Littératures partagées, Subsahariens, Afrodescendants, Afropéens (1/3) : Daniel Maximin, des « yeux fertiles » sur les héritages

Daniel Maximin (DR)

Daniel Maximin, l’écrivain qui a pu écrire dans son premier roman : « ma soif invente encore des sources, et les sources s’élancent dans l’ignorance des mers et des déserts », vient de voir l’ensemble de son œuvre distingué par un prix de l’Académie française. C’est le moment donc de (re)visiter cette œuvre majeure des dernières années du XXe siècle et de notre XXIe siècle.

Daniel Maximin, écrivain guadeloupéen : est-il justifié de le qualifier ainsi et de le séparer de l’autre île, la Martinique, qui compte tant dans son écriture, de le séparer d’autres espaces et pays dominés dont il a sondé la parenté et, finalement, de le séparer du reste du monde, lui qui cultive les « cousinages » et les fraternités ? En témoigne ce texte, « Soif de cousinages » : « Méditerranée et Caraïbe, deux mers, deux centres du monde, où le monde entier s’est donné rendez-vous. C’est sans doute ce qui cimente nos fraternités. La Caraïbe et la Méditerranée sont pour moi sœurs sur la terre, par la rencontre entre elles de trois ou quatre continents, pour faire une île ou édifier une ville.
La Méditerranée si anciennement métisse, féconde d’invasions transcontinentales, aussi à la naissance de trois grandes religions dont la force centrifuge a répandu dans le monde tant le sel que les larmes.
La Caraïbe, qui fait se rencontrer l’Europe, l’Asie et l’Afrique en Amérique, dans cette civilisation de la plantation, ce « paradis raté » qui va de la Nouvelle-Orléans jusqu’à Bahia, en passant par notre chapelet d’îles qui constituent autant d’Arches de Noé…
D’où la vitalité des soifs de cousinages avec le monde entier, la conscience des voisinages, qui font que des écrits algériens ou antillais, de Césaire ou Camus, de Mimouni ou Djaout, de Kateb ou Zobel, de Schwartz-Bart ou Placoly, se particularisent et se ressemblent par le naturel de leur vocation à l’universel. Comme si dans ces lieux, les sources culturelles naviguaient en eaux profondes, échappant aux frontières des couleurs et des langages, aux rives du temps et des croyances, en dépit des différences embarquées.
Avec de plus des métissages de géographies à tous les horizons de leurs mers intérieures, une synthèse de paysages, du volcan à la plage, de l’île à la ville, de sécheresse en déluge, de séisme en bonace, de sel et de soleil, qui réunissent encore par la commune variété des décors, leurs connivences sous-marines trop méconnues… »

Toute séparation est toujours un peu artificielle mais il faut voir cette qualification comme une distinction qui pointe une origine et une première pétrissée que la vie se charge d’enrichir et de modifier ; elle demeure néanmoins un point de référence essentiel comme le montre Tu, c’est l’enfance, en 2004, récit d’enfance qui a obtenu le Grand Prix de l’Académie française Maurice Genevoix ainsi que le prix Tropiques. Positionner notre loupe au-dessus d’un seul écrivain artiste ne peut faire silence sur les liens souvent très étroits qu’il entretient avec le monde. Les deux îles voisines, comme le dit Siméa dans le premier roman, « c’est même bitin, même pareil ».
En effet, comment parler de Maximin sans parler d’Aimé et de Suzanne Césaire, de René Ménil et ses Antilles déjà jadis, précédé de Tracées, textes rassemblés en 1999, de Simone Schwarz-Bart et du début de Ti Jean l’Horizon qui présente magnifiquement « la petite île » de son héroïne à laquelle Daniel Maximin emboîte le pas dans l’album de 2008, Trésors cachés et patrimoine naturel de la Guadeloupe vue du ciel ?
Et de tant d’autres pour un écrivain qui a déclaré : « écrire, c’est continuer la conversation avec les livres »…

