Un jour, il y a des années maintenant, j’ai lu une phrase stupéfiante. Cette phrase figurait dans un livre de philosophie. À l’époque, encore lycéen, je n’étais pas sûr de toujours bien saisir ce qui était écrit dans ce genre d’ouvrages. Mais lire était en soi un événement. Je sentais que quelque chose s’accordait à mon être en le désaccordant du monde que par ailleurs il subissait. Je lisais pour m’alléger. Je lisais comme on dévale une pente.

Je m’aperçois aujourd’hui que mon acte de lecture ressemblait, en son ordre, à celui de Mouchette, cette gamine au destin bouleversant filmée par Bresson.

En janvier dernier, Sylvain Bourmeau publiait Bâtonnage, texte inclassable, sortant la littérature de l’intrigue comme le journalisme du flux ininterrompu de nouvelles sans relief, manière de raturer ce qui excède pour faire naître une altérité radicale, un sens nouveau, une forme proprement inédite, comme le soulignait Jacques Dubois.

Après ses remarquables essais, La Vie sensible et Le Bien dans les choses, Emanuele Coccia revient cette année avec La Vie des plantes, puissante et novatrice réflexion métaphysique sur les plantes et les végétaux. Trop souvent négligées même par la biologie, les plantes doivent être considérées comme des objets privilégiés de la pensée, capables d’ouvrir à une philosophie du monde conçu comme mélange, en rénovant profondément les approches écologiques, ontologiques et politiques.
Diacritik a rencontré Emanuele Coccia le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce nouvel essai qui s’offre comme l’un des plus importants parus ces dernières années.

Au premier abord, on croit avoir déjà vu quantité de films comme celui-là : une comédie italienne des années 1960, enchainant les sketchs forcément inégaux sur un thème central – ici l’égoïsme – propice à la satire morale et sociale, avec tout le cortège des stars transalpines de l’époque (Gina Lollobrigida, Silvana Mangano, Vittorio De Sica, Marcello Mastroianni…).

Si vous êtes amateur de littératures nordiques, vous ne pouvez ignorer le nom d’Eric Boury. C’est à travers ses traductions que les lecteurs français connaissent Arnaldur Indriðason, Jón Kalman Stefánsson, Stefán Máni, Árni Thórarinsson, Eiríkur Örn Norddahl et tant d’autres.
Eric Boury était de passage à Paris la semaine dernière pour une rencontre en Sorbonne : l’occasion rêvée d’interroger ce « passeur d’Islande », selon le très joli mot de Carine Chichereau.

Tout se mélange dans ma tête. Drôle d’incipit mais c’est pourtant et mon idée et mon commencement : le mélange des choses vues, entendues, mixité des idées et des sensations. Car on perçoit et on reçoit tout en même temps, des signaux les plus faibles – la petite chatte qui gratte comme une forcenée sous mon lit en ce moment et qui m’empêche de me concentrer – aux signaux les plus forts – par exemple le dernier papier aux accents pasoliniens que je viens de lire et relire, celui de Dimitris Alexakis à propos de la tragédie électorale du 7 mai prochain.

C’est encore une fois un sublime documentaire que diffuse Arte cette nuit, à minuit 15, I pay for your story de Lech Kowalski, recueil de témoignages et histoires vraies sur la vie en marge de la société, à Utica, à 4 h 30 de New York en voiture. Le réalisateur, qui a lui-même passé une partie de sa vie dans la ville, a rémunéré des habitants pour raconter, face caméra, leurs galères, leurs espoirs, leurs désillusions. Son film, pudique et fort, nous confronte à des condensés d’existences engluées dans un présent sans perspectives.

Mai 2017, la démocratie est malmenée par la politique politicienne. La démocratie, ce concept vieillot que l’on piétine allègrement depuis des mois et des années sans que personne ne trouve à y redire. La démocratie, ce bien commun que l’on devrait chérir et protéger plutôt que le maltraiter est aujourd’hui la première victime du débat public. Au premier rang des agresseurs : les mots. Ceux du Front National, de ses soutiens et de sa candidate présente au second tour de l’élection présidentielle.