Camille de Toledo : à livre ouvert (Le Livre de la Faim et de la Soif)

Camille de Toledo

« Ce qui attire le lecteur vers le roman, c’est l’espérance de réchauffer sa vie transie à la flamme d’une mort dont il lit le récit » avance, au tremblement de son existence bientôt dérobée, Walter Benjamin afin de dessiner du conteur cet art du récit qui, en offrant aux hommes la vive chaleur d’un destin couronné de mort, finit par leur révéler le sens de la vie. Où se donne, après toutes les morts, la vie qui se peut vivre ? Comment surseoir aux morts qui surnombrent le réel ? Comment se relever des cadavres qui trament tout récit et le Récit majuscule du monde ? Autant d’ardentes questions qui, en flagrant écho à la figure du conteur de Benjamin toujours appelée à revenir des morts et des désastres, rejoignent l’intime projet et l’éclatante réussite de l’épique et furieux de vitalité Livre de la Faim et de la Soif de Camille de Toledo, paraissant demain chez Gallimard.

Ainsi, à l’instar du roman qui, selon Benjamin, dit par ses récits de morts le vif désarroi de l’individu devant un monde moderne toujours plus méconnaissable et toujours plus mort, Toledo œuvre à chacun de ses livres, de Vies et morts d’un terroriste américain jusqu’à Oublier, trahir, puis disparaître en passant par L’Inquiétude d’être au monde, œuvre donc depuis une très grande mort irrévélée, depuis un grand et tragique cadavre dont il s’agira pour lui de surmonter le corps nu, ce grand mort qui, dramatiquement, innerve chaque phrase, et donc chaque phrase est le souffle opposé et retenté : la Mort de la Littérature. Car, à l’horizon liminaire du Livre de la Faim et de la Soif, la Littérature, majuscule confiante des hommes en eux-mêmes, est morte. Elle a comme succombé à elle-même dans un temps incertain mais si proche. Elle est morte de sa trop grande mémoire à porter le monde et à ne pas vouloir oublier. Elle est morte du 20e siècle : elle en a été le témoin ultime aux yeux crevés et renoncés. Il y a eu les « les rivières exténuées de la langue » dit Toledo, il y a eu les « phrases mortes » ou encore la « maladie du livre ». Et ainsi la Littérature est comme parvenue à l’atroce de son dénouement – parce que, décidément, inéluctablement, comme si elle était portée par l’accomplissement de son destin propre, la Littérature est finie. La Littérature gît aux pieds de chacun. Tous les livres ont été écrits. Tous les textes ont été dits. Toutes les phrases ont été prononcées. Comme si le Livre à venir était derrière chacun, révolu – comme si, heure inouïe de noirceur, Toledo comprenait combien la littérature de l’épuisement était elle-même à présent épuisée, devenue nulle, néantisée du monde.

Camille de Toledo, Le livre de la faim et de la soif

Cependant, la parole de Toledo ne s’inscrit pas à l’heure du désespoir et des mélancolies contrites car il désire avant toute chose offrir dans Le Livre de la Faim et de la Soif à la Littérature le roman avéré de son re-début et le grand récit du Livre à revenir mais hors de tout revenant, de toute revenance car « nous avons trop d’Histoire, mon ami et pas assez d’avenir ». À rebours des plaintes, des « spectres », de la langueur fragile et timide des déplorations infinies, Toledo oppose dès lors la parole qui vient à lui comme un cri, un grand cri de vie qui vient déchirer les continuités moribondes de deuil, ce grand cri qui, dans les derniers moments du Livre de la Faim et de la Soif, se fait entendre comme la grande rumeur du vivant, la grande vivance des choses : « C’est peut-être le cri d’un nouveau-né qui désire s’arracher au cycle monstrueux de la mort et survivre, par-dessus tout, vivre ». De fait, après d’une part « Strates », le diptyque articulant L’inversion de Hieronymus Bosch et Vies et mort d’un terroriste américain, et la grande trilogie européenne de Le Hêtre et le Bouleau, le magistral Vies Pøtentielles et Oublier, trahir puis disparaître, Le Livre de la Faim et de la Soif s’ouvre au seuil effondré de cette fable noire par laquelle écrire serait le geste révolu des hommes en préférant, avec force et avec la joie nue qu’indique sans attendre l’exergue d’Ernst Bloch, donner au lecteur une fable blanche d’espoir, celui du redevenir du monde, celui qui, conquérant, n’entend pas laisser la mort à la mort, les cadavres aux cadavres, les désastres aux désastres. Comme il n’a cessé de le suggérer depuis son premier mot tracé, chaque phrase (chez Toledo toujours unité nue de récit – chant tendu du monde – conquête infinie du Dire contre toutes les mots – unité de revie : cartographie ici de sa poétique) par lui prononcée et tracée veut former un adieu au 20e siècle, aux morts du monde, à la Mort de la Littérature. Car Camille de Toledo n’écrit pas depuis la Mort de la Littérature – il écrit après la Littérature, dans un monde rendu à un grand Après, jeté dans le sommeil hagard des ruines, ou comme le dit, de manière joueuse l’un des personnages, « Y aura-t-il un Après à l’Après ? ». Il faudra écrire au moment où se donnent les lendemains de toute Aufhebung, quand le monde n’a pas succombé à lui-même.