A propos de « distinction » donc, Daniel Maximin vient d’être lauréat d’un des prix de l’Académie française, le prix Hervé Deluen, prix annuel, créé en 2007 et destiné à récompenser « toute personne ou toute institution qui contribue efficacement à la défense et à la promotion du français comme langue internationale ». Parmi les 63 lauréats, le Grand prix de la Francophonie décerné à Tierno Monénembo, le prix Anna de Noailles a été décerné à Nathacha Appanah. Signalons aussi le Grand prix de la poésie attribué à Anthony Phelps, pour l’ensemble de son œuvre, prix obtenu aussi par un autre de ses compatriotes haïtiens en 1998, René Depestre. Avec Émile Ollivier et Jean-Richard Laforest, il a écrit le disque Pierrot le Noir, collage de poèmes :

« Nous sommes les Nègres en allés
clos de silence et oublieux
nous sommes les Nègres transplantés
assis à l’ombre des gratte-ciel
où le pays d’hier est sans écho.
Antillais de forte souche et de longue lignée
nous parlons maintenant
paroles de givre et mots de neige
 »

Sur quatre écrivains francophones primés, deux sont des poètes solidaires, solitaires et pleinement engagés dans le monde. Maximin écrit : « Poésie francophone orpheline de filiations, improvisant ses fraternités, et dont le cadastre s’étend aujourd’hui sur tous ses marchés à travers les continents : de Redu à Saint-Sulpice, de Jacmel à Oran, de Pointe-À-Pitre à Balma, de Beyrouth à Bucarest, de Montréal à Ouaga, de Basse-Pointe à Soleure ».
Est-il utile de rappeler que la Guadeloupe a été « découverte » par Christophe Colomb lors de son deuxième voyage en 1493 et baptisée d’un nom espagnol ? Le nom précédent était celui donné par les Caraïbes, Karukéra. En 1635, l’île est occupée par la France. En 1666, elle est confiée à la Compagnie des Indes occidentales. Elle est reprise par la Couronne de France en 1674. Elle est alors peuplée de Français « recrutés » et d’esclaves africains. De 1759 à 1763, elle est occupée par les Anglais. Une situation assez explosive qui se traduit, au moment de la Révolution française par des révoltes dont les Anglais tentent de tirer profit. La première abolition de l’esclavage date de 1794. Mais lorsque le Consulat rétablit l’esclavage, la Guadeloupe entre dans une révolte générale écrasée par le Général Richepanse en 1802. Il y aura encore, par intervalles, occupation de l’île par les Anglais puis l’île redevient française jusqu’à aujourd’hui avec le changement de statut en 1946 en département d’outre-mer.

Ces rappels historiques sont nécessaires si on veut lire avec profit le premier roman de Daniel Maximin, publié en 1981 au Seuil, L’Isolé Soleil, la même année que Le Discours antillais d’Édouard Glissant. Le romancier ne se contente pas de rappeler les dates connues mais il inscrit l’Histoire de façon particulière, en faisant appel aux « documents » que les historiens n’utilisent pas, excepté ceux de la Caraïbe comme Oruno Lara : les catastrophes naturelles, les contes, les proverbes et la transmission orale de la mémoire. Il retrace, à sa manière, cette histoire mouvementée et le fait comme André Schwart-Bart avec La Mulâtresse Solitude ou Max Jeanne avec La Chasse au Racoon. Daniel Maximin prend bien place dans les écritures guadeloupéennes de l’Histoire. Son originalité est aussi de donner sa pleine place à la géographie avec ses enchantements et ses désastres (cyclones, séismes, éruptions volcaniques) : on peut relire, en même temps que Maximin et pour cette présence essentielle de la géographie, La Migration des cœurs de Maryse Condé ou L’Espérance-macadam de Gisèle Pineau.

