Possession immédiate : l’indiscipline en revue (entretien avec John Jefferson Selve)

« Nous avons la sensation qu’une limite a été atteinte », écrit John Jefferson Selve, en ouverture du numéro V de Possession immédiate. Le constat est à la fois politique et linguistique, il est celui d’une tentative de dépossession, de mots vidés de leur sens, aplatis, ternis par leur usage politique ou médiatique — ainsi « courage » et résistance » devenus des « identifiants idéologiques propres au pouvoir ».
Balzac l’écrivait dans Illusions perdues, « il est des mots qui, semblables aux trompettes, aux cymbales, à la grosse caisse des saltimbanques, attirent toujours le public. Les mots beauté, gloire, poésie ont des sortilèges qui séduisent les esprits les plus grossiers ». Depuis, Amour, gloire et beauté ont eu la carrière que l’on sait ; depuis, les émotions collectives se disent via des slogans identifiant un moment à un nom, un impensable à son expression la plus basique… Je suis (complétez selon le drame).
Lorsque le numéro V de Possession immédiate se préparait, aux lendemains des attentats de novembre, il fallait ainsi se détacher de deux mots évidés, « courage » et « résistance » — « un mode de vie, nous disait-on, ça s’affichait à la une des journaux : continuer de fréquenter les terrasses plutôt que de réfléchir et de s’interroger ». Leur préférer alors deux adjectifs, comme une action indissociable : « intrépide et réfractaire ». C’est autour d’eux que s’est construit le numéro V de Possession immédiate, comme nous le rappelle son fondateur et rédacteur en chef, John Jefferson Selve, dans le grand entretien qu’il a accordé à Diacritik.
COUVEt ces deux adjectifs, « intrépide et réfractaire » disent mieux que tout autre Possession immédiate depuis ses débuts, il y a deux ans. « Intrépide », qui ne tremble pas devant le danger, marche vers l’avant et « réfractaire » qui, étymologiquement désigne celui qui brise (et, par extension, ne se laisse pas briser), qui casse. Pas pour détruire, mais à la manière de la crise de vers mallarméenne, « exquise crise, fondamentale », « en abandon de geste, avec la lassitude que cause le mauvais temps désespérant une après l’autre après-midi » : refuser les œillères, les disciplines qui classent, rangent et étiquettent, assagissent.

PIMES_VOL4_58Cette indiscipline est , alors que je prépare l’entretien avec John Jefferson Selve, feuilletant et relisant les cinq premiers numéros de Possession immédiate, d’ailleurs appelés « volumes », comme des tomes composant une série, un livre infini. Comment donc désigner cet objet dans mes mains ? revue, magazine ? Quelles connotations (et donc classements) figent le choix du mot ? Aucun des deux ne convient. Et si toute publication repose, dans sa composition, sur un « chemin de fer« , quel en serait le dessin ?

Possession Immédiate, ce sont des photographies, des textes littéraires et/ou philosophiques ; de la mode, de la musique, du cinéma ; des croisements, des hybridations, des échos d’un numéro à l’autre et un réseau ; c’est le grain du papier aussi, la souplesse du format, soit une indiscipline fondamentale, dans le refus des catégories et des assignations que le mot suppose. Et indiscipline m’évoquant immanquablement Foucault, j’ajoute « herbier » dans le sens que Foucault donne à ce mot dans la première page de sa Vie des hommes infâmes, « des vies singulières, devenues, par je ne sais quels hasards, d’étranges poèmes, voilà ce que j’ai voulu rassembler en une sorte d’herbier ».

PIMES_VOL3-40Et tel est sans doute le « chemin de fer » de ces cinq numéros qui forment anthologie et « herbier » : rassembler en conservant une étrangeté, faire dialoguer textes et images, les formats d’articles entre eux, les rubriques qui composent chaque numéro en une forme de possession / dépossession qui n’a de cesse de déplacer le regard. C’est le monde et le réel qui sont ainsi interrogés et réfléchis, mais aussi la manière et « la matière de nos œuvres », pour reprendre le titre des deux dernières pages du numéro V consacrées à Pierre Guyotat, « un artiste visionnaire, qui ne se définit pas qu’au moyen de la littérature mais qui, comme l’écrit Bruno Racine, « surmonte la césure » entre les genres formels de l’art ».