Partant, pour la première fois dans l’œuvre pourtant déjà riche de Camille de Toledo, Le Livre de la Faim et de la Soif va raconter et faire matière de récit de cette revenue du Livre à lui-même – va déployer, en autant d’épisodes, de contes, d’aventures, une épopée littérale du Livre dans un monde qui l’a supprimé, où la Littérature est le trou d’ombre des hommes, la conscience morte des choses. Parce qu’ici, là encore pour la première fois, Camille de Toledo déploie de la Littérature la fable, l’espace fabulaire, mythique et romanesque, outrageusement ivre de romanesque (comme un défi devant le Néant grandissant) et de fabuleux, du double mouvement qui anime l’Après Littérature : à savoir un premier temps où le monde a été étreint et déchiré de défaisance mais un second temps – celui par lequel ici tout commence comme après la Fin – comme inédit de refaisance comme on dit renaissance, comme on dit reconquête refaire le Livre ou comme le dit Toledo trouver « le livre en live », en direct.

Car dès ses premières pages, sans attendre, Le Livre de la Faim et de la Soif met en scène et littéralement en œuvre un Après de la littérature où lorsque toutes les pages ont été écrites, surgissent deux personnages, jetés sur les routes éberluées du monde, le Livre et son sténographe, deux personnages comme deux hommes jetés dans le monde des hommes qui, comme personnages, qui opèrent une traversée du Sens, deviennent des puissances dantesques, comme un redessin de La Divine Comédie où le Livre voyage dans le monde pour savoir s’il lui est possible non pas uniquement de revenir mais d’être : « Le Livre voulait un corps » est-il dit. Le Livre est ici le livre tel qu’il est devenu dans l’Après Littérature : il est le héros, contre-trou, contretemps du contemporain lui-même, le personnage en reconquête de devenirs, en joie de potentiels, en fronde constante contre les effondrements, les pensées tristes, contre la mélancolie.

Parce que Le Livre de la Faim et de la Soif porte en acte et en fable ce qu’est le contemporain – comme si Toledo était à tenir comme le contemporain fabulaire, son versant de conteur qui sait s’affronter comme seul avec la mort – un contemporain donc qui sait se donner comme le moment du contre-livre dont Le Livre de la Faim et de la Soif est la formule inouïe et incomparable : une contre-mélancolie contre « l’inclination collective au chagrin », précise-t-il encore. De fait, Camille de Toledo écrit avec constance et ardente patience le grand contre-livre de la littérature contemporaine, ce livre aperçu par Pierre Michon au seuil de Corps du roi à propos de Flaubert, ce grand livre négatif qui aurait à charge de rédimer toutes les morts, d’œuvrer à oublier les morts, de repaver de sens les feuillets disjoints et épars du monde – ce grand contre-livre qui, contre toutes les morts modernes, trouverait la formule inouïe de la Vie et du Livre mêlés comme si Camille de Toledo livrait dans Le Livre de la Faim et de la Soif la mort de la Littérature à livre ouvert – ou comment en revenir, comment œuvrer à un grand Livre à revenir, comment comprendre que, dans ces temps modernes ayant tué le Livre, le texte n’est plus le « roi », qu’il n’est plus « l’unique manière d’animer des images », que le Livre est le roturier infini ?

