrangeté, Terreur créant un monde défini par cette étrangeté.
« J’ai laissé ma famille monter dans les étages, s’installer dans quelque chose, disons, d’inadmissible » énonce le narrateur à l’orée du nouveau livre de Bertrand Belin. « C’est au bas de cet immeuble, sur les quelques marches de ciment qui donnent sur le parking, que je me trouve depuis. » Depuis quoi ? Depuis que sa famille a emménagé dans un nouveau logement, et que le très petit garçon qu’il était alors a décidé de ne pas lui emboîter le pas. L’enfant a décidé de s’extirper de cette « machine à mal grandir » en prenant ses quartiers juste en bas de l’immeuble, s’installant dans une sorte de campement solitaire et sauvage de longue durée, où il est demeuré le temps de faire ses dents et de passer les étapes scolaires.
Le titre du dernier livre d’Olivier Rolin, qui vient de paraître chez Verdier, Vers les îles Éparses, est autant un itinéraire qu’un programme narratif, autant une topographie qu’une forme. Éparses, ces îles du canal du Mozambique que l’écrivain rallie sur un bateau de la Marine nationale. Éparses, ces proses à la fois ironiques et poétiques que l’art accompli de l’écrivain rassemble, tisse et subsume en un (anti-)récit de voyage qui nous embarque.
Geoffroy de Lagasnerie : principes d’une éthique abolitionniste (Par-delà le principe de répression)
La lecture de Par-delà le principe de répression de Geoffroy de Lagasnerie, livre de théorie politique sur la justice pénale, procure un sentiment d’inconfort et de vertige, parfois perturbant, souvent jubilatoire, fidèle à l’écho nietzschéen du titre. Dans ces « dix leçons sur l’abolitionnisme pénal », denses, issues d’un cours public donné en 2023-2024, le sociologue et philosophe invite tout à la fois à mettre radicalement en cause des phénomènes et des réactions qui semblaient de l’ordre de l’évidence et dont on s’étonne finalement qu’elles n’étaient pas davantage interpellées ; à regarder le monde social autrement ; à imaginer un autre fonctionnement de ses institutions.