Tel est le mantra de Possession immédiate : porter une vision sous l’égide de Rimbaud comme de Guyotat, refuser la césure et les mots ou images qui assignent, (se) déplacer, détourer dans l’herbier magnifique et fécond qu’est chaque numéro. « Surmonter la césure », dans la portée esthétique et politique de ces mots qui sont tout sauf un mot d’ordre : un ethos.

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Avant Possession immédiate, vous aviez créé Edwarda. Comment expliqueriez-vous ce tropisme pour les revues et/ou magazines ? En quoi ce type de publication est-il un véritable laboratoire de création, selon vous ?

John Jefferson Selve : Edwarda fut fondée avec mon amie Sam Guelimi, elle en a permis l’existence et la tonalité si singulière. C’est durant les quelques années de cette aventure que s’est concrétisé mon goût pour la publication et le désir de poursuivre. Vous évoquez le laboratoire, il s’agit bien de cela : il y a une chimie à trouver pour qu’un numéro se tienne et fasse sens, il faut expérimenter, monter, recommencer. Nous partagions avec Sam le goût pour la forme. Pour moi une revue est tout sauf un fourre-tout, elle raconte et prospecte à sa façon un temps donné et pour cela elle doit se tenir.

Avez-vous été influencé par des publications antérieures, d’autres revues ou magazines quand vous avez pensé Possession immédiate ?

La revue parfaite, qui transcende par sa puissance le côté fourre-tout, c’est Documents de Georges Bataille, c’est un tel savoir, une puissance en action, textes et images s’accolent, s’opposent, j’y pense souvent comme un très lointain sémaphore… Ensuite, il y a eu la revue japonaise de photographie de Daido Moriyama, Provoke, à la fois pour le format, la souplesse du papier et bien sûr la photographie japonaise avec son esthétique sensorielle. J’aime beaucoup les revues en général, et il m’arrive de travailler pour des magazines, comme Purple par exemple qui, par-delà la mode, possède une vraie transversalité.

Possession immédiate a deux ans et 5 numéros au compteur. Comment est née l’idée ? Dans le texte introductif du numéro I, vous écriviez la nécessité de sortir du flux, de croire en la littérature « contrepoison », de se laisser traverser et posséder par une « logique des sensations », de donner à lire et à voir. Cela demeure votre credo, à l’aube du numéro VI ?

L’édito du premier numéro est avant tout un mantra que je m’adresse à moi-même. Cette impression de se sentir parfois dépossédé d’une certaine liberté depuis l’avènement numérique, les réseaux, les écrans, la prolifération des images et celle des commentaires permanents. Tout cela étouffe un peu. J’avais envie d’un lieu où l’on manœuvre intelligemment et stratégiquement avec ça. L’idée n’est pas de dire que c’était mieux avant, loin de là ! Toutefois, puisque c’est aussi une question de temps, d’instantanéité et de pouvoir qui se joue, la revue et le papier me semblaient les meilleures armes pour dire une certaine logique de sensation. Comme le carnet de notes reste encore le meilleur disque dur du monde. Il ne faut jamais oublier ce rapport à la matière.

Photographies de Nicolas Comment, Anatomie de l’image

Quelles ont été les principales étapes avant la publication du premier numéro ?

La seule étape qui tienne est le passage à l’acte. Pour ce faire j’étais entouré de mes amis, les gens qui comptaient pour moi, voulaient participer. J’avais l’impression qu’une telle proposition manquait dans le paysage, mais mettre en branle un tel projet nécessite une certaine forme d’inconscience et de confiance. Combien de fois ai-je entendu qu’il fallait être bien courageux pour lancer une revue ou un magazine aujourd’hui ? C’est vrai que ce n’est pas simple mais je trouve ça bien plus téméraire ou fou d’aller au bureau chaque matin.

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Le titre vous a été inspiré par les Illuminations de Rimbaud, « les trouvailles et les termes non soupçonnés, / possession immédiate », des mots cités en ouverture du numéro I. Pourquoi le choix de ce titre, de ce haut patronage d’un voyant ?

