En attendant la rentrée BD

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Sacrifiant à l’exercice des previews, effets d’annonces et autres marronniers qui présentent « les BD très attendues de la rentrée », coup de projecteur sur trois titres à paraître entre 31 août et le 15 septembre 2016 (et sur lesquels on reviendra plus longuement) : Le Crépuscule des idiots de Jean-Paul Krassinsky, Kobane Calling de Zerocalcare et Mort aux vaches de François Ravard.

Teaser : Le Crépuscule des idiots de Jean-Paul Krassinsky paraîtra le 31 août prochain chez Casterman. Claque gigantesque, intelligent, drôle, d’une acuité incroyable, pensé, fin… Terrible. Fable animalière inspirée (entre conte japonais et récit d’anticipation post-moderne), Le crépuscule des idiots dézingue les fous de dieux, les vrais faux-prophètes, les tyrans locaux qui se servent de et dans la religion pour asseoir leur pouvoir et asservir les masses (ignorantes ou non). Krassinsky questionne le rapport au sacré, l’obscurantisme et la perversion des idéaux religieux au nom des stratégies et ambitions personnelles des autocrates et intégristes de tous poils…

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Jean-Paul Krassinsky, Le Crépuscule des idiots, Casterman, sortie en librairie le 31 août 2016.

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Avant-Critique. Kobané, ville frontière, ville rempart. Située au nord de la Syrie dans le gouvernorat d’Alep. Théâtre de plusieurs batailles entre l’Etat Islamique et les forces kurdes, la ville a gagné le triste surnom de « Stalingrad du Moyen-Orient ». Envoyé par L’Internazionale (le Courrier International italien), le dessinateur Zerocalcare est parti pour la ville symbole de la résistance face à l’avancée de la terreur. Il en est revenu avec ce qu’il appelle des « visages, mots et griffonnages de Rebibbia à la frontière turco-syrienne ».

Phénomène éditorial en Italie, Zerocalcare compose avec Kobané Calling le tableau sombre d’une ville-tampon, de ses occupants pour qui la guerre est beaucoup plus qu’une représentation médiatisée à bonne distance : elle est le quotidien. Les explosions nocturnes, la débrouille, la peur, l’espoir, la détermination des combattant(e)s et l’amour…

Entre Joe Sacco (pour l’acuité et la précision journalistique) et Guy Delisle (pour l’ironie et la distance), Zerocalcare livre des impressions, rapporte des témoignages, peint des galeries de portraits avec sensibilité, humour et tendresse. Une oeuvre majeure, le journal de la destinée d’une ville et des ses habitants, un récit d’une incroyable humanité.

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Zerocalcare, Kobane Calling, Cambourakis, à paraître le 7 septembre 2016.

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Lecture. Si l’on devait chercher des références cinématographiques et littéraires à ce récit de gangsters sorti tout droit d’un temps où la canaille défouraillait les bons mots à la même vitesse qu’elle arrose le ciel à la mitraillette Sten, on irait lorgner du côté de chez Jean Vautrin ou Charles Williams avec Canicule ou Fantasia chez les ploucs… Quatre malfrats, trois hommes et une femme, deux duos qui font dans le braquage viennent se mettre au vert dans la ferme de l’oncle de l’un d’entre eux. La planque doit durer un mois, le temps de se faire oublier par la maréchaussée… Mais c’est sans compter sans la malchance, le naturel des uns et la rouerie des autres.

Avec des personnages hauts en couleurs (des maquerelles roumaines en pays bouseux aux gendarmes locaux en passant par le tonton mitrailleur), Mort aux vaches dynamite les codes du polar et met à mal la sempiternelle figure du truand viril. Aurélien Ducoudray et François Ravard pratiquent un humour fin et lettré servi par un dessin sensuel et brut ; un album pétri de second degré, de références historiques et littéraires,  un retour en fanfare à la fiction pulp.

Aurélien Ducoudray & François Ravard, Mort aux vaches, Futuropolis, à paraître le 15 septembre 2016.

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