The Outsider : les atours sombres du polar

Annoncée comme l’une des séries les plus attendues de 2020, The Outsider combine les qualités d’une enquête policière âpre et des ressorts terrifiants signés du maître Stephen King. Produite par Jason Bateman (qui tient un des premiers rôles) et diffusée par HBO, The Outsider propose une descente infernale dans la psyché de personnages complexes, qui portent en eux des failles et secrets à même de perdre le spectateur dans une intrigue sinueuse.

De nos jours, le corps sans vie d’un jeune garçon de 11 ans est retrouvé par un promeneur. L’enfant a été violé et sauvagement mutilé et les soupçons s’orientent très vite vers Terry Maitland, professeur d’anglais et coach de base-ball (Jason Bateman), reconnu par plusieurs témoins et coupable désigné par son ADN et son mutisme suspect. En charge de l’enquête, le capitaine Ralph Anderson (Ben Mendelsohn) conclut très vite à la responsabilité de Maitland. Mais si l’investigation est rapide et les preuves accablantes, l’accusé nie les faits, et des vidéos de surveillance et d’autres témoignages le placent à une centaine de kilomètres au moment du crime…

Commence alors une seconde enquête, dont pressent qu’elle sera plus souterraine et ira contre les évidences, impliquant avocats de la défense et détectives privés, familles (de la victime et du coupable présumé), policiers, procureur. Devant les évidences et tandis que tout concourt à innocenter Maitland, Ralph Anderson remet en cause son propre jugement et se lance dans une forme de contre-enquête fondée sur le remords, moins pour effacer sa faute que pour tenter de comprendre : il est de son propre aveu « hermétique à l’inexplicable ».

Grâce à une réalisation extrêmement soignée, qui joue avec les silences et les ellipses, The Outsider plonge le spectateur dans une atmosphère lourde avec des meurtres d’enfants inexpliqués, et des zones d’ombres qui le disputent au surnaturel. Avec une photographie qui rappelle par endroits Castle Rock (déjà adapté de Stephen King) ou la première saison de True Detective, et des panoramiques ou des contre-champs qui accentuent la fragilité et la solitude des personnages, The Outsider distille sa tension presque à chaque plan.

Richard Price a développé l’adaptation du roman et on reconnaît l’attrait du scénariste de The Night of ou The Deuce pour les ambiances torves et les atmosphères étouffantes. Avec des interprètes très convaincants, de Ben Mendelsohn à Yul Vasquez, de Julianne Nicholson à Cynthia Erivo, les personnages de The Outsider prennent corps à mesure qu’ils sont confrontés à leurs prisons mentales, aux non-dits, ou mis face à leurs souffrances personnelles.

Les amateurs de genre(s) y trouveront leur compte : la double trame (policière et fantastique) fonctionne d’autant mieux que l’on guette à chaque minute (voire à chaque plan) le moment où l’on basculera dans l’horreur (au sens filmique du terme) et que cette dernière viendra remplacer ou renforcer les atours sombres du récit policier imaginé par Stephen King. Les gros plans statiques et mutiques, la lenteur volontaire des déplacements procurent inconfort et tension, sans artifices ou presque et avec une certaine économie dans l’hémoglobine. Comme souvent chez King, la suggestion est le meilleur guide de la peur.

Avec cinq épisodes diffusés depuis le 12 janvier, la promesse est (pour l’instant) tenue : ponctuée çà et là de références à l’œuvre prolifique du maître de l’horreur, The Outsider captive et tient en haleine par sa mise en scène soignée et le jeu impeccable des acteurs.

The Ousider, de Richard Price d’après le roman de Stephen King.

Réalisé par Andrew Bernstein, Jason Bateman, Charlotte Brändström.

Avec dans les rôles principaux : Ben Mendelsohn, Yul Vasquez, Julianne Nicholson, Cynthia Erivo, Jason Bateman…

5 épisodes disponibles, prochaine diffusion le lundi 10 février à 0h10 en US + 24.