Comme je le disais dans le premier numéro, il y a l’idée de ne pas se faire déposséder, de reprendre possession, il y a l’idée du temps aussi. Alors Rimbaud, oui, c’était parfait (quasi n’importe quelle phrase de Rimbaud ouvre un titre en puissance, il faut dire). Je ne trouvais pas de titre. Et c’est Yannick Haenel qui me le propose lors d’une réunion. J’aime son ambivalence, les gens l’interprètent de plusieurs manières : entre l’avoir à soi et la possession au sens vaudou du terme, il y a une zone floue pour certains.

Le titre de la revue se décline en sous-rubriques, identiques dans chaque numéro, « Possession scopique » / »Possession 269″ / « Avant-Possession ». A quoi correspondent-elles ?

Je suis heureux que vous me posiez cette question, vous êtes la seconde personne depuis la naissance de Possession immédiate qui m’interroge là-dessus.
Possession scopique fait bien sûr référence aux pulsions scopiques, à ce plaisir de voir l’autre mais aussi à l’addiction aux images. Sous cette rubrique sont regroupés tous les travaux photographiques que nous présentons.
Possession 269 est la partie purement écriture. Ce titre est une référence au Gai savoir de Nietzsche, l’aphorisme 269 : « Que crois-tu ? – Ceci : qu’il faut déterminer de nouvelle façon le poids de toutes choses. »
Et Avant-possession, recoupe la partie plus magazine : les portraits, les entretiens, le cinéma, la musique, etc.

Quelles ont été, selon vous, les mutations ou évolutions principales de Possession immédiate du numéro I au numéro V ?

Formellement, un certain équilibre entre les textes et les images, une attention accrue au jeu des correspondances, au montage. Chaque numéro a toujours eu un thème précis sur lequel chaque artiste apporte sa variation, et j’avais tendance à l’enfouir pour ne garder que l’impression de maelstrom et de sensations. Aujourd’hui, j’explicite un peu plus ce qui se donnera à lire dans les numéros.
Possession immédiate est par principe difficile à définir. Il convenait d’éditorialiser un peu plus. Sur le fond, je crois que chaque numéro est un peu plus « politique » que le précédent. L’air du temps souvent suffocant n’y est pas pour rien. Et pour préciser, je dirais que Possession immédiate est un peu plus politique et esthétique. C’est l’un de ses paradoxes apparents, mais en est-ce vraiment un ?

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Vous écriviez dans le texte d’ouverture du numéro 4, « qu’est-ce que c’est ? », « de la littérature ? de la photographie ? une revue ? un magazine de mode ? etc. ». Vous êtes dans un refus des étiquettes, mettez en avant les télescopages : vos sommaires mêlent les arts (littérature, photographie, cinéma, philosophie, musique, mode, etc.) et varient les types d’articles. Cette hybridation va jusqu’aux choix d’auteurs qui échappent eux-mêmes aux catégories, par exemple Camille de Toledo à la fois écrivain, vidéaste et photographe. Pourquoi cet impératif du mélange, cette forme d’indiscipline ?

Au fond je considère que Possession immédiate est une revue éminemment littéraire. Mais je décide que le carcan purement  « littéraire » ne va plus de soit. La plupart de mes amis écrivains s’intéressent à d’autres arts passionnément. Il y va de la manière de ressentir les choses, et de ne pas forcément se cantonner à son domaine. Camille de Toledo est très fort pour ça. Quant aux étiquettes, les catégories, les clans, je ne supporte pas ça. C’est épidermique et très personnel. Mais c’est une longue histoire, disons que j’aime traverser les univers et que j’y vois toujours des liens.
Dans une librairie Possession immédiate peut être classée dans les revues, le rayon art, la littérature, on me demande souvent où la poser d’ailleurs.
Le mot d’indiscipline est juste. Bizarrement la mode dans Possession immédiate est révélatrice de ça. C’est peut-être ce qui dérange ou surprend le plus dans le magazine. Alors que les liens avec la littérature ont toujours été très forts dans l’histoire. Certes la mode est devenue une industrie financière, elle ne dialectise plus qu’avec l’art contemporain, autre industrie lourde, mais c’est assez récent tout ça. Ça ne donne plus grand chose de bien passionnant. Il y a une autre façon de la voir, de l’aborder, à la fois plus intime et créatrice.

