Bobo Loyer aime les Kooneries

Capture d'Øcran 2016-02-13 à 12.11.00

Bonjour Monsieur, l’exposition Jeff Koons on the roof, c’est à quel étage s’il vous plait ?

L’été est souvent propice aux activités les plus diverses et cette année-là, Bobo Loyer avait décidé de se mettre à l’art. Le vrai, le seul, l’unique, celui qui fait se vendre la croûte au prix de plusieurs Airbus A380, celui qui fait s’ébaubir les connaisseurs, se pâmer les ménagères et s’ennuyer les lycéens dans les couloirs des musées nationaux, avec dans le regard les airs atones du couteau regardant la poule dans le blanc des œufs.

Notre reporter de l’improbable s’en était allé à New York pendant quelques jours, pour courir les musées que le monde nous envie et voir les œuvres que la patrie reconnaissante n’a pas su retenir en son seing. Les Picasso, les Van Gogh, les Monet, Cézanne, Matisse… Et tant d’autres dont Bobo n’a jamais su retenir le prénom, encore moins le nom.

Petit résumé de la visite en forme de carnet de voyage. En français dans le texte.

Mercredi, 

Cher journal,

Met, MoMa, Guggenheim. Je ne sais par lequel commencer. On m’en a dit tant de bien qu’il me tarde d’aller voir les Demoiselles d’Avignon et les Tournesols de Picasso, la Mona Lisa de Léonard de Duchamp (qui a un côté Dali que je ne m’explique pas). Et les boîtes de soupe de Warhol. Ils sont forts ces Américains quand même quand on y pense ! Arriver à faire de l’art avec des pots de Campbell’s à la tomate ou des roues de vélo sur un tabouret, ça tient du génie. On n’a pas ça à Paris.

Je découvre avec les yeux d’un novice ce dont on m’a tant parlé dans les vernissages de Saint-Germain. La quintessence de la création, de la créativité et du renouveau du début du siècle dernier. Je croise des Japonaises qui photographient tout du sol au plafond, faisant même des selfies devant les signalétiques explicites menant aux toilettes pour de la matière à gloser dans les cocktails. De mon côté, je m’arrête devant une reproduction de La fontaine de Duchamp, j’en profite pour boire un peu. Je ne savais pas qu’elle fonctionnait encore !

J’arrive devant le douanier Rousseau, période fauvisme (par opposition à sa phase paysagiste), quand il peignait des lions et des léopards dans des jungles chlorophylles. C’est exquis. On arriverait presque à entendre feuler le tigre tellement c’est criant.  Je suis sous le charme.

Un peu plus loin, un attroupement de badauds en tongs s’ébahit de concert devant des femmes dessinées à la hâte, moitié de profil, moitié de trois-quarts, je préfère me diriger vers un pot de fleurs jaunes que tout le monde semble délaisser. Ça s’appelle Les Tournesols, c’est une huile. C’est logique.

Je continue ma visite. Je lis les noms au bas des tableaux, ou sur les étiquettes qui les jouxtent. Braque, Matisse, Degas… Picasso… Qu’est ce qu’il a peint cet homme-là ! On ne voit que lui. Il a passé son temps à recopier des hiéroglyphes, corps nus de face et têtes griffonnées de profil, et personne ne dit rien. Je m’en vais de ce pas vers la section Pop Art

Liechtenstein, Warhol, Jones, Pollock. Enfin des noms connus. Surtout le dernier. J’ai adoré sa vie jouée par Ed Harris dans ce film que j’avais vu dans un ciné d’art et d’essai de mon quartier. Je le dis à la personne à côté de moi, alors qu’elle penche la tête doucement à droite en plissant les yeux comme si elle avait le soleil en pleine figure.

C’est un Français. Il faut dire que j’en croise beaucoup depuis que je suis à New York. Le cours du dollar et le sale temps sur Saint-Trop’ y sont pour beaucoup il faut l’avouer.

– Vous trouvez ça comment ? dis-je ?

– C’est du génie à l’état brut. Ce travail, cette sorte de quête spirituelle exigeant une extraordinaire force psychique, tout en se confrontant à la surface vide de la toile et cherchant à y projeter de l’ordre et du sens, c’est une démarche représentative de la crise existentielle de l’homme moderne.

– Vous êtes sûr ? Moi je dirais plutôt qu’il est rentré bourré un soir, et qu’il a shooté dans les pots de peinture qui trainaient par terre…

Décidément, l’art est difficile. Je quitte ce musée qui ne me revient pas. C’est aussi bondé que Le Bon Marché un samedi. C’est insupportable, d’ailleurs, ça parle moins français rue de Sèvres qu’entre les toiles du Met à New York. C’est à n’y rien comprendre. J’ai quand même fait des photos. Ce sera autant de posters hors de prix de moins à acheter.

Jeudi,

Cher journal,

Ce matin, je vais à une exposition temporaire de Louise Bourgeois au Guggenheim, et après, j’irai acheter des souvenirs à la boutique du MoMa. Il paraît qu’ils ont des stylos à l’effigie de Mireille Mathieu dessinés par Philippe Starck. 

Le Guggenheim est époustouflant. On se croirait dans une rampe d’accès de parking. Sauf qu’on n’a pas le droit de prendre sa voiture. En même temps c’est mieux, je ne serais jamais arrivé à faire demi-tour une fois arrivé en haut. L’exposition est intéressante. Il y a des araignées géantes du sol au plafond. Des sculptures pendent, comme des tourbillons de sucre candy de fête foraine, argentés et majestueux. C’est exquis. On se demande vraiment où elle va chercher son inspiration la Louise. 

Capture d'Øcran 2016-02-13 à 12.06.26Finalement, j’arrive au Muséum of Modern art. Après avoir déambulé entre les trombones dépliés de Giacometti, les carrés blancs de Malevitch, ou les dégradés de noir de Soulages, je suis sous le choc de la persistance rétinienne qui m’a été imposée par cette profusion d’art, j’en profite pour me reposer un peu. Tout en feignant d’admirer les mobiles de Calder. Français oui. Béotien non. 

Entretemps, sur le toit du Met, j’ai réussi à prendre des photos qui me serviront avantageusement de cartes postales. C’est du Jeff Koons. Donc de bon goût.