Nous reviendrons brièvement sur son parcours de création puisque c’est pour « l’ensemble de son œuvre » qu’il a été distingué en ce début d’été 2017. Il n’est pas possible d’entrer dans l’analyse de chaque œuvre mais, en les rappelant, d’avoir l’espoir de les faire découvrir ; et de poursuivre l’écoute des analyses de l’écrivain éclairant son travail de création, partage dans lequel il excelle.   Daniel Maximin est d’abord connu comme l’auteur d’une trilogie romanesque, éminemment poétique, publiée entre 1981 et 1996 aux éditions du Seuil, L’Isolé Soleil, Soufrières et L’Île et une nuit, ces trois romans étant disponibles en collection Points. Autour d’une jeune femme, Marie Gabriel, se déploie une polyphonie du passé et du présent qui revisite l’Histoire du XVIIIe siècle à aujourd’hui. En 2000, il publie aux éditions Présence Africaine un recueil de poésie, repris et augmenté en 2009 en Points, L’Invention des désirades.
En 2004, il participe à la collection « Haute enfance » chez Gallimard, avec son récit autobiographique, Tu, c’est l’enfance, et en 2006, il édite au Seuil un essai : Les fruits du cyclone : une géopoétique de la Caraïbe. De nombreuses nouvelles et interventions existent dans des collectifs. Daniel Maximin, « maître de la parole » a donné aussi interviews et entretiens. Avec son ami, le musicien Alain Jean Marie, il dit ses textes en dialogue avec la musique. Il a été impliqué dans de nombreuses expositions dont celle consacrée à Césaire, Lam et Picasso.

Le cœur de la création pour un poète est bien la langue. Daniel Maximin, comme d’autres écrivains francophones, se trouve pris, qu’il le veuille ou non, dans le débat sur sa langue d’écriture. Quand la langue d’écriture est celle du « maître » esclavagiste ou, plus communément, du colonisateur, le débat devient passionné entre ceux qui intiment l’ordre d’écrire en créole et ceux qui poursuivent leur création en français sans renoncer aux sources diverses de l’écriture, sans diaboliser l’instrument linguistique, une des portées possibles de l’expression de l’imaginaire.

Siméa, véritable porte-voix de l’écrivain et de Suzanne Césaire dans L’Isolé Soleil, interpelle ses amis : « Alors croyez-vous qu’il soit sain d’opter […] pour la disparition du créole, ou pour la disparition du français, alors que ces deux langues nous ont été l’une et l’autre interdites et que leur présence aujourd’hui – que cela nous plaise ou non – est aussi un résultat des révoltes de nos ancêtres ? Le seul problème est que tous ces éléments ont été mêlés, triturés, interdits, imposés sans que nous ayons eu jusqu’ici la maîtrise de nos choix, et que nous sommes comme des êtres accouchés de mères inconnues qui cherchent une reconnaissance de paternité ».

Daniel Maximin (DR)

Se positionnant assez différemment de Glissant puis des écrivains de la créolité, Maximin n’avance pas dans le champ de la création (ses fictions et sa poésie) et de la réflexion (ses essais et ses nombreux articles et conférences) sous l’axe dominant de la rupture – le créole préféré au français – ou de la confrontation – le créole opposé au français – mais sous celui de la négociation. Il refuse très tôt d’établir une ligne de démarcation de « l’authenticité » : du côté du légitime, ce qui réfère à l’Afrique et à la revendication des langues et cultures créoles ; du côté du suspect, ce qui réfère à la langue française et aux références occidentales. Pour lui, la créativité que manifeste la littérature antillaise vient du carrefour qu’elle assume et rend actif entre les différentes langues de la Caraïbe, la musique et les langues qu’elle fait découvrir, l’espagnol et l’anglais, et l’oralité née et inventée dans l’univers de l’esclavage ; mais aussi de la langue française conquise et de tout ce qu’elle peut déposer comme alluvions dans l’imaginaire des œuvres. Sa position est de revendiquer l’entièreté d’un héritage hétérogène et multiple, au sein ou au cœur d’une géographie qui n’est pas décor mais actrice de l’Histoire. « La veille des élections du 22 août [1848], un cyclone dévasta la Désirade et tout le nord de la Guadeloupe. Les paysans comprirent que Shango-orisha, Ogou-feraille, Azaka-médé et Papa Damballah avaient ainsi décidé de voter les premiers » peut-on lire à propos de cette date historique.