Photographies de Camille de Toledo, Nowhere

Comment s’opère le choix des auteurs, des photographes, des artistes qui contribuent à chaque numéro ? De numéro en numéro, des noms reviennent, Jakuta Alikavazovic, Alban Lefranc, Yannick Haenel, Mehdi Belhaj Kacem, etc. Ce sont, aussi, leurs univers qui font influent sur celui de Possession immédiate ou ce sont des affinités électives qui recoupent les choix esthétiques et littéraires de Possession immédiate ?

Il y a un noyau dur. Les amis dans la vie, ceux qui me nourrissent : Mehdi Belhaj Kacem, Ferdinand Gouzon, Mathieu Terence, Yannick Haenel, Jean-Jacques Schuhl, Georgina Tacou, Alban Lefranc, Anton Bialas avec qui j’échange aussi beaucoup sur l’image. L’amitié intellectuelle et artistique compte beaucoup dans Possession immédiate.
Ensuite, il y a les rencontres, les gens dont j’ai aimé les livres : pour rester sur la littérature Jakuta Alikavazovic, Jean-Noël Orengo dernièrement et d’autres bien sûr. Et puis certains me contactent pour participer à l’aventure.
Mais disons pour reprendre une expression qu’empruntait Mehdi il y a quelques années à un écrivain qui ne la mérite plus : « chacun mes goûts ».
Il y a une grande part de subjectivité dans la revue mais elle ne devient intéressante que lorsqu’elle se coltine aux autres et révèle des liens.

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Vous publiez des inédits littéraires et photographiques, la création est au centre de Possession Immédiate. Mais elle est aussi intimement liée à un regard sur le monde, elle a une portée politique. Yannick Haenel, dès le I, évoque Lampedusa, le V est préparé dans l’immédiat post-attentats de novembre ; dans le numéro V, toujours, Emilie Buzyn est sur la route de Raqqa, Mathieu Terence interroge un principe de Persée.

Je ne suis pas un militant, mais il faut être aveugle ou inconséquent pour ne pas voir que l’on s’enfonce politiquement et humainement. Les réfugiés, la politique contemporaine des camps en sont les paradigmes les plus violents. Il faut lire Agamben et ses Homo sacer à ce sujet. Alors oui, on ne peut être que sur le qui-vive. Il faut enregistrer ce qui se passe, mais c’est important pour moi que de tels textes ou de telles images puissent exister dans Possession Immédiate. Cette « petite » hétérogénéité fait sens. Je vois Possession immédiate comme le concentré d’une petite maison d’édition qui tiendrait sa ligne.

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Dans le numéro V, vous écrivez que deux mots sont particulièrement nécessaires aujourd’hui « intrépide» et « réfractaire ». Et vous les liez aussi à un contexte politique et médiatique. Vous concevez Possession immédiate comme un combat contre une certaine presse aussi ?

Chaque numéro se construit à partir d’une lettre que j’envoie à chaque participant. Depuis le début j’aime bien utiliser des mots usés ou galvaudés, comme celui de « liberté » par exemple (Possession Immédiate, IV). Comme beaucoup, j’avais été effaré après les attaques de Paris, par l’usage dans les médias des mots « courage » et « résistance » qui ne se résumaient au fond qu’à un mode de vie cantonné à un quartier : continuez à boire des bières en terrasse et ça ira, nous disait-on. D’ailleurs, le fameux « Je suis en terrasse » apparu sur les réseaux sociaux aurait pu me rendre définitivement misanthrope ! Cette fois-ci je n’ai pu utiliser ces deux mots, mais m’est apparu ces beaux mots d’« intrépide » et de « réfractaire ». Nous sommes partis de là pour construire le numéro.
Quant à un combat contre la presse, non, elle n’a plus besoin d’adversaire ; elle s’autodétruit, sauf exceptions. Je me considère plus proche du monde du livre, entre littérature et art.

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L’art est, pour Possession Immédiate, comme l’écrit Guyotat que vous citez, cette « intervention musclée et souple sur ce qu’on appelle le réel, à la fois sur le réel extérieur et sur le réel intérieur » ?