Illustration pour Le Livre de la Faim et de la Soif par Alexander Pavlenko
Illustration pour Le Livre de la Faim et de la Soif par Alexander Pavlenko

Mais le contre-livre que donne à lire Camille de Toledo n’est pas celui de Tanguy Viel dans Article 353 du code pénal où Martial Kermeur invente le roman en constante hypotypose de soi, où Article 353 du code pénal n’est pas un roman mais une hypotypose de roman : comme à rebours, dans le même geste mais inversé, Le Livre de la Faim et de la Soif dévoile un contre-livre autre, un contre-livre où le Livre veut parvenir à être, où, détruit de la douleur de la phrase d’être phrase et de ne pas « entrer dans l’existence », le Livre entend devenir le grand atome reconquis du monde. Chez Camille de Toledo, il y a toujours le souhait profond et neuf d’une métalepse du Livre où le livre quitterait ses bords, accomplirait le saut de l’ange pour sans cesser d’être Livre le Livre aurait rejoint le monde – comme le Saint Antoine de Flaubert aussi évoqué. Sans doute y aurait-il ici à lire un grand rêve ici, une grande étreinte flaubertienne puis rimbaldienne, la sensibilité du monde à conquérir, le tourbillon ivre des atomes contre la chaine coercitive des phrases et des paroles qui éloignent du monde – le contre-livre veut se voir pleinement dans la Vie : le livre veut se dé-livrer. C’est l’objet nu, ardu et impossible de la quête de Toledo par où le Livre et son sténographe font l’épreuve du monde. Le Livre a faim, le Livre a soif, le Livre vit littéralement – il n’est pas personnifié, il rejette tout trope, toute figure : il est et veut jeté son être dans l’infinie contingence des choses parce qu’« il voudrait être ça, le temps et l’espace à l’intérieur desquels la vie va ». À ce titre, d’emblée, Toledo fait du livre et de son scribe, son sténographe les personnages porte-concepts de manière deleuzienne pour aller dans le monde à sa propre aventure comme s’il fallait ici, époque autre et comme paradigme du contemporain qui sous nos lèvres s’invente et se trouve, renverser la célèbre formule de Jean Ricardou pour que le Livre, trop ancien, soit enfin le Roman du Nouveau : le contemporain est l’écriture d’une seule aventure : l’aventure d’une écriture en quête d’aventure, dans une boucle qui ne cherche jamais le Dedans mais le grand Dehors du monde quitte à se perdre, quitte à remourir.

Car, puisque « le livre veut donc vivre », Le Livre de la Faim et de la Soif ne procède, en dépit des apparences, d’aucune mise en abyme tant, au contraire de tout, il s’agit pour Toledo d’écrire depuis l’abîme, le trou du Temps où le monde et le Livre ont sombré. Alors l’aventure du Livre peut commencer. Il peut être tous les Livres qui ont été le monde et qui ont formé monde. Le Livre est peut-être d’abord Don Quichotte et Sancho Pança devant les moulins à paroles du monde. C’est le grand couple de la Renaissance qui se donne ici où, comme Agamben l’avait déjà observé dans Enfance et Histoire, Don Quichotte fait l’expérience pendant que Sancho la possède – le Livre faisant ici l’expérience du monde quand le sténographe, bientôt pieuvre, possède l’expérience du vivant. Le Livre traverse alors le monde dans un champ de contes, où, s’interrogeant sur soi, sur son impossibilité à mourir et à être dans le dehors, il est en cavale, il littéralement cavale de conte en conte qui, chacun, peut être tenu comme autant d’épreuves fabulaires du Dire – où se redit, comme en dissemblance, la structure des Vies Potentielles qui tressait les histoires, les exégèses et les chants mais où ici, d’un trait, se donne d’un même souffle, comme le pneuma du Récit, le conte, sa critique et le chant du monde à vouloir être en 43 histoires. Le Livre est russe. Il est chez Gogol et Dostoïevski moins Gogol, moins Dostoïevski : il est à Smerdiakovo. Toutes les figures se défigurent – toute la culture se défigure pour trouver la matière sensible du monde et « la soif d’une source qui se dérobe ». Le Livre devient les mille et un dires, les milles et une nuit en Arabie. Le Livre se débat dans tous les Livres. Le Livre s’affronte au Talmud, à la Bible, au Coran mais le Livre chevauche le monde et l’atome – il ne cesse de courir, d’accélérer sa langue pour la comme faire disparaître parce qu’elle est la grande douleur des hommes, leur séparation à être – leur inêtre, la grande déshérence du Livre qui ne se sait pas assez être depuis son point aveugle de langage parce qu’il faut trouver ce « pays du Dehors, là où il n’y aura pas de mots ».