Maximin appelle, en quelque sorte, à la décontraction fertile vis-à-vis de tous ces constituants. Adrien, autre narrateur de L’Isolé Soleil, écrit à son amie Siméa : « Aujourd’hui, nos poètes ont peur d’être catalogués comme des écrivains à grande parade, donnant des ti-coups-bâton à un peuple d’analphabètes. Beaucoup de jeunes ne veulent plus écrire en français, mais seulement en créole. […] Moi, je pense qu’on n’a le droit de déchirer que ce que l’on a déjà remplacé. […] Mais que ceux qui écrivent pour vivre laissent aux commissions de censure le soin de faire le tri dans leurs œuvres entre le révolutionnaire et l’anodin ! Les militaires sont sur ce point meilleurs juges que les poètes.
Qu’on écrive comme on respire !
Écrire un poème, c’est avoir envie de jouer à cache-cache entre les slogans de la manifestation à laquelle on participe ».

L’écriture de Maximin est souvent qualifiée de difficile ou d’hermétique : en réalité, c’est plutôt le programme qu’elle se fixe qui est exigeant. Siméa écrit à son ami Adrien : « Sur la Terra Nostra de l’Amérique, les écrivains doivent écouter le chant des aveugles qui font peau neuve dans la zone sacrée et leur conseillent d’écrire d’une manière impure, parodique, mythique et documentaire tout à la fois ».

Ce programme qu’indiquent les quatre qualifiants est clair et ambitieux : ni mimétisme, ni répétition mais distance et détour, recours aux mythes – plus à inventer comme processus qu’à récupérer tout faits – sans jamais renoncer aux savoirs sur le réel mais sans en être prisonnier. Car à l’origine et il le rappelle inlassablement d’ouvrages en entretiens, la Caraïbe apporte au monde sa richesse : « Elle a généré l’idée d’un tissage de cultures au-delà du territoire, puisqu’il n’y avait pas de territoire originel, au-delà également de l’ethnie ou des religions, au-delà même des enfermements provoqués par les colonisateurs […] C’est en ce sens que le modèle caribéen est un modèle de « l’identité fruit » plutôt que de  » l’identité racine » » déclare-t-il, en 2006 dans La Quinzaine littéraire.

Dans ses créations, en particulier dans ce qui est étiqueté « roman », il y a une hétérogénéité de textes : polyphonie narrative, insertion des documents utilisés ou inventés, télescopage des genres et formes littéraires, évocation sans exotisme d’un pays et de ses habitants, mélange des langues. Les jeux autour des acquis de l’oralité et de ceux de la « bibliothèque » sont souvent époustouflants, toujours ludiques et pleins de significations. Masculin et féminin se côtoient, s’affrontent, se confondent. Par ailleurs, les œuvres mettent en scène une véritable « histoire littéraire » des Antilles avec ses acteurs et ses mouvements, avec ses ratées et ses fulgurances : Césaire, Roumain, Fanon, Damas et les autres ; et de l’Histoire, la grande ! La fraternité contre la maîtrise, c’est bien un des messages majeurs de l’écrivain dans l’écriture de l’Histoire qu’il propose car, « derrière le métissage biologique qui est presque secondaire, le vrai métissage est culturel, par lequel l’esclave libéré marque sa victoire sur le principe raciste de l’exclusion », déclare-t-il.

Un de ses meilleurs critiques, Cyrille François, souligne : « Fort d’une lecture critique de l’histoire culturelle antillaise et internationale, il désapprouve tant l’identification comme disparition de soi en l’autre que la recherche illusoire d’une authenticité nègre ou créole, l’interpellation de l’Autre par la création d’une altérité radicale. De même, si pour certains la communication orale et l’oraliture apparaissent plus propice à l’expression du vécu, Maximin montre que cette approche risque de remiser la culture antillaise dans un espace étroit, sclérosé par sa nostalgie du passé et prostrée sans ouverture vers l’Autre ».