Je vous répondrais légèrement à côté. Deux de mes écrivains préférés sont Hubert Selby Jr et Jean-Jacques Schuhl. On pourrait croire que l’un explore les tréfonds de son époque par la rage et que l’autre fixe à la surface les phénomènes d’une société orpheline de ses symboles. Mais le grand écart entre les deux n’est qu’apparent. Ça oscille à toute vitesse, comme la différence entre réel intérieur et extérieur.
L’art c’est ça, et pour l’appréhender, pour que les deux coexistent, il faut une logique de sensation que l’époque nous escamote. C’est là l’une des volontés de Possession Immédiate, s’extraire du truisme algorithmique qu’on nous concocte et qui nous indiffère de plus en plus.
Pour approfondir l’idée, je vous renvoie au dernier livre de Bernard Stiegler, Dans la disruption, même si je suis tout de même un peu plus optimiste que lui.

Possession Immédiate c’est un format (23×17), un grain de papier très particulier, un objet qui s’est aussi exposé en galerie. La lecture y est aussi une expérience sensible. 

Je tenais à cette petite taille. Un magazine que l’on puisse emporter n’importe où. Loin de toute connexion. Comme je tenais aussi à sa souplesse. Il n’y aura pas avant longtemps meilleur support pour lire attentivement (les tablettes sont quand même d’une tristesse infinie). Et pour la photographie, le papier est essentiel. Nous qui consommons des tonnes de photographies par jour en mode quasi hypnotique sur des écrans, sans plus rien éprouver, seul le papier permet de s’arrêter sur une image, d’installer un temps de pause et d’y voir un monde. Ça change tout.

Et de ce fait, quelle est pour vous la fonction du site Internet de Possession Immédiate ?

Le site représente le magazine, c’est aussi un point de vente. Il y a un petit journal sous forme de blog. J’aimerais le développer davantage. C’est un lieu idéal pour poster de la vidéo, des entretiens filmés, des créations originales (nous avons fait quelques films déjà), etc. Mais pour l’instant je manque de moyens.

Il y a une forme de paradoxe dans Possession immédiate : c’est un objet luxueux (reproduction soignée, graphisme) et en même temps peu onéreux (10 €). Là encore, c’est un choix et une forme de militantisme ?

Le soin apporté à l’objet, je ne pourrais faire autrement, c’est un vrai plaisir que de travailler sur la forme. Même si je m’occupe du choix de tous les textes et de toutes les images, je tiens à souligner le travail de Ben Wrobel sur l’ensemble : j’ai beaucoup de chance qu’il m’accompagne parfaitement sur cet aspect-là. Quant au prix, je me suis basé sur ce que je pourrais mettre facilement. C’est très pragmatique, et un peu loin du business plan, je l’avoue. Pour faire vivre la revue, j’essaie de convaincre quelques marques de mettre un peu d’argent dans cet objet littéraire et visuel. Ça commence à prendre.

Quels artistes — textes ou images — rêveriez-vous de publier dans l’avenir ?

Je suis très heureux des grands entretiens que nous publions dans Possession immédiate : de Stuart Staples, le chanteur des Tindersticks, en passant par le parfumeur Serge Lutens dans le précédent numéro ou le réalisateur Philippe Grandrieux pour le dernier. Alors je dirais Mark Hollis, musicien et chanteur d’un groupe révolu, Talk Talk.
L’homme se tait depuis quelques années après avoir sorti trois albums extraordinaires dans les années 90. J’ai passé des années à écouter l’album Laughing Stock tous les jours.
Et je dirais aussi le créateur Martin Margelia, la façon dont il a marqué la mode et bougé les lignes, son soudain retrait, son absence. Je suis fasciné par ces gens qui sont retournés à l’anonymat. Il y a là un enjeu et une parabole politique importante à l’heure de la transparence imposée et de l’enregistrement permanent.

Quand sort le numéro VI ? et est-ce que vous pourriez nous donner un petit aperçu de son sommaire ?

Le prochain numéro sortira fin octobre. Nous sommes tenus à une date. Je vous avoue que pour le moment je n’avais que des intuitions, je suis très en retard, mais le sens de cet entretien vient de me conforter dans une idée.

Possession Immédiate, numéro V, 10 €