Comme un chemin en soi, comme un patient roman d’apprentissage où le Livre ré-apprend le monde et à être Livre, à coïncider avec le grand Dehors des choses, Le Livre de la Faim et de la Soif invente une narration sans cesse épique, sans cesse en quête de ce qu’Emanuele Coccia dans sa récente et déterminante Vie des plantes nomme si justement « des points de vie » dans le Vivant, des points d’existence par où le devenir-picaresque revendiqué du roman, ce que Toledo nomme encore « l’essence picaresque du livre dans le siècle qui vient… dont le livre, lui-même, est devenu le héros » devient à la vérité un moment critique en action et en mouvement par lequel le Livre ne devient pas tant le Quichotte de Cervantès que peut-être l’intempérant chevalier de la foi de Crainte et tremblement de Kierkegaard, celui dont le philosophe danois dévoile, comme un sourd et profond écho au Livre de Toledo, le double mouvement de passion pour le vivre et le rejet de la grande négativité de tout désœuvrement : « Le chevalier se souviendra donc de tout, mais ce souvenir est précisément douleur ; pourtant, dans son infinie résignation, il est réconcilié avec l’existence. » C’est ainsi de cette progressive réconciliation – à parfois rencontrer la haine unanime des hommes et des Livres – dont traite Le Livre de la Faim et de la Soif, cette intime réconciliation du dehors et du dedans, de l’oubli et du souvenir, du verbe et de la matière dans une écriture qui, au peut-être instar cette fois de Pasolini, dans le désir solaire du monde, entend prononcer du livre Le Livre. Le Livre Total, le contre-Livre au ferme opposé de Mallarmé, un livre d’air, un livre de pierre, les deux mêlés où, comme chez Pasolini, se dirait du monde un syncrétisme résolu celui où, tous les livres coupés, les géants au crâne fendu et les oiseaux bouches-bées se réconcilient tous dans un même trait, dans un même souffle, dans un même conte où se redit leur vie.

Car ce qu’invente sans doute au cœur de notre contemporain Le Livre de la Faim et de la Soif, c’est une littérature pneumatique, le souffle reparcouru du souffle dans un homme et une phrase, qui ferait tourner de nouveau les pages du Livre – un souffle un et continu, figure du mélange où tout viendrait à se fondre dans le grand souhait utopique de Toledo par lequel l’écriture ne cesse elle-même d’être en cavale – de cavaler la fiction, de l’accélérer, de la jeter non dans l’unique picaresque mais l’hyperbolisation baroque : de celle qui fait du Livre de la Faim et de la Soif un nouveau Livre des Métamorphoses. Où le contemporain est appelé à devenir ovidien, où chaque conte est un nouveau mythe, où Moshe est un nouveau mythe, le dépôt de temps qui ne se cesse de se métamorphoser et par lequel la figure du conteur échappe à la mort parce Les potentiels du tempsqu’il ne cesse de se métamorphoser, de joindre la puissance non encore touchée des possibles au possible même, au potentiel que Camille de Toledo appelait de ses vœux avec Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff. Ce que cherche le Livre, c’est une forme de vie, une vie à vivre qui défie l’hypersensible et l’hypersignifiant, métamorphose jusqu’à la confusion concertée et la joie renouvelée du Livre jeté dans le Dehors comme s’il fallait métamorphoser – littéralement métamorphiquement – trouver la forme, la méta-forme qui transforme et mue chacun en contre-mort.

