Cacher ces noirs que nous ne saurions voir ?

Depuis le temps que je suis sur facebook, et comme mon principe est d’accepter tout le monde, je suis « arrivé à 5000 amis », drôle d’expression. Tout ça pour dire que quand je publie quelque chose j’ai de fait une certaine audience. Récemment, par hasard, je veux dire que je n’avais aucune idée derrière la tête, il ne s’agissait pas d’une expérience, j’ai publié deux vidéos à un jour d’intervalle.

La première vidéo parlait du trekking à dos d’éléphant en Thaïlande, montrait les tortures que subissent ces animaux dès leur plus jeune âge afin de « les casser » mentalement pour les rendre corvéables à merci. Résultat : une bonne centaine de smiley « en colère » ou « tristes », une bonne dizaine de partages et une vingtaine de commentaires horrifiés.

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Le lendemain ou surlendemain, je ne sais plus, j’ai partagé une autre vidéo qui elle faisait le point sur les quelques 2000 migrants morts noyés récemment en provenance de Libye. Résultat : 6 smileys « en colère » ou « tristes », aucun partage, aucun commentaire.

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Loin de moi toute intention de juger qui que ce soit, je n’ai pas non plus envie de donner des leçons de morale et n’ai aucun reproche à faire : moi-même je ne fais rien, à part ressentir de la honte je ne fais rien, absolument rien pour aider ces migrants. Mais la différence de réactions, très nette, sur facebook, m’interroge. Qu’est-ce qui fait qu’on ait plus de compassion, ou une compassion plus immédiate, plus spontanée, vis-à-vis des animaux et des éléphants en l’occurrence, alors que le migrant de couleur noire semble soit nous laisser de marbre, à moins qu’il ne nous gêne à un point tel qu’on préfère ne pas voir, ne pas commenter. Ce que l’on ne voit pas n’existe pas ? Car il ne s’agit pas de distance : les rivages de Lampedusa sont à nos portes tandis que la Thaïlande est plus lointaine, même si, tourisme et vols aériens obligent, la Thaïlande peut paraître plus proche.

Qu’est-ce qui fait qu’un humain nous semble moins proche, qu’on ait plus de mal à se mettre à sa place ? La couleur de peau ? La pauvreté ? Le caractère innocent des animaux, indemnes du péché originel au contraire de l’homme ? Tout cela serait culturel, judéo-chrétien ? Ce matin je manque de philosophie, je ne fais que buter sur ces questions, je ne trouve pas de réponse. Et je n’ai surtout pas envie de faire de littérature. « Je pose ça là ».