L’écrivain se distingue par un refus de cloisonnement et par une prise en charge en profondeur des « débris de synthèse » qu’a évoqués Césaire, désignant non pas un conglomérat d’éléments insignifiants mais un travail à partir de ce qui est de l’ordre de l’hybride, du métis, de l’hétérogène. L’incipit du premier roman en est un exemple poétique prégnant : « À la clarté des lucioles commence la nuit une éruption de cris de misère et de joie, de chants et de poèmes d’amour et de révolte, détenus dans la gorge d’hommes et de femmes qui s’écrivent d’île en île, déshabillés d’angoisse, une histoire d’archipel, attentive à nos quatre races, nos sept langues et nos douzaines de sangs ».

Tout est en place pour rendre visible l’émergence de l’écriture antillaise libérée des carcans du passé : la polyphonie, la musique, la résistance des colibris, le paysage de l’île pour le meilleur et pour le pire, une Histoire à assumer sans s’y engluer. Ce n’est pas une énumération mais une superposition créant une synergie créatrice. Il affirme dans un entretien avec Cyrille François l’importance de la musique : « La musique a une grande place dans les histoires que je raconte car elle a une grande place dans mon écriture et que mon écriture est mobilisée par une volonté de remettre la musique à l’intérieur du langage […]. La musicalité des mots, la musicalité des phrases, le rythme, ce sont des choses qui sont pour moi essentielles lorsque j’écris. Ainsi, la musique a une place formelle absolument essentielle. Une phrase pour moi doit chanter, doit être écrite de manière rythmée, ce qui ne veut pas dire qu’elle doit imiter la musique. C’est la musique de la langue qu’elle doit essayer de retrouver. Du même coup, elle a pris aussi une importance dans le fond des choses. La musique, pour moi, est tellement un facteur de l’identité, de l’humain et des relations humaines, qu’elle devient un personnage central de mes œuvres pour expliquer les gens, leurs relations, la genèse de leurs cultures, leurs sentiments, leur histoire. La musique, devenant un personnage, le musicien et le monde de la musique deviennent dans les romans des éléments prenant une grande importance ».

Par ailleurs le créole conjugue avec la culture créée et héritée de la déportation et de la plantation, ses vertus de ressourcement qui n’effacent pas l’acquis nouveau. C’est dire que la culture antillaise et caribéenne s’est constituée et se constitue dans le métissage et l’invention qui permettent l’avancée dans la modernité. Elle se construit à partir de la mémoire de l’Histoire mais surtout en intégrant le paysage, sans exotisme ni idéalisme en partant du principe qu’« aucun critère de race, d’ethnie, de religion, de langue, de terroir ou de patrie ne suffit en effet à lui seul à dire la nature spécifique de nos identités », comme il le déclare dans Les Fruits du cyclone. Pour exister pleinement au monde, il est nécessaire de « faire du miel à partir du pollen des continents et de l’antidote à partir de leur poison », peut-on lire dans le même essai.

Une dernière fois, la parole à l’écrivain : « L’écriture poétique est à l’origine de toute ma création littéraire, y compris dans les romans, par le souci de privilégier la musique et les rythmes qui dans notre Caraïbe, associent les mots du poème à la danse et au chant. La poésie comme parole due, architecture de racines et de feuilles envolées, jusqu’à la chute solaire du fruit de création.
Mon identité culturelle n’est pas légitimée par un terroir ancestral, une pureté originelle, ni par une langue ou une culture dominantes, mais par le fait d’assumer les dépossessions originelles et le partage des altérités réunies, quelles qu’en soient les contraintes imposées ou choisies. L’identité ce ne sont pas les racines qui l’expriment, car l’identité c’est un fruit. Je m’attache à dépeindre la genèse des nouveaux mondes, sans ici ni là-bas, avec l’exil et le naufrage au départ des sentiers. Quatre continents pour édifier une Caraïbe : fagot d’échardes et de rayons enflammé d’un espoir nouveau. Un métissage d’humanités, offrant fraternellement au monde toutes ses re-créations, échappées aux frontières des couleurs, des papiers et des langues.
Ainsi, pour toi, lecteur :
« les mots que je te donne imaginent que tu rêves », « le mot que je réserve rêve que tu l’imagines ».
« et la feuille prend son vol au risque de sa verdure »… »