Pour Toledo, il faut toujours trouver l’énergie qui fera oublier que « le livre n’est qu’une chose sans mot », il faudra oublier aussi que « le livre a déjà enterré beaucoup de ses camarades », il faudra pouvoir « revenir au cœur de la vie sensible ». Il faudra alors métamorphoser et comprendre que Don Quichotte est certes le Livre mais que le Livre est aussi vite ce « lointain fonctionnaire » qu’évoque Borges dans « La Bibliothèque de Babel » que convoque Toledo, qu’à son enseigne il est l’homme du Premier et du Dernier Livre, l’homme qui connaît tous les livres et les dépasse. Que, dans son ivresse de métamorphoses et d’incarnations, dans sa débauche orgiaque et gargantuesque de vies et de paroles, Le Livre de la Faim et de la Soif se donne comme une bibliothèque de babil, une grande bibliothèque du tremblement du vivant où, par la métamorphose, les livres sortent d’eux-mêmes, où le lointain fonctionnaire prend soudainement les traits de Bartleby.

Peut-être doit-on, enfin, voir le personnage de Melville comme le cœur secret et enténébré de ce roman du roman à venir à son être. Peut-être faut-il ainsi considérer que le copiste, celui qui préfère ne pas a finalement préféré, qu’il a écrit hors du Livre et que ce Livre lui offre enfin ce dont il ne témoigne jamais ni le besoin ni l’envie : la Faim et la Soif comme paradigmes contemporain de sortie du Neutre moderne. Comme si là encore, dans sa puissance évocatrice et incantatoire qui fait de Toledo un de nos grands prosateurs, où le chant est le poème constant du chant, le Poème critique du Sens en action et du Sensible en intellection, la parole de Toledo se déployait dans ce roman du roman, cet hyper-roman mais sans littérature, comme un fil nu entre deux abîmes comme deux pôles incandescents d’écrire, de la figure du conteur : d’un côté bartleby, et de l’autre Achab et Moby Dick, comme si les deux devaient se métamorphoser – comme si Le Livre de la Faim et de la Soif cavalait d’une figure l’autre, comme si le récit intime et troué d’absence qui se disait ici consistait à partir de Bartleby qui aurait quitté son étude pour finir en Achab chevauchant la baleine, puisque les dernières pages du roman le laissent entrevoir – ou tout du moins auront permis de faire comprendre que le Livre ne recherche au monde que son être-là. Qu’il n’est pas mort. Qu’il est là. Qu’il vibre d’aventures. Qu’il est revenu. Qu’il est rentré. Qu’il n’est pas aboli mais se fait présence dans le monde comme la part secrète et maîtresse de notre ontologie même.

Camille de Toledo
Camille de Toledo

On l’aura compris : il faut lire le Livre de la Faim et de la Soif de Camille de Toledo pour saisir combien la littérature contemporaine est plus vivante que jamais, qu’avec Tanguy Viel, Stéphane Bouquet ou encore Laurent Mauvignier, Camille de Toledo fait vibrer de sa voix un contemporain qui ne ressemble à aucune autre littérature, que le contemporain n’est pas multiple, qu’il trace sa voix unique dans le redevenir de l’écriture, qu’il faut prendre de vitesse toutes les morts contrites de la Littérature. Qu’il faut savoir dire avec Camille de Toledo que le contemporain est à considérer comme l’homme du plein redevenir des choses, l’homme qui, résolu et hors de tout absolu, aurait enfin quitté les sombres abords de l’étude, l’homme qui, délaissant sa copie, aurait enfin préféré la Vie et le grand Dehors jusqu’alors inaffronté du monde. Qu’avec Camille de Toledo, il faut imaginer Bartleby heureux.

Camille de Toledo, Le Livre de la Faim et de la Soif, Gallimard, 2017, 385 p., 23 € 50 — Lire un extrait

Lire sur Diacritik : Camille de Toledo, « Poètes, romanciers, philosophes, artistes, nous sommes des légions à œuvrer pour que ça infinisse » (Le grand entretien)

Rencontre avec Camille de Toledo vendredi 10 février à la Librairie Atout Livre, animée par Johan Faerber (Diacritik) et David Rey (Atout Livre),
19 h 15-21 heures, 203 bis avenue Daumesnil, 75